Dosette de lecture n°198 : Dostoïevski : L’Idiot, le double-fond de la simplicité
Comment vivre parmi les hommes quand on est considéré comme un enfant, un être inexpérimenté et aimable, un naïf, voire un idiot ? Et pourtant, l’humanité et la lucidité du héros – le prince Mychkine - s’imposent aux yeux du lecteur qui découvre au fil des pages un être sensible et capable d’aimer à la façon d’un Christ ; elles s’imposent aussi à son entourage qui ont meilleur compte à le laisser pour fou.
Cet aventurier, inconscient des risques qu’il court, voudrait sauver tous ces misérables qui l’entourent et qui cherchent à faire prospérer la mesquinerie et le calcul ; lui, il pose les questions qui dérangent ; s’interroge sur la guillotine et sur le sentiment que peut ressentir un condamné au moment fatal ; protège une jeune phtisique montrée du doigt parce qu’elle a été violée dans sa jeunesse ; voudrait sauver de la débauche l’incandescente Nastassia Philipovna…
Tout au long de nombreux épisodes de confrontation, cet homme étrange, ce « candide » à sa façon, ce « fou doué de raison » ne cesse de révéler la différence qui le sépare des autres personnages ; et l’auteur, qui cherche de roman en roman à cerner le sens profond de la vie, à saisir le fil de la morale, de la justice social ou du lien à Dieu en profite pour analyser tout ce qui se passe dans la conscience de son « idiot » lors de ses crises d’épilepsie et de « cette minute sublime » où il ressent « un sentiment de vie et de conscience décuplée, une fulguration, une exaltation qui réalisent une haute synthèse de la vie. » Au milieu du vertige de la vie que le comte Mychkine traverse comme un météore, l’essentiel n’est-il pas là ?
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