Juke-box n°22 : Eddy Mitchell, Route 66, de l’autre côté du miroir routier
Dans la foulée du juke-box de la semaine dernière, restons avec « Mon Amérique à moi » et la route 66 d’Eddy Mitchell. Trois fuseaux horaires, huit États, c’est la Mother road chère à Steinbeck, l’axe mythique où circulent encore tant de figures marquantes dont les fantômes de la Grande Dépression mise en scène dans Les Raisins de la colère.
Cette « route légendaire, croisée des mystères » a été chantée par bien d’autres qu’Eddy Mitchell. Créée en 1946 par un certain Bobby Troup, la chanson a été reprise notamment par Nat King Cole, Chuck Berry et les Rolling Stones. C’est le signe que « l’itinéraire » - traduction du mot en anglais - occupe l’imaginaire des artistes, des écrivains et des voyageurs qui souhaitent remonter le temps tout en traversant le pays : rallier Chicago à la Californie, ça a toujours été le fantasme chez les Américains.
Tous les ingrédients du mythe sont dans cette matrice qui « traversait d’est en ouest tout le pays », et qui menait « au bout du rêve. » - En numérologie, le chiffre 66 est signe de succès - Les personnages que l’imaginaire y associe sont des « vagabonds, chanteurs et guitaristes » dans le style de Dylan, Kérouac ou London ; plus que jamais aujourd’hui, ils sont « hors du temps, hors la loi » et pas forcément « sur la route de Memphis, dans un costume un peu élimé aux manches. »
Les mythes et ceux qui les incarnent ne passent pas facilement à travers les barreaux ou les lignes blanches de la société de consommation, et l’Amérique de Trump ne fait que les écraser davantage et les envoyer, hors-jeu, vers des contrées où « la magie s’achève ».
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