« (…) Et moi, c’est encore pire, je suis une fille !... Imaginez l’histoire !... Mettez un jeune Américain à la place de Gilda, un bel Américain, style surfer, sur le ponton, tous les matins !… Eh ben, je l’aurais suivi sans hésiter, moi aussi !... Par amour, je l’aurais suivi !
Francesca : je préfère te savoir avec Salvatore, ma petite Ornella ! Tu es bien mieux avec Salvatore, crois-moi !... Je le connais, c’est un gentil garçon… Ton surfer, laisse-le où il est ! On ne part pas avec le premier venu !
Carolina : on ne part pas ! Surtout si on croit aimer !... C’est le pire des pièges, Gigi ! (…) »
Quand Ornella essaie d’aller dans le sens de Gigi et de Gilda, cela réveille un sursaut d’hystérie chez Caroline. Ce trait la ramène à son histoire personnelle et je demande à Jennifer d’outrancier sa réaction. La référence au « surfer » suscite la jalousie de Salvatore qui ne se cache plus, même devant les Befana.
Sur la fin de la scène et les dernières répliques, les deux couples sont en miroir. Exercice classique dans les ateliers de théâtre. Je leur demande de l’utiliser pour montrer davantage l’intéraction entre les deux couples et accentuer le conflit entre les générations. Ces adolescents sont en train de rompre avec les usages ancestraux…
Les Befana n’ont plus qu’à causer entre elles, on ne les écoute plus… Gilda impose le signe du départ. Ils sortent. Elles restent là, seules en scène, à tournoyer sur un pas de valse dérisoire.
« (…) Carolina : je repose la question : « qui va les surveiller ? ».Il n’arrive rien de bon dans la rue si personne n’est là pour veiller sur vous !... Croyez-moi, les enfants, il est dangereux de quitter le pays des histoires.
Francesca : le pays des grands frères !
Carolina : le grand frère monte la garde !
Francesca : le grand frère donne la main !
Carolina : le grand frère va faire les courses !
Francesca : le grand frère aide la mamma quand elle vieillit !
Carolina : le grand frère s’occupe de tout !
Francesca : par conséquent, on reste à la maison !
Elles empoignent le manche de la carriole et s’en vont en chantant, par provocation, la chanson de « Gigi l’Amoroso » (…) »
In un paese, tutto si deve sapere !
(Photo Nino. Piazza Armerina)