Dosette de lecture n°180 : Balzac : « La Femme de trente ans » « Du côté de la barbe est la toute puissance… »
Dans quelles conditions une femme au début du XIX° Siècle parvient-elle à échapper à son statut de femme mariée et à opérer un changement dans sa destinée ? Très moderne en son genre, Julie d’Aigremont, victime à vingt ans de la vanité de l’amour et des déceptions du mariage, s’émancipe de son mari et des lois selon lesquelles elle a été éduquée : « N’était-elle pas obligée d’honorer une idole creuse, de protéger son protecteur, pauvre être qui pour salaire d’un dévouement continu, lui jetait l’amour égoïste des maris… »
Dans ce roman, hélas un peu décousu, Balzac amène le lecteur à suivre l’évolution de la belle et intelligente Mme d’Aigremont, qui, du haut de ses trente ans, continue de plaire aux hommes. Ce choix de vie, que le romancier analyse avec tact et lucidité, se double de discours féministes que l’héroïne n’hésite pas à tenir devant son mari et même devant le curé : « La nature étouffe les êtres faibles, vous les condamnez à vivre pour les livrer à un constant malheur. Le mariage, institution sur laquelle s’appuie aujourd’hui la société nous en fait sentir à nous seules tout le poids : pour l’homme, la liberté, pour les femmes les devoirs (…) Le mariage tel qu’il se pratique aujourd’hui me semble être une prostitution légale. »
En se glissant dans les mots de son personnage, le romancier laisse une fois de plus s’exprimer une révolte qui ne cesse de gronder à toutes les époques et dans tous les continents.
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