Dosette de lecture n°175 : Knut Hamsun, « La Faim », le vertige de la page blanche et d’un héros au teint cadavérique
De quelle façon peut-on éprouver le monde quand on a faim, faim au point de crever la dalle comme le narrateur de ce roman du Suédois Knut Hamsun ? « J’étais devenu en quelque sorte trop las pour me conduire et me diriger où je voulais ; un essaim de petites bêtes malfaisantes avait pénétré dans mon être intime et l’avait évidé. » Il fait cependant tout son possible pour continuer à exister autrement, et s’accrocher à ce qui assurerait sa dignité : la croyance en ce Dieu qui l’accompagne, la foi en la noblesse de l’écriture pour laquelle il se sait doué, l’attrait qu’il ressent pour le charme et la beauté des femmes, mais rien n’y fait.
Le livre est une errance dans la ville de Christiana où ce beau garçon qui plaisait, qui savait travailler avec ses mains et ses muscles tout autant qu’avec sa plume ne parvient même plus à fixer son attention. Sa dérive est encore plus tragique que celle d’un personnage de Jack London qui réussit toujours, malgré la difficulté, à arracher sa pitance et à relancer son activité. La menace de la page blanche est à chaque ligne et contamine le texte au point de rendre le héros exsangue et de lui donner un teint cadavérique.
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