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Juke-box n°19: Mylène Farmer: “L’horloge », l’horloge interne de Mylène

Publié le par Eric Bertrand

« Le jour décroit, la nuit augmente. » … Face au temps qui passe, Baudelaire l’avait bien dit, il est inutile de résister ; l’horloge est « l’Ennemi », avec son doigt de marbre qui menace et qui dit « Souviens-toi ! » et l’univers de Mylène Farmer le montre bien.

« Trop tard ! » … Pour le « joueur avide », et le « vieux lâche », les jeux sont déjà faits et « il n’y a pas d’ailleurs ». Mais Mylène ne capitule pas. Elle a « le vertige de vivre » ; elle « a besoin d’amour » et elle cherche « l’instant X ». Il faut juste attendre « qu’un ange passe » : « ange parle-moi !» et cet « autre » qui, « sait la douceur de ses reins » et qui, comme dans un poème de Musset, « lui ressemble comme un frère ». Lui aussi, il a « le sang qui bouillonne », lui aussi, il a « l’envie pharaonique de frémir ».

Mais l’horloge continue de cogner et, « Dieu sinistre, effrayant » répète, « impassible » qu’il ne faut pas être « prodigue », car « les plaisirs vaporeux » sont éphémères et qu’ils « fuient vers l’horizon » ; alors, « au fond de la coulisse », s’enfuit une Tristana, dont le « cœur a pris froid », légère comme une « petite bulle d’écume » et « d’incertitude. »

Hélas, « entre les dunes », derrière « les morceaux du délice », « les rondeurs » et « la lune », ne promettent pas toujours d’être « douces » … En effet, « trois mille six cents fois par heure, la Seconde chuchote », jusque sous « l’oreiller de sa majesté », que « le monde comme une pendule va s’arrêter. »

De toute façon, « Mylène s’en fout » … « De mutilations en contorsions, elle s’est saignée aux quatre veines » et, « désenchantée » ou pas, du fond de « son gosier de métal », elle peut encore écrire, elle peut encore chanter ; au fond, « prose ou poésie, tout n’est que prétexte » !  Avec son organe, sa « voix d’insecte » et de mante religieuse qui « parle toutes les langues », face à la « pompe immonde », avec insolence, elle affirme que, même « pour un empire, elle ne veut se dévêtir » et que jamais, elle ne se défera de « son manteau de sang ». « Blood and tears »!

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