Dosette de lecture n°172 : Sorj Chalandon : « Le Quatrième mur », l’intranquillité de la tragédie
Quelles lectures multiples peut-on faire de l’Antigone d’Anouilh ? L’auteur, qui a été correspondant de guerre, choisit le contexte explosif du Liban, en 82, à Beyrouth, pour raconter le défi que s’est lancé son narrateur, metteur en scène qui a l’idée folle de monter la pièce pour parvenir à faire cesser la guerre, ne serait-ce que pendant le temps du spectacle.
Mais avant de commencer, il faut d’abord monter la troupe, trouver les acteurs dans chaque camp, et, parmi ces communautés déchirées par la haine, faire admettre l’idée de jouer ensemble. Comment accepter de suivre un metteur en scène « qui vient de Paris en tenue d’Arlequin » et qui n’est, aux yeux des locaux, qu’un « spectateur au milieu des vivants, des mourants et des morts » ? Et surtout, une fois surmontés ces obstacles, il faut aussi composer avec la guerre qui s’invite sur la scène… « Dans la tragédie, on est tranquille » affirmait le Chœur dans le Prologue d’Antigone, mais, dans la perspective de potentielles répétitions, ce qui s’impose justement, c’est l’intranquillité !
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