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Bouclage

Publié le par Eric Bertrand

Suite du journal du 9.08 : Bref, posons quelques bases : je prévois la relecture et correction du récit d’ici à samedi prochain (12.08). J’aborde éventuellement la reprise de la pièce dans ce même temps. La limite est celle de la date du retour vers la Bretagne le 13 août.
              Je ne me hâterai pas. D’autres relectures « tamis » sont envisageables plus sereinement. Je vais aussi trouver une idée d’illustration pour la couverture. Peut être une préface. Un argumentaire pour le libraire… Les phases habituelles par lesquelles je suis passé l’an dernier et que j’ai déjà pu rapporter dans ce blog.

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En route !

Rubrique Goncourt :
Le Bois des amoureux de Gilles Lapouge.
 
Disons-le franchement dans ce blog (mais je ne le dis pas en cours, ce n’est pas le lieu !) je trouve le roman franchement raté ! Et je recueille là-dessus de nombreux points de vue convergents… Là n’est pas la question ! Il faut jouer le jeu et tâcher de lui donner un écho qui fournisse en même temps une passerelle vers le bouquin ! Après tout, sur le fond de montagnes du pays de Digne, avec un feu de cheminée et une poêlée de châtaignes, il ne serait pas si désagréable d’écouter cinq minutes Lapouge évoquer ses souvenirs un peu décousus. J’ai enregistré sur France Culture un entretien dans lequel il évoque la figure du conteur dont il dit qu’elle est aussi celle de l’écrivain. Il est bon de donner à entendre ce genre de témoignages à des élèves curieux de savoir ce qui, à la base, inspire l’écrivain. Cela nous ramène une fois de plus à l’objet d’étude « le biographique » : le seul passage que j’ai sélectionné à la lecture, c’est précisément celui qui évoque la « mémoire des vieux ». 
 
Exploitation en cours du Bois des amoureux
 
Lecture d’une critique positive du roman. (Critique de Mathilde Saudubray parue dans le magazine Evene) Quelles sont les qualités que cette critique met en avant ?
 
« Le roman dépeint la vie d'un petit village du sud de la France autour d'une rencontre entre un vieux professeur et un soldat. Cette fresque rurale encadrée par les deux guerres relate avec une poésie drôle et empreinte de nostalgie les histoires de familles, les us et coutumes provinciales. Dans un langage populaire plein d'images bucoliques et de sagesse prosaïque, chacun affirme sa personnalité, imperceptiblement. Les sensibilités, les amours et les désillusions se dessinent discrètement, dans le contexte fragile de l'entre-deux-guerres. L'auteur nous plonge dans ce microcosme régi par ses rumeurs. Il donne une coloration particulière aux habitudes et aux commérages qui évoluent avec le temps, les bouleversements sociaux. Le soldat incarne cette rupture. Ses paroles heurtées, ses pensées paradoxales figurent la vision métaphysique des consciences irradiées par la douleur et la mort. On perçoit ici l'expression surréaliste.
Le choc des cultures n'est pourtant pas si brutal qu'il n'y paraît. Le professeur, comme les enfants, le prêtre ou le paysan bourru retrouvent l'énergie vitale et l'instinct de survie qu'ils ont en eux. Au-delà des mots et des idées, l'essentiel est pressenti par ces âmes touchantes. Le passé sédentaire et traditionnel de la vieille
France est confronté au nomadisme moderne du soldat épris de liberté. Cependant, la tristesse languissante des uns rejoint le désespoir irréversible de l'autre. Leurs dialogues catalysent un amour d'ordre universel, frustré. Dans ce récit sentimental, où la langue associe l'argot aux métaphores abruptes, on suit l'évolution de personnages attachants en train de s'observer. A l'instar de ces acteurs assistant au spectacle de la nature, de la vie et de ses révolutions, on est spectateur d'un tableau vivant et lointain. »
 
Extrait d’interview : Gilles Lapouge sur France Culture : « Du jour au lendemain »
Réflexion sur le statut d’un personnage : la relation de ce personnage avec le statut du conteur ? Avec celui du romancier ?.
 
Réflexion sur un extrait du roman : « la mémoire des grands pères » : quel témoignage lèguent-ils ? Quelles valeurs transmettent-ils ?
 
Lecture cursive conseillée : (Il faut songer à « l’après Goncourt » et au fameux « baby blues ») Dans le sillage de ce roman, il faut penser à des romanciers de la région, chantres de valeurs identiques à celles que célèbre Lapouge (mais avec une véritable intrigue romanesque !) :
-          Giono : Regain
-          Giono : Un de Baumugne
-          Giono : Colline
-          Bosco : le Mas Théotime
 
Rencontres à Marseille le 3 Octobre 2006
Suite : Camille Laurens
 
-Quelle est la part de l’autobiographie dans votre roman ? Cette façon de brouiller les pistes, n’est-ce pas une manière de cacher l’autobiographie ?
La vérité, je ne la connais pas. Tout tourne autour de l’identité. Qui suis-je ? La part autobiographique est une sorte de paysage mental. L’auteur est dans son livre. Il écrit pour parler de lui, comme le disait Hugo, parler de soi c’est parler des autres. Il n’y a pas une vérité mais plusieurs vertiges qui bougent tout le temps. Dans tous mes romans il y a un mélange de vérité et de fiction, avec une frontière mouvante, comme la vie. Je pense à un passage de Proust à propos d’un peintre qui se demande comment peindre une rivière dans le brouillard : c’est peindre ce que l’on ne voit pas. Peu importe la réalité événementielle. Bien entendu, ce sont des émotions d’abord, plutôt que des faits.
 
