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sports et epopee

Peloton du Tour de France et Légende maillot jaune

Publié le par Eric Bertrand

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Le verdict est tombé, un peu de la même façon qu’un jour dans le Tour, il était tombé du haut de son vélo impérial. Le lumineux juillet est passé... Passé, en même temps que les tournesols et les maillots jaunes, froissés, tabassés sous le cycle de l’été. C’est déjà le tournant mélancolique après l’ultime sprint des Champs-Elysées et la sentence couperet de l’UCI. La voix de Jalabert, de Brouchon ou de Godart et le micro des légendes continue cependant de vibrer... Le tour comme épopée... les derniers discours, les promesses de transparence et les perspectives immaculées pour l’année à venir et puis l’engourdissement des mois d’automne.

              C’est le moment où « l’Aigle de Tolède » prend son envol, dans le soir qui tombe... le ciel est presque noir. « L’Extra-terrestre » plante son « Espada » tout au fond du rocher et « le Cannibale » s’endort près du torrent, le ventre repu... Les chemins sont désertés, le soleil a disparu. « Il Diavolo » enfonce sa fourche au sommet du Mont-Chauve. Le sol vibre de chaleur accumulée. L’écho s’emplit d’une rumeur sauvage, le « Champion hennissant » retourne à l’écurie du même pas que « le Texan », blessé dans ses derniers galops. L’air est lourd, il descend doucement dans la vallée. « Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle ». Au pied du col de l’Angoisse, « Le Blaireau » inspecte son terrier, et, au seuil de la grande traversée, « le Pirate » plante son drapeau noir...

                 Ils sont encore tous là, autour du sommet impitoyable. Ils savent qu’aujourd’hui les maillots jaunes de Lance Armstrong s’est sont allés avec le jour. Federico Bahamontès, Miguel Indurain, Eddy Merckx... Le vent se lève. Alberto Contador, Ferdi Kubler, Luis Ocana, Fausto Coppi, Bernard Hinault, Marco Pantani. Tous les semeurs de légende, avec ou sans EPO, « pot belge » ou amphétamine. La lune pointe... La nuit tombe. Le vent se lève.

Les ombres immenses décollent des montagnes et continuent d’alimenter les rêves.

 

 

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Quinze kilomètres de St Martin ou ronde du temps sur Ré la Blanche (intégral)

Publié le par Eric Bertrand

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Port de Saint-Martin de Ré, 18h00, ciel limpide et bleu de carte postale au-dessus d’une petite foule estivale massée tout autour du bassin vers lequel s’élancent, dès le signal, des coureurs expérimentés, des vacanciers surexcités, des amoureux du bord de mer et de l’effort solitaire de fin d’après-midi. Dossard en pavillon sur le torse. Petite puce (de sable ?) sous le lacet des chaussures pour calculer le temps ou simplement remonter le temps... Déjà les mâts tintent sous le vent de marée qu’on annonce déterminant pour le retour. C’est parti pour quinze kilomètres sur Ré la Blanche.

    D’après le parcours, à l’approche de Rivedoux, l’abbaye des Châteliers, du haut de ses murs austères et mystiques, veille sur le sommet du parcours. Figure du Destin, elle met un terme à l’échappée belle et annonce le tournant de la course. Pourtant, depuis la citadelle poussés par le vent arrière, les forçats des sentiers pousseraient bien au-delà des ogives par lesquelles filtre l’azur du ciel, jusqu’au Pont de Ré et même au-delà, sur le vieux port à La Rochelle, acclamés dans le Cours des Dames.

                Cours ! sur les pavés inégaux tout autour du port, et sous les acclamations de la petite foule débraillée, portant chapeaux, lunettes de soleil, débardeurs, maillots de bain, tongues, ambre solaire et MP3. Cours ! sur les remparts, devant la citadelle de Vauban et jusqu’à la plage de la Cible où, petit, tu venais croquer du chocolat et sacrifier des châteaux dans le sable. Tes parents ne sont plus sur les nattes allongés sous le parasol. Ils ont déserté la plage, ils applaudissent avec les autres dans un espace temps qui devient flou sous l’écran des gouttes de sueur et des embruns.

