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Juke-box n°4 : Brassens : « Le grand chêne » ou l’angoisse de la mise au ban…

Publié le par Eric Bertrand

C’est une chanson qui raconte une histoire, comme souvent chez Brassens. C’est un apologue, d’une simplicité digne d’une fable ou d’un conte de La Fontaine, qui lui a souvent servi d’inspiration.

Tout commence « en dehors des chemins forestiers », dans le mystère des grands bois, là où peut-être, les animaux et les plantes n’ont pas perdu le don de la parole. Deux amoureux égarés se rencontrent et se mettent à dialoguer avec le chêne sous lequel ils vident un « grand sac de baisers ». On sympathise, on refait le monde et on s’invite ! Le chêne innocent accepte de sortir « ses grands pieds de son trou » et de suivre ses nouveaux amis. Brassens a déjà chanté les « bancs publics ». Dans ce texte, il chante le destin du chêne et fait un peu comme si l’un de ces bancs avait suivi « les petits gueules bien sympathiques » avant « les gros nuages lourds ». À la fin de l’histoire, « amère destinée », le malheureux finit dans la cheminée comme du « bois de caisse » après avoir subi force désagréments.

La chanson est menée sur un rythme allègre et le chêne, vite abandonné dans le jardin subit la compagnie de « roseaux mal pensants » et de chiens « levant la patte sur lui ». Autour de lui se met à tourner la ronde des saisons... Tout le répertoire de Brassens est là-dedans : le grand Pan, le temps qui passe, l’amour, la chair, le flétrissement. Au-dessus de la cime du grand chêne, ce n’est pas le grand vent qui finit par le déraciner mais « l’horrible mégère ayant des tas d’amants » qui le fait « vieillir prématurément ».

Que reste-t-il de « la jolie vache déguisée en fleur » ? L’innocent ne peut comprendre cette règle de la métamorphose qui sévit chez les humains et qui fera dire à Renaud, grand héritier de Brassens, que « la vie est bien dégueulasse ». Sa chanson « Mal barrés » est d’ailleurs une réécriture des amoureux des bancs publics. On peut aussi la réécouter…

 

 

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