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ecriture et reecriture

Retour sur le net et le blog !

Publié le par Eric Bertrand

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                  Comme à chaque retour de vacances désormais le blog fait aussi sa rentrée ! Au programme de celui-ci : après l’article du mois, l’examen de quelques films, un certain nombre d’articles consacrés à une réflexion sur le film « Matrix » que j’ai proposé aux BTS en relation avec d’autres documents (j’ai déjà écrit dans ce blog deux articles sur le film), une série consacrée aux lectures que j’ai pu faire ces derniers temps...

                Egalement des nouvelles des livres en attente... Il devrait se passer des choses prochainement et j’en tiendrai bien entendu au courant le lecteur de ce blog habitué depuis l’origine de tout connaître des coulisses de l’écriture et de la publication ! Promis, je ne vous cache rien !

 

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Fables et politique (2/2)

Publié le par Eric Bertrand

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              A la suite de l’article d’hier, je propose ce matin ce prolongement de la plaisanterie qui pastiche « les Animaux malades de la peste »...

 

Un mal qui décime les cigales,
Mal que le Ciel en sa fringale
Inventa pour semer la zizanie et enrichir les fourmis,

Mal qui donne dans les doigts cent fourmis et dans l’esprit cent soucis
« Le fric » (puisqu’il faut l’appeler par son nom)
Capable de casser en un jour les cachetons,
Faisait aux animaux la guerre.
Ils ne payaient pas tous, mais tous étaient frappés (...)
Le Lion tint conseil (...)

 

 

 

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Réécriture pour la scène des « Animaux malades de la peste » (1/2)

Publié le par Eric Bertrand

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                Dans le souci de faire comprendre les textes de La Fontaine que mes élèves jugent parfois complexes ou qu’ils survolent, je leur ai demandé d’adapter pour la scène la fable du livre 7 appelée : « les Animaux malades de la peste ». Cet exercice de transposition est aussi formateur pour « le travail de l’écriture » car, si l’on garde le propos, il faut respecter un certain nombre de contraintes liées à la prise en compte de la scène contemporaine.

              Rappel de méthode : changement d’énonciation, adaptation à un langage plus simple, présence de didascalies... Et en attendant, voici pour le plaisir, l’occasion de la relire la fable !

 

Un mal qui répand la terreur,
Mal que le Ciel en sa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre,
La Peste (puisqu’il faut l’appeler par son nom)
Capable d’enrichir en un jour l’Achéron,
Faisait aux animaux la guerre.
Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :
On n’en voyait point d’occupés
A chercher le soutien d’une mourante vie ;
Nul mets n’excitait leur envie ;
Ni Loups ni Renards n’épiaient
La douce et l’innocente proie.
Les Tourterelles se fuyaient :
Plus d’amour, partant plus de joie.
Le Lion tint conseil, et dit : Mes chers amis,
Je crois que le Ciel a permis
Pour nos péchés cette infortune ;
Que le plus coupable de nous
Se sacrifie aux traits du céleste courroux,
Peut-être il obtiendra la guérison commune.
L’histoire nous apprend qu’en de tels accidents
On fait de pareils dévouements :
Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence
L’état de notre conscience.
Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons
J’ai dévoré force moutons.
Que m’avaient-ils fait ? Nulle offense :
Même il m’est arrivé quelquefois de manger
Le Berger.
Je me dévouerai donc, s’il le faut ; mais je pense
Qu’il est bon que chacun s’accuse ainsi que moi :
Car on doit souhaiter selon toute justice
Que le plus coupable périsse.
- Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon Roi ;
Vos scrupules font voir trop de délicatesse ;
Et bien, manger moutons, canaille, sotte espèce,
Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes Seigneur
En les croquant beaucoup d’honneur.
Et quant au Berger l’on peut dire
Qu’il était digne de tous maux,
Etant de ces gens-là qui sur les animaux
Se font un chimérique empire.
Ainsi dit le Renard, et flatteurs d’applaudir.
On n’osa trop approfondir
Du Tigre, ni de l’Ours, ni des autres puissances,
Les moins pardonnables offenses.
Tous les gens querelleurs, jusqu’aux simples mâtins,
Au dire de chacun, étaient de petits saints.
L’Ane vint à son tour et dit : J’ai souvenance
Qu’en un pré de Moines passant,
La faim, l’occasion, l’herbe tendre, et je pense
Quelque diable aussi me poussant,
Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.
Je n’en avais nul droit, puisqu’il faut parler net.
A ces mots on cria haro sur le baudet.
Un Loup quelque peu clerc prouva par sa harangue
Qu’il fallait dévouer ce maudit animal,
Ce pelé, ce galeux, d’où venait tout leur mal.
Sa peccadille fut jugée un cas pendable.
Manger l’herbe d’autrui ! quel crime abominable !
Rien que la mort n’était capable
D’expier son forfait : on le lui fit bien voir.
Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

