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Dosette de lecture n°181 : John Steinbeck : « Voyage avec Charley », l’Amérique à la trace.

Publié le par Eric Bertrand

Pour quelles raisons entreprendre, à 58 ans, un grand voyage en camping-car à travers les Etats-Unis et avec quel compagnon ? L’envie de l’auteur des Raisins de la colère est épidermique et quasi animale : « Je n’avais pas entendu le langage de l’Amérique, humé l’odeur de son herbe, de ses arbres, de son fumier, vu ses collines et ses cours d’eau, ses couleurs et ses qualités de lumière. » Et en guise de compagnon, il choisit Charley. Charley, « c’est un très gros caniche d’une couleur dite bleue » doué à la fois de curiosité et de sens critique et son élégance grognonne en présence de ceux qui ne sont pas son maitre aident le narrateur à fournir une série d’instantanés sur les scènes et les personnages qu’il croise sur sa route.

L’Amérique change, mais l’esprit pionnier subsiste tout au long de ces États qui affichent leurs différences sur les panneaux et à travers la façon dont ils interpellent le voyageur en quête de vérité naturelle, humaine et linguistique.  On est en 1960 et le grand écrivain, qui s’interroge aussi sur son besoin compulsif de mouvement, offre à son lecteur un regard lucide sur cette société de consommation qui transforme le pays et tend à écraser, par le biais de l’audiovisuel, les différences entre les accents et les façons de parler. Même s’il fait de belles rencontres et sympathise avec des êtres sensibles, il croise d’authentiques automates, incapables d’échanger trois mots et « pires que des bacilles ».

Véritable métaphore de l’uniformisation, le plastique a envahi le territoire ; il l’observe un peu partout autour de lui, et préfère les endroits « non civilisés », bien loin des cadres administratifs qu’il juge excessifs et liberticides. « Les villes d’Amérique sont comme un terrier de blaireau cerné de détritus : elles sont entourées de piles d’automobiles accidentées, mangées par la rouille ; les ordures les enserrent, les étouffent. Presque tout ce que nous consommons nous arrive sous forme de caisses, de boîtes, de cartons, tous ces emballages que, paraît-il, nous aimons tant. » Et dans ce contexte inquiétant, c’est une nouvelle fois Charley qui lui paraît le plus proche de la vérité : « Là, de son nez délicat, Charley pouvait lire sa littérature personnelle sur les arbres et les buissons, y laisser un message peut-être aussi important en regard de l'éternité que mes traits de plume sur du papier périssable. »

 

Dosette de lecture n°181 : John Steinbeck : « Voyage avec Charley », l’Amérique à la trace.
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