Camille Laurens est intervenue lors de la question posée à Michel Schneider sur le rapport conflictuel entre mot et image :
Elle cite Antonioni : « L’amour, c’est vivre dans l’imaginaire de quelqu’un ». Ella s’interroge sur comment l’amour s’articule à partir du regard de l’autre, comment les mots arrivent à saisir quelque chose de ce qui est insaisissable . Dans l’amour, il y a autre chose que ce qu’on croit et que ce qu’on voit.
 
-Pourquoi les scènes érotiques sont-elles aussi crues ? Est-ce provocateur ou réaliste ?
Camille Laurens semble assez étonnée par la question, mais elle explique :
Il y a peut-être une scène « porno » à Amsterdam. Dans cette partie du roman, j’ai effectué une construction en triptyque :
-une scène érotique, quand Arnaud veut un enfant. Genre film sentimental, mélo, couple amoureux.
-une scène intermédiaire : le concert de Bach, avec 2 façons différentes d’écouter (elle : sentimentale, lui : technique avec ses 11 versions de Bach). Le sujet, c’est la différence masculin/féminin.
-dernière scène : quand ils rentrent à l’hôtel. C’est une scène de fantasmes, où la femme entre dans le fantasme de l’homme. Sorte de scène vue d’une fenêtre, avec cette notion de voyeurisme masculin/féminin dans les rapports amoureux et sexuels. C’est à comprendre comme une construction romanesque (avec la référence à l’enfant perdu). Il n’y a pas de provocation, mais liberté du personnage et liberté de lecture. Pas de jugement moral, type lui salaud, elle idiote. Il y a peut-être une forme de masochisme féminin, mais pas au sens habituel d’avoir mal. C’est plutôt une acceptation de la passivité.
 
-La communication par mail peut-elle produire un nouveau ressort tant sut le plan psychologique que sur celui de l’écriture ?
Cela m’a permis l’utilisation de la corbeille : le personnage ne lit pas, mais le lecteur peut lire. C’est une manière aussi de réfléchir aux relations par Internet, comme si on cherchait de + en + à garder ses distances. Par exemple les sites de rencontres où en fait on ne se rencontre pas. S’écrire à distance. On se tient loin.
 
-Pourquoi plusieurs fins avant la vraie fin ? 
En fait il n’y a pas plusieurs fins. C’est une histoire qui n’en finit pas de finir. Dans la vie, il y a plusieurs fins à une histoire d’amour (quand dater la fin ? dernière rencontre ? décision de mettre un terme à la relation ? …) Dans ce roman, il n’y a que des fins.
Intervention d’Antoine Audouard qui cite Flaubert : « La bêtise en littérature consiste à vouloir conclure. »
 
-Pourquoi êtes-vous tant inspirée par l’amour perdu et l’absence ?
Il y a de l’absence en chacun de nous. Il y a toujours quelque chose qui manque ou quelqu’un. J’ai perdu un petit garçon en 1994 : c’est l’absent qui reste toujours là. Il y a l’amour perdu de la mère, ce qui sépare depuis la naissance et entraîne la mélancolie, au sens de sentiment de la perte. On a tous perdu un paradis.
 
-Pourquoi les mails du cinéaste n’apparaissent-ils pas dans le roman ?
Cette question présuppose l’existence d’une correspondance réelle. Mais tout est inventé…(remarque perso : grosse déception chez les élèves…) C’est un clin d’œil au roman du XVIII° pour authentifier ce qu’on va lire, c’est une sorte de mise en abyme .
 
-Pourquoi Hélène prend-elle le nom de Camille à la fin ?
Quand elle emploie ce nom de Camille, c’est en fait une pirouette que je fais au lecteur qui est embarqué dans l’histoire d’Hélène/Arnaud, je/le réalisateur. Il y a un jeu sur les pronoms et « Camille » dit « peut-être que cela est arrivé ». Mais dans la vie je ne m’appelle pas Camille. C’est un pseudo. Donc il y a une strate supplémentaire, qui donne une sorte de profondeur de champ. Je connais la vérité puisque je l’ai vécue mais je suis intéressée par la transformation romanesque. Camille est elle-même un personnage.
 
-Que recherchez-vous dans l’écriture d’un livre ? Qu’est-ce que ça vous apporte sur le plan perso. ?
Avant, j’aurais dit « j’écris pour être aimée ». Les hommes diraient : « Pour avoir toutes les femmes que je voudrais ». Maintenant, j’écris pour que les mots m’aiment. C’est une joie de toucher les mots et d’être touchée par eux.
 
-Question sur sa relation à l’écriture et sur une forme de dépendance :
Comme une addiction ?…Il y a des choses que je préfère à l’écriture, sûrement…mais je n’ai pas l’intention d’arrêter. Ma relation à l’écriture est aussi une relation à la lecture, à la littérature.
 
Réaction de collègue :
« Je viens de découvrir l'interview de C.Bataille sur le site gdlfnac. 
L'avez-vous écoutée ? C'est surprenant de voir la distance qu'il y a 
entre la clarté de son propos narratif oral, la simplicité du projet 
qu'il définit, et le roman lui-même ! Rien par exemple sur Kobald. 
Quelqu'un a-t-il une idée sur ce nom, syncope de Kobold et de cobalt ? 
(sans que ça m'éclaire plus que ça, au demeurant, cette hypothèse !)
 
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