Juke-box n°23 : Jean Ferrat : « Oural, Ouralou » : deux corps, une âme.
Nos chiens habitent le monde différemment de nous. Il y a toujours pour eux, une certaine dose d’émerveillement gratuit à nous retrouver, à nous écouter, à partir en balade, à rejoindre un compère, une commère… et, quelle que soit leur espèce, à renifler « une aube chère à Verlaine », bien mieux que nous, avec nos pauvres museaux et les idées qui saturent nos têtes…
Ferrat se souvient d’Oural Ouralou, et ce qu’il dit de son « loup sauvage » est aussi vrai de n’importe quel « bon chien » - l’expression apparaît sous la plume de Baudelaire, dans l’un de ses poèmes en prose - Il suffit en effet d’observer nos fidèles compagnons dans le précipité du matin, pour admirer leurs « pattes fraîches et légères, s’élevant comme une oraison » et leur capacité à « humer l’air des quatre saisons ».
Cette exceptionnelle présence au monde vaut, à elle seule la « raison » que certains grincheux renâclent à leur donner. Même les plus grands philosophes les ont parfois rabaissés au rang de machines. Au contraire, les chiens ont beaucoup à nous apprendre et il est stupide d’établir une hiérarchie et de décider, entre « l’ange et la bête » lequel vaut mieux que l’autre. « Digne et solitaire, animal doué de raison », il ne se vante en tout cas jamais de ses qualités, se contente d’exister et même de nous montrer la voie, quels que soient les chemins tortueux que nous empruntons : « Et cette vie qui fut la mienne, il me semble que tu l’entraines à la semelle de tes souliers » ; en effet, il est le seul capable de ne jamais nous lâcher d’une « semelle » ; il est toujours là et, quand il se plante devant nous, la force et l’ardeur de son regard nous en dit long sur ce que sont la sincérité, l’authenticité, la fidélité.
Avec les hommes, au contraire, « il faut se méfier du paraître », des « tournées » répétées au fil des années et de tout le « music-hall » de l’existence. À la façon d’une madeleine dont le goût finit toujours par revenir en mémoire, bien plus fort, bien plus intense que tout le reste, « l’odeur de thym et de bruyère » ressuscitent toujours au fond de nous un « long museau à la fenêtre » et le « temps des vertes années ».
Je remercie mon amie Caroline Pinon qui m’a autorisé à utiliser l’un de ces merveilleux clichés de chiens que vous pouvez retrouver sur instagram avec l’entrée : « gueules d’amour »
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