Dosette de lecture n°183 : Barbara Cassin : « La Guerre des mots » : Éliminer pour mieux régner…
Comment faire du langage un acte de prédation ? Dans cet essai, l’auteure s’interroge sur le pouvoir envahissant d’un Trump et d’un Poutine qui savent, chacun dans son genre, quel usage faire des mots quand ils prennent la parole - et je crois bien, hélas, qu’ils font école – Pour ces « orateurs » d’un type nouveau, il est évident que dire, c’est agir et que c’est aussi réaliser un programme dont l’effet se fonde sur la sidération de ceux qui assistent, impuissants, au spectacle.
Cette sidération, servie par le renfort de l’image triomphante du mâle alfa encapuchonné de ses missiles et de ses saillies, pétrifie le public et s’exerce d’autant plus facilement qu’elle passe par des rafales de mots mitraillés, accessibles à tous et qu’elle emprunte sans vergogne des scenarii entièrement truqués au service d’une idéologie revendiquée – c’est la technique décapante du « story telling » par le biais de laquelle les faits sont réinventés en fonction d’une orientation déterminée d’avance - Ainsi, par exemple, puisque les élections de 2017 en Amérique sont le résultat d’un truquage, moi, Donald Trump, je peux mettre en doute la pertinence de la démocratie de mon pays et, la fois prochaine – élections de mi-mandat - contrôler les votes !
Quant à ceux qui me gênent parce qu’ils protestent ou parce qu’ils s’opposent aux versions que j’ai arrangées – mon ami Poutine le sait bien - ils sont comme les mots qui me dérangent : il suffit que je les élimine pour obtenir silence. Un certain Orwell – esprit dégénéré - avait déjà vu ça en son temps, mais ce qu’il écrivait valait à la rigueur pour une mauvaise fiction. Moi, au contraire, je suis dans le réel et je suis un homme beaucoup plus moderne que celui de 1984 !
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