                Petites ruelles qui font la transition avec le sentier de terre qui ramènera à la plage. Le rythme est rapide, les coureurs concentrés. Devant les maisons à volets toujours verts, aussi verts que dans l’enfance, les roses trémières courent elles aussi le long des murs, longues, élancées, silencieuses. Vénérables coureurs éthiopiens coiffés de casquettes roses, mauves et blanches, elles sont l’esprit de la course... Des chats ronronnent paresseux en haut des murs blancs, ouvrent un œil félin, dédaigneux, sur les piètres chasseurs sans griffes qui courent dans la savane d’un beau jour de juillet, entre sable et galets, avant l’heure du crépuscule.

                « The eye of the tiger »... Ecouteurs mal réglés sur les oreilles, remontant de l’arrière, un coureur plus nerveux cale sa foulée sur l’air de Rocky Balboa. La musique envahit l’espace du ring improvisé. La poussière du chemin monte un peu plus vite soulevée par les baskets et la puce de sable. Le rythme s’accélère. « So many times it happens to fast... » Rocky Balboa n’a fait que passer. Rocky Balboa n’est déjà plus là, fondu dans l’horizon de la mer... Quand le morceau sera fini, peut-être qu’il s’effondrera... A moins que, lièvre astucieux imaginé par les organisateurs, Rocky ne tourne en boucle... Mais au moment du changement de cap, boute au vent, la pile devrait bien faiblir !

                Du côté de l’Aiguillon l’espace s’élargit. Jardins et pelouses des villas font face à la mer et s’ouvrent sur le sentier des douaniers. Jets d’eau généreux sur les torses des coureurs. Odeur forte de coquillages. Le goût des huitres savourées ce matin sur le port et la perle des vacances sur le fond de nacre d’une tasse de café. Tu bois la tasse, un peu tous les jours en ce moment ! Tant que le vent souffle au dos, il fait chaud, très chaud, la figure explose.

                Sur le bord, des enfants rigolards, artificiers aux visages réjouis, réclament des claques à la main des coureurs ou bien distribuent des éponges, des bruines rafraîchissantes et des pétards d’eau et de lumière. Serviette sur l’épaule, les anciens devisent sur les bancs du temps de leur jeunesse, des bêtises des gamins et des nombreux kilomètres qui restent à couvrir contre le vent. « Ma bonne dame, c’est plus de mon âge ! C’est le corps qui suit plus... De mon temps, on en usait tout autrement ».

                Sous les arbres, le village de La Flotte offre soudain comme un couloir de rafraichissement, une allée des Champs Elysées dans l’Odyssée de la petite course homérique. Sur le port, on croise déjà les coureurs en tête, qui glissent, olympiens, comme les bateaux au large. Plage de l’Arnérault, grand soleil, ponton sur lequel, comme sur les planches, un groupe d’ados fait semblant de courir. Lumière, action ! Ils ralentissent la cadence, effort maximal, bouche ouverte, muscles tendus, arrêt sur image. Ils plongent. La vie est un théâtre ! Rideau.

                Et tout à coup, l’ombre majestueuse et redoutable de l’abbaye, le changement de bord, la bonne claque de vent sur le visage, sur les cuisses, dans le ventre. Un coup sur la tête ! Heureusement, les points d’eau se multiplient. Retour sur nos pas. Pénitence ! Sentiers déjà foulés. Crampes fatales. Chutes. Coups de barre. Odeurs de crème de massage qui remplacent les parfums des roses trémières et celui des huitres.

                Au large, les adolescents ont déserté le ponton. « Et notre vie durant nous jouons plusieurs rôles »... Les matous sont partis. Les organisateurs ramassent les gobelets et les jettent dans des sacs poubelles couleur nuit. Le soleil s’est un peu incliné. Les bénévoles jettent les éponges et la foulée décline derrière le vol cassé des goélands. La mer monte toujours. Le ciel déteint. Les couleurs se sont massées du côté du port d’attache, sur la ligne d’arrivée. Sur la plage, les baigneurs ont ramassé leurs serviettes et leurs nattes. Au bord de l’asphyxie, un coureur aux cheveux blancs s’est arrêté, l’air navré. Deux autres concurrents lui tapent l’épaule en passant. « Allez gars, décroche pas, on arrive ». Les ânes en culottes sont rentrés. C’est l’heure de la glace, fraise, citron, pistache, du chichi, de la gaufre ou du tour de manège face au Palais de la Gourmandise. Quand j’étais petit, je venais là avec mes parents manger un beignet. J’avais même droit au tour de manège, parfois deux si j’attrapais la queue du Mickey...

