Dosette de lecture n°189 : Dostoïevski : « Les Carnets du sous-sol », sondage en sous-sol.
Pour quelle raison vouloir se terrer dans son « sous-sol » au point de repousser avec rage l’action et le réel ? Plongé dans les méandres de son être profond, le narrateur de ce récit essaie de s’examiner dans le détail et, face à l’épreuve de la vie et de tout ce qu’elle peut offrir à son champ de méditation, il ne tolère aucune concession, aucun écart. Le lecteur assiste perplexe à l’examen grinçant que ce personnage haineux, atrabilaire et velléitaire effectue sur sa propre personne, au point d’y prendre un malin plaisir : « Dès cette époque, je portais mon sous-sol au fond de mon cœur. »
Il en vient à déplorer la présence en lui de cette intelligence que nous sommes un certain nombre à partager et qui nous empêche d’être parfaitement prévisibles ou simplement plus sereins. S’il se veut implacablement méchant, il ne nie pas non plus ce tourment du « beau et du sublime » qui le ronge ; alourdi de cette obsession, il ne se sent pas « normal » et aspire à un objet vague et insaisissable qui le dévoie et le met en danger. Cet état d’insatisfaction permanente l’isole toujours plus et le livre à ses démons intérieurs et à l’hostilité des autres qui, dans le meilleur des cas, désarmés face à sa détresse, n’apparaissent plus que comme des adversaires qu’il ne cesse de provoquer.
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