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Imaginer Simenon à La Rochelle (2/4)

Publié le par Eric Bertrand

Rue le 31 (8) [1600x1200]

             Depuis des vacances à l’île d’Aix, Simenon est tombé amoureux de la région. La silhouette des deux tours à l’entrée de La Rochelle dessine vite au fond de lui la fondation de l’œuvre à venir... Une œuvre qui s’enfoncera dans les ruelles de la vieille ville, ses allées couvertes, ses passages obscurs, ses magasins à bazar, ses vaisseaux oscillant entre les sournoiseries du port et les secrets du grand large...

             Simenon se délecte des changements du ciel rochelais, du mouvement des nuages qui sont autant de frégates auxquelles il lui arrive de participer. La platitude du pays d’Aunis lui rappelle un peu la Belgique de sa jeunesse. Mais une Belgique plus colorée, plus cuivre et or, où les voiles déchirent la grande toile du ciel.

             Il a séjourné d’abord rue d’Albret, près du Mail, dans ce quartier de grosses maisons où il a des amis. Il habitait la villa Agnès avant d’acheter le domaine de la Richardière tout près de Marsilly.

 

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Article du mois : « Les Ritals » et dialogue avec toi, Richetto...

Publié le par Eric Bertrand

Highlands1 (201) [1600x1200]

                  Le grand-père de Cavanna était maçon et tu étais maçon. Tous les Italiens de cette génération étaient maçons !  Travailleur de force, tu charriais sur ton vélo tous les matins « la caisse à fourbi ». J’en ai hérité de cette caisse à fourbi. Lourde caisse en planches épaisses et remplie de matériel : le kit du maçon italien...

                  Tu aurais mis des pierres du chantier à l’intérieur qu’elle n’aurait pas été plus lourde. Mais quand tu me montrais la pierre que tu aimais tant travailler, ton doigt était léger, , gracieux, propre, comme lissé par la poussière aiguë que tu faisais lever autour de toi, à grands coups de burin.

                  Tout petit, je comparais ce burin à mon crayon de papier et je me disais qu’il faudrait en accumuler beaucoup des années à la pointe de mon crayon pour qu’il devienne aussi vigoureux, aussi souple, aussi incisif... Un crayon à la fine mine, capable pourtant de marquer son empreinte dans la pierre et dans les esprits comme dans une chair blanche.

 

                    Il finissait toujours par apparaître sur la scène, le mouchoir ! Exactement comme celui du père Cavanna ! Un vrai rideau de scène ! Je te regardais toujours quand tu marchais et t’arrêtais brusquement, ou quand tu revenais de l’une de tes courses épiques à vélo.

                    Du fond de l’une des profondes poches de tes pantalons en velours, tu sortais un immense mouchoir que tu déployais, comme un magicien qui veut faire s’envoler une colombe. Tu trompettais dans le tissu à carreaux, trois ou quatre grands coups scandés par de grands espaces de reniflement.

                    Puis tu ouvrais à nouveau les yeux, t’essuyais le petit coin de larme jaillie dans l’effort et repliais avec précaution le mouchoir, un côté, puis un autre. Je me croyais en face d’un régiment, et j’avais l’impression que tu me montrais comment on fait son lit pour ne pas se faire punir par l’adjudant qui va venir juger de la coupe orthodoxe du drap.

 

                  Les poches des pantalons du père de Cavanna sont profondes, les tiennes aussi, pépère. Ce sont la plupart du temps, celles du gros pantalon en velours cotelé jaune caca d’oie. Est-ce le contenant qui justifie le contenu ou le contenu qui justifie le contenant ? Le fait est que tu as la manie de tout ramasser ce que tu trouves.

                 Alors, il te faut de l’espace dans tes poches. Quand tu t’avances vers moi, je vois le creux qui s’ouvre dans le pantalon et qui masque les petits trésors que tu vas remonter. Surtout le dimanche, quand tu rentres de ta promenade au jardin botanique ou sur les bords de Moselle. Des élastiques, des morceaux de métal, des fruits, des pièces usées, des figurines en plastique, en tissu ou en fer...

                  Tes poches de pantalon ce sont comme deux sacs à mains de grand-mère, sauf que « tes sacs à main à toi » sont bien plus intéressants à fouiller et que j’ai le droit de regarder dedans. Et puis, il n’y a jamais la même chose à l’intérieur.