                La queue du Mickey, elle est au port. Passée la citadelle, un dernier tour au cœur de Saint Martin transformée en arène de la course à pied. Fragments de lumière, visages, pavés, tables de restaurants, enseignes de marchands... Main d’une fillette dans la main de son grand-père : « attention petite, ça va très vite, ils pourraient te renverser comme des voitures de course ! » Rire frais, cristallin de la fillette. Quenottes blanches, joues roses, rougissant un peu, joli minois, sur Ré la Blanche. Déjà, on dîne en terrasse. Tête à tête amoureux, sournois, jovial, vicieux. Yeux glissés sur la gorge bronzée, le décolleté plongeant en face en face. « J’t’offre une glace ? Ce soir, boite de nuit, ça te dit ? » Les petits enfants sont, avec les grands parents, sortis de la grande maison de vacances. Du côté du Palais de la Gourmandise, la fête bat son plein, et le manège tourne, tourne aussi vite que les coureurs sur le port, musique de fête foraine : Bénabar, « Quatre murs et un toit » :

Des ampoules à nu pendent des murs, du plafond, le bébé est né, il joue dans le salon.
On ajoute à l'étage une chambre de plus, un petit frère est prévu pour l'automne.
Dans le jardin les arbres aussi grandissent, on pourra y faire un jour une cabane...
On pourra y faire un jour une cabane...  

 

 

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Quinze kilomètres de St Martin ou ronde du temps sur Ré la Blanche (4/4)

Publié le par Eric Bertrand

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Au large, les adolescents ont déserté le ponton. « Et notre vie durant nous jouons plusieurs rôles »... Les matous sont partis. Les organisateurs ramassent les gobelets et les jettent dans des sacs poubelles couleur nuit. Le soleil s’est un peu incliné. Les bénévoles jettent les éponges et la foulée décline derrière le vol cassé des goélands. La mer monte toujours. Le ciel déteint. Les couleurs se sont massées du côté du port d’attache, sur la ligne d’arrivée. Sur la plage, les baigneurs ont ramassé leurs serviettes et leurs nattes. Au bord de l’asphyxie, un coureur aux cheveux blancs s’est arrêté, l’air navré. Deux autres concurrents lui tapent l’épaule en passant. « Allez gars, décroche pas, on arrive ». Les ânes en culottes sont rentrés. C’est l’heure de la glace, fraise, citron, pistache, du chichi, de la gaufre ou du tour de manège face au Palais de la Gourmandise. Quand j’étais petit, je venais là avec mes parents manger un beignet. J’avais même droit au tour de manège, parfois deux si j’attrapais la queue du Mickey...

                La queue du Mickey, elle est au port. Passée la citadelle, un dernier tour au cœur de Saint Martin transformée en arène de la course à pied. Fragments de lumière, visages, pavés, tables de restaurants, enseignes de marchands... Main d’une fillette dans la main de son grand-père : « attention petite, ça va très vite, ils pourraient te renverser comme des voitures de course ! » Rire frais, cristallin de la fillette. Quenottes blanches, joues roses, rougissant un peu, joli minois, sur Ré la Blanche. Déjà, on dîne en terrasse. Tête à tête amoureux, sournois, jovial, vicieux. Yeux glissés sur la gorge bronzée, le décolleté plongeant en face en face. « J’t’offre une glace ? Ce soir, boite de nuit, ça te dit ? » Les petits enfants sont, avec les grands parents, sortis de la grande maison de vacances. Du côté du Palais de la Gourmandise, la fête bat son plein, et le manège tourne, tourne aussi vite que les coureurs sur le port, musique de fête foraine : Bénabar, « Quatre murs et un toit » :

Des ampoules à nu pendent des murs, du plafond, le bébé est né, il joue dans le salon.
On ajoute à l'étage une chambre de plus, un petit frère est prévu pour l'automne.
Dans le jardin les arbres aussi grandissent, on pourra y faire un jour une cabane...
On pourra y faire un jour une cabane...  

