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Va et vient du dramatique au narratif et vice versa

Publié le par Eric Bertrand

Dans l’attente de nouveaux événements, je reprends le fil du « journal de création du Ponton », là où je l’avais laissé :
              « Journal du 12.08 : l’une des différences qui m’apparaît au fur et à mesure des corrections qui avancent (j’en suis à la page 24), c’est que, dans le narratif, je m’attache beaucoup plus à la psychologie des personnages, à ce qui se passe sous la peau et à toutes ces manifestations qui effleurent dans l’analyse et qui passent inaperçues au théâtre. Au théâtre, les choses doivent être manifestées de façon beaucoup plus évidente et tant pis si le spectateur ne les perçoit pas.
              Même si, dans ma relecture de la pièce, je vais faire en sorte d’enrichir le texte de ces nuances, il me semble impossible de les intégrer. D’où, une fois de plus, l’intérêt de cette formule d’ouvrage double dans laquelle, décidément, je trouve intéressant de m’investir !... Quelles sont ces « nuances » dont je parle ? Quelques exemples demain...
 
HPIM1976.JPG
Gira, gira la testa di Gigi...

 
 
Rubrique Goncourt :
 
Interview d’Amélie Nothomb. Rencontre du 11 octobre. (4/4)
 
 
Vous dîtes toujours avoir peur du ridicule, de vous faire trop remarquer mais pourtant vos livres sont tellement spéciaux…
 
Vous avez tout à fait raison, c’est très paradoxal. C’est vrai qu’il y a en moi ce côté très adolescent : « -surtout ne nous faisons pas trop remarquée… » et en même temps mes livres ne collent pas avec cela. Mais j’assume tous mes paradoxes, ce paradoxe se retrouve d’ailleurs dans Journal d’ Hirondelle, c’est un livre sur le thème du secret. En soi c’est un paradoxe car est-ce que le meilleur secret ne serait pas de ne pas écrire de livre ? Mais non, le livre doit quand même exister, il doit exister pour que le secret soit préservé, c’est absurde !
 
Donc vous êtes quelqu’un qui se décrit comme paradoxal…
 
Oui enfin j’ai l’impression qu’on est nombreux dans la confrérie ou du moins, j’essaie de me rassurer en le pensant…
 
Et avez-vous eu d’autres projets avant d’écrire vraiment ?
 
Aucun. C’est aussi une chose qui, je croie, me différencie de beaucoup de gens, c’est que je suis un peu un néant, je ne suis bonne à rien, je n’ai pas particulièrement envie de faire 10000 choses, j’ai envie d’écrire, point. Je suis une vraie monomaniaque, et cela tombe bien car je n’ai de talent pour strictement rien d’autre. Je suis moi-même entourée de gens qui ont tous les talents, qui défilent bien, qui jouent d’un instrument de musique, qui font du sport… Moi, en dehors de l’écriture vraiment, il n’y a rien. Mais je constate que ce rien m’a quand même conduite à quelque chose parce que vos m’auriez rencontrée à vos âges, je n’étais rien, je n’étais pas comme vous. Jamais je n’aurais participé au Goncourt des lycéens, jamais je n’aurais eu le courage de faire une chose pareille. Ce qui m’a permis de dépasser mon isolement qui était formidable, c’est le fait d’écrire et le fait de publier des livres. C’est une intégration par voie de littérature.
 
Votre « isolement formidable » est encore un autre paradoxe…
 
(rires) Oui, c’en est un.
 
Et connaissez-vous d’autres écrivains dans ce milieu ?
 
Vous savez, c’est très difficile. Ma position n’est pas facile parce que je suis un écrivain très envié, cela fait 14 ans que je suis best-seller et il n’y en a pas d’autres que moi à l’être depuis si longtemps. En plus je ne suis pas cacochyme, je n’ai pas l’air foncièrement désespérée donc ça suscite de grandes jalousies chez les autres et il n’y a rien à faire quand je vais au devant d’eux, c’est peut être paranoïaque de ma part mais je ne le pense pas, je sens toujours des sous entendus extrêmes qui sont gênants, il n’y a pas de transparence, il y a toujours des petites perfidies qui sont lancées… Finalement les seuls écrivains avec lesquels je peux vivre de grandes amitiés sont les écrivains de best-seller car il n’a y pas ce côté :  « -Oui mais vous n’êtes qu’un écrivain commercial » ou des petites piques comme ça. Je suis par exemple très amie avec Henri-Emmanuel Flique qui en effet a des ventes phénoménales donc quand je le vois je sens bien qu’il ne se pose pas la question :  « -Est-ce qu’elle vend plus que moi ?? » (rires).
 
Donc ce côté commercial, vous l’assumez totalement…
 
Vous savez je ne l’ai pas fait exprès mais d’autre part je ne pleure pas. Franchement, gagner beaucoup d’argent, je ne vais pas vous dire que c’est foncièrement désagréable ! (rires)
 
Et comment accueillez-vous la critique ?
 
