Spectacle pour le moins « décoiffant » à la Coursive vendredi soir… Une troupe de huit
percussionnistes, comédiens et danseurs se partagent une scène dont le décor rappelle celui d’un hangar, d’un dépôt de fonderie ou d’un garage. Ce qui compte avant tout, pour ces
enragés de la scène, c’est de partir à la conquête d’un langage qui restera inarticulé jusqu’à la dernière minute.
Le spectateur a l’impression de voir évoluer sous ses yeux une bande d’Estragon-Vladimir sortis d’un « En
attendant Godot » privé de la parole creuse. Mais c’est justement dans ce « creux » là que se joue la conquête du sens. Il n’y avait plus Dieu chez
Beckett, il n’y a plus la parole chez Stomp. Et cela produit une tentative frénétique pour créer du son et de l’échange avec les moyens du bord.
Les personnages sont, comme Vladimir et Estragon, des paumés, mais des paumés moins résignés et
surtout mieux outillés. Barriques, tonneaux, bombones, boites d’allumettes, journaux, cables, balais, jantes, couteaux, ciseaux, pelles, poubelles, cables, tubas, tout ce qu’on trouve dans la
décharge de la société de consommation est bon pour produire le son et la volée de clous sur la planche du langage. Mais les êtres qui se côtoient sur scène se défient, se
toisent, s’affrontent et le sentiment de détresse est tout aussi poignant que chez Beckett, à la différence prêt que le spectateur sort abasourdi par la vigueur désespérée de ces
clochards aux semelles de plomb.