 

                Comme le père Cavanna, tu as toujours les poches pleines et les objets que tu retires sont la plupart du temps briqués, polis... Tu aimes les choses façonnées, c’est le métier qui veut ça et peut-être un tempérament plutôt maniaque.

                Comme la mer récurre les coquillages, les bois, les cailloux qu’elle dépose sur les plages, toi, avec ton doigt en récif, tu astiques et lacères ce que tu trouves. Tu aimes les fruits à noyaux, les abricots, les cerises, les pêches surtout. Tu apprécies les lignes veinées et sculptées du noyau.

                Tu grignotes les coins, tu tires les derniers fils de la pulpe. Je te soupçonne d’aller jusqu’à les passer sous l’eau douce. Sur la grande plage de ta main, tu les grattes avec ton ongle, tu les polis pour leur faire rejoindre les petits objets d’art en collection dans tes poches, ces grottes domestiques.

 

              Cavanna signale les ongles bien coupés de son père...

              Les yeux tout bleus, parfois presque violets, la toilette élégante, des airs de Liz Taylor qu’elle cultive, ta femme a toujours eu du succès et passe pour une star de cinéma auprès des copains du chantier.

             Tu en es fier. Tu la vois toujours « se  faire les ongles » et se maquiller dans la glace. Est-ce un effet de mimétisme, mais toi qui as aussi le sens de l’esthétique, tu passes la lime sous tes ongles. Tes doigts sont blanchis par le contact de la pierre et le travail de la truelle. Tu ne supportes pas d’avoir les mains sales. Elles sont grosses, presque carrées.

             Tu passes de longues minutes à les laver à l’intérieur d’une grosse bassine en plastique. Le savon de Marseille filtre sous la peau, nettoie les impuretés. Tes mains sont rouges, presque frippées quand tu les sors de l’eau chaude. Tu tournes la serviette bien autour, vigoureuse, on dirait une peau de lapin écorché, tu te frottes le haut des oreilles, fais rebiquer les petits cheveux.

              La serviette est humide, tu la déposes sur le bord de la fenêtre, ton observatoire. Tu vas t’accouder dessus. Tu fermes les poings. Derrière tes épaules, chauffe la soupe du soir, et quand je suis en vacances, c’est du cacao que ma grand-mère met à chauffer pour le rendre plus onctueux. Tu écoutes les bruits de la maison et les bruits de la rue, tu es bien.

 

               Il y a chez toi une « mécanique interne » du langage italien. Tu nous parles avec cet accent que retranscrit si bien le livre de Cavanna. Et puis il y a des mots, des expressions qui reviennent dans le texte et que j’entends encore du fond de ma mémoire. « Porca madona ! »... Tu fulmines parce que tu viens de renverser un verre sur la nappe, parce que tu n’arrives pas à remonter la chaine sur le dérailleur, parce que tu as fait tomber un bibelot...

               L’horloge se dérègle, l’horloge s’affole. Tu n’es pas agressif mais tu lances cette ritournelle des jurons qui va dans tous les sens, « porco dio », « dio bestia », « porca madona » ! C’est presque une comptine ! Nous ne comprenons pas, mais ça nous fait bien rire mon cousin et moi.

               Ça finit par s’apaiser et ça t’a fait du bien. Les choses rentrent dans l’ordre. C’est le tic tac interne de l’horloge qui tourne rond, « ecco ! ». Tout va bien, le monde est ordonné, tu relèves la tête, tu nous vois rire, tu ris avec nous.

 

               Une institution chez Cavanna !

               C’est la fin de semaine. Tu as remisé la caisse à fourbi. Le vélo du travail est accroché au clou. La retraite est proche. Tu t’es offert un beau vélo de course et tu le sors le dimanche pour partir dans de longues expéditions solitaires ou en club dont tu reviens vers midi et demi, tonitruant et la tête chargée de mini exploits. Tu es, l’espace de cinq minutes, la frénésie de l’effort aidant, une espèce d’Homére italien, multipliant les foudres et les épithètes.

                 Puis tu ranges le vélo, tu te passes le gant sur la figure. Tu mets la chemise blanche, le pantalon à plis bien repassé. Celui qui n’a pas les grandes poches... Des boutons de manchettes dorés. Il est temps de passer à table. Tu es redevenu calme, mesuré, élégant. L’après-midi, tu sortiras en ville, tu marcheras doucement dans les rues avec l’air posé d’un grand monsieur. Parfois tu te reposeras sur les murettes pour en apprécier les arêtes et la qualité du ciment.

                 Et tu seras grand de savourer la légèreté du temps qui passe, la saveur des fruits et des fleurs, la délicieuse mélancolie de la vie dont tu sais qu’elle n’a qu’un temps.

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