Avec l’habitude… Vous savez on n’est pas best-seller depuis 14 ans sans des démolitions à n’en plus finir… Ca a commencé dès le deuxième livre, je ferais même mieux de dire dès le premier qui a été « ratiboisé » par la critique en Belgique mais à cause du nom que je porte. Par contre en France, ô merveille personne ne savait qui étaient les Nothomb, cela s’est très bien passé. La France m’a un peu fait l’effet d’être le pays du Salut, vous savez un peu comme l’Amérique pour les Européens, les bagnards qui fuyaient … Tout dépend du niveau, les critiques pour journal d’Hirondelle n’ont pas été bonnes par exemple mais franchement ça va. L’an passé j’ai écrit le livre Acide sulfurique qui m’a valu des critiques insupportables…
 
Ce livre est pourtant magnifique, vous faîtes la juste comparaison de la télé-réalité et des camps de concentration…
 
C’est très gentil vous me faîtes bien plaisir en me le disant mais si vous saviez,j’ai été vraiment humainement insultée et ce qui était pour moi insoutenable, c’est qu’on m’accusait, avec ce livre, d’insulter les victimes de la Shoah… Alors que c’était exactement le contraire ! J’ai écrit pour que cela ne se reproduise pas car il me semble que l’on n’est jamais vraiment à l’abri de ces choses là. Ca c’était vraiment une insulte gravissime très très pénible à endurer. Après ça si on se contente de dire que votre livre est nul, vous haussez les épaules.
 
Mais les critiques restent des critiques et les lecteurs avant tout des lecteurs !
 
Exactement. C’est pour les lecteurs qu’on écrit.
 
La grande majorité de vos lecteurs a d’ailleurs aimé Acide sulfurique !
 
Ah bah vous me faîtes plaisir ! (rires)
 
Et justement, que pensez vous réellement de la télé-réalité ?
 
Franchement j’en pense exactement la même chose que ce qui est dit dans ce livre. Alors il y a des critiques qui m’ont dit : « -Mais enfin comment pouvez vous comparer la télé-réalité avec les camps de concentration ? Quand bien même on pourrait avouer qu’il y a des choses graves dans la télé-réalité, cela n’atteint pas du tout ce degré ! ». Je leur ai alors demandé s’il fallait attendre l’insoutenable pour réagir ou réagir dès que ça devient inacceptable. C’est exactement ce qu’il s’est passé en 1940, c’est parce que les gens disaient : « -Oui mais ils ne sont que déportés… », on ne savait pas qu’ils étaient gazés mais est-ce que l’idée qu’ils soient déportés n’est pas déjà insoutenable ? N’y avait-il pas déjà de quoi réagir ? Donc il faut réagir tout de suite, il ne faut bien sûr pas attendre qu’il soit trop tard pour le faire !
 
Réaction de collègue :
 
Je viens de lire le message de Véro et je n’ai rien à ajouter. Je partage l’analyse y compris les effets de la rencontre sur les élèves qui, pour certains des miens, étaient persuadés qu’ils allaient s’ »em… » ( ainsi qu’ils l’ont dit ensuite à Mylène Reboul, notre représentante de la FNAC lors de sa visite hebdomadaire). Ils ont été enchantés et redynamisés pour la majorité, avec des jugements assez pertinents sur les auteurs : on s’amuse avec Boulin ( genre jeu du chat et de la souris mais les élèves se sont pris pour les chats et non l’inverse !), et on prend au sérieux Audouard surtout. Olivier Poivre d’Arvor qui a mis longtemps à se dérider, a moins plu. 
Le rythme de lecture des élèves est bien reparti depuis la rencontre et en dépit de notre lycée-chantier-bourbier qui nous fait rentrer dans des salles algéco humides, très humides même, après les intempéries, forcément méditerranéennes, de la semaine.
Je partage les interrogations d’Agnès quant à L’Amant en culottes courtes que je viens de terminer et qui n’a aucun succès auprès de mes élèves.
Merci à Eric pour son courrier concernant Fils unique, sur lequel mes élèves de 1e L se sont jetés ( deux élèves l’ont achetés puisque ma classe Goncourt est une classe de seconde) après un cours où j’avais évoqué son existence comme fausse autobiographie. Le bouche à oreille a ensuite fait le reste. Comme j’ai programmé Don Juan et Les Liaisons  la question du libertinage au XVIIe et XVIIIe siècle est au coeur de mes préoccupations.
Je reviens au Goncourt pour évoquer aussi l’émission de Radio Bleue Roussillon à laquelle nous avons participé, trois des élèves de la classe, Mylène Reboul et moi. Ce devait être une émission interactive sur la lecture avec des questions d’auditeurs mais il semble que la tranche horaire (comme on dit dans le jargon radiophonique) de 9h-9h30,  ne soit guère favorable à la lecture car nous n’avons eu aucun appel téléphonique ! L’intérêt de l’entreprise n’en a pas moins été très grand, notamment en ce qui concerne l’expression orale et la capacité à répondre avec clarté sur les livres lus.
Le blog est reparti ( la fermeture du CDI avait un peu arrêté l’activité des élèves) et je vais dire à mes élèves d’aller regarder celui d’Amiens puisqu’il est ouvert !
 
 
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