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Quinze kilomètres de St Martin ou ronde du temps sur Ré la Blanche (3/4)

Publié le par Eric Bertrand

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Sur le bord, des enfants rigolards, artificiers aux visages réjouis, réclament des claques à la main des coureurs ou bien distribuent des éponges, des bruines rafraîchissantes et des pétards d’eau et de lumière. Serviette sur l’épaule, les anciens devisent sur les bancs du temps de leur jeunesse, des bêtises des gamins et des nombreux kilomètres qui restent à couvrir contre le vent. « Ma bonne dame, c’est plus de mon âge ! C’est le corps qui suit plus... De mon temps, on en usait tout autrement ».

                Sous les arbres, le village de La Flotte offre soudain comme un couloir de rafraichissement, une allée des Champs Elysées dans l’Odyssée de la petite course homérique. Sur le port, on croise déjà les coureurs en tête, qui glissent, olympiens, comme les bateaux au large. Plage de l’Arnérault, grand soleil, ponton sur lequel, comme sur les planches, un groupe d’ados fait semblant de courir. Lumière, action ! Ils ralentissent la cadence, effort maximal, bouche ouverte, muscles tendus, arrêt sur image. Ils plongent. La vie est un théâtre ! Rideau.

                Et tout à coup, l’ombre majestueuse et redoutable de l’abbaye, le changement de bord, la bonne claque de vent sur le visage, sur les cuisses, dans le ventre. Un coup sur la tête ! Heureusement, les points d’eau se multiplient. Retour sur nos pas. Pénitence ! Sentiers déjà foulés. Crampes fatales. Chutes. Coups de barre. Odeurs de crème de massage qui remplacent les parfums des roses trémières et celui des huitres.

 


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Quinze kilomètres de St Martin ou ronde du temps sur Ré la Blanche (2/4)

Publié le par Eric Bertrand

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Petites ruelles qui font la transition avec le sentier de terre qui ramènera à la plage. Le rythme est rapide, les coureurs concentrés. Devant les maisons à volets toujours verts, aussi verts que dans l’enfance, les roses trémières courent elles aussi le long des murs, longues, élancées, silencieuses. Vénérables coureurs éthiopiens coiffés de casquettes roses, mauves et blanches, elles sont l’esprit de la course... Des chats ronronnent paresseux en haut des murs blancs, ouvrent un œil félin, dédaigneux, sur les piètres chasseurs sans griffes qui courent dans la savane d’un beau jour de juillet, entre sable et galets, avant l’heure du crépuscule.

                « The eye of the tiger »... Ecouteurs mal réglés sur les oreilles, remontant de l’arrière, un coureur plus nerveux cale sa foulée sur l’air de Rocky Balboa. La musique envahit l’espace du ring improvisé. La poussière du chemin monte un peu plus vite soulevée par les baskets et la puce de sable. Le rythme s’accélère. « So many times it happens to fast... » Rocky Balboa n’a fait que passer. Rocky Balboa n’est déjà plus là, fondu dans l’horizon de la mer... Quand le morceau sera fini, peut-être qu’il s’effondrera... A moins que, lièvre astucieux imaginé par les organisateurs, Rocky ne tourne en boucle... Mais au moment du changement de cap, boute au vent, la pile devrait bien faiblir !

                Du côté de l’Aiguillon l’espace s’élargit. Jardins et pelouses des villas font face à la mer et s’ouvrent sur le sentier des douaniers. Jets d’eau généreux sur les torses des coureurs. Odeur forte de coquillages. Le goût des huitres savourées ce matin sur le port et la perle des vacances sur le fond de nacre d’une tasse de café. Tu bois la tasse, un peu tous les jours en ce moment ! Tant que le vent souffle au dos, il fait chaud, très chaud, la figure explose.

 

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