Juke-box n°26 : Michel Polnareff, « Love me, please love me » : tristesse d’amour
Quand on entend Michel Polnareff moduler le « je suis fououou de vous », de cette voix si caractéristique, il semble qu’on retourne à un stade élémentaire de la passion amoureuse, celle qui créait les Tristan, les Roméo ou les Des Grieux, mais à un niveau encore plus tragique car l’amour n’est pas partagé : « Devant tant d'indifférence, parfois, j'ai envie de me fondre dans la nuit ; au matin, je reprends confiance, je me dis, je me dis, tout pourrait changer aujourd'hui »
Cette idolâtrie ressentie pour la femme aimée est peut-être d’un autre âge et on n’a plus l’habitude de voir le chevalier servant aux genoux de sa maîtresse. De manière générale, la chanson, ne cesse toutefois de scander ce motif de l’amant éconduit : « Elle a les yeux révolver, elle a le regard qui tue ; elle m’a touché, c’est foutu ! » ou bien, chez Brassens : « je me suis fait tout petit devant une poupée … Je subis sa loi, je file tout doux sous son empire » ; ici, le malheureux accepte la fin tragique à laquelle un amour impossible le condamne : « Pourtant, je veux jouer ma chance, même si, même si, je devais y brûler ma vie » …
L’espoir bat de l’aile car l’amante demeure intraitable : « Je l’aime à mourir » disait l’autre, ce qui implique, certes, une dérive personnelle mais aussi un silence sournois et cruel de la part de la femme aimée : « Pourquoi vous moquez-vous chaque jour de mon pauvre amour ? Vraiment, prenez-vous tant de plaisir à me voir souffrir ? » Dans « Le Bal des Laze », au milieu des « diamants, rubis, topazes, blanches robes longues » pendant que Lord et Lady de Laze « recevaient le grand monde » et que « Jane dansait avec son fiancé », la mort rôdait déjà dans le château, comme le châtiment de l’assassin : « Je serai pendu demain matin ».
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