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theatre au lycee

Quelques instantanés du spectacle de « Jack, sur la route et sur les planches » : la mijaurée et l’allégorie de la caverne (3/4)

Publié le par Eric Bertrand

 


Jack sur la route et sur les planches (Maison... par Sheumas1

 

Au début de la pièce, Jack essaie d’aborder une jeune fille maniérée qui le rabroue avec ses allures d’intellectuelle infatuée de sa personne... C’est l’occasion de revisiter avec elle l’allégorie de la caverne...

 

Rebecca : Non, je ne plaisante pas avec ça !... Voyez-vous, j’ai un oncle haut placé en politique. Il m’a conseillé de bucher sur les grands textes de Platon et de viser l’université d’Harvard. Après ça, la voie est toute tracée pour moi. Les paroles de mon oncle sont paroles d’évangile dans la famille : « Le monde est une caverne, ma belle Rebecca, et toi tu es le soleil »... Je ne veux surtout pas le décevoir, puisque je me sens en effet assez « solaire ». (Elle se lève, parade, son livre à la main, face au public) Platon explique bien ça dans ce livre. 

 

Jack : Désolé, j’ai jamais lu de philosophes, mais je demande qu’à apprendre... Vous seriez une excellente professeur et je serais votre élève discipliné.

 

Rebecca : (Dédaigneuse) Demandez plutôt à l’un de ces philosophes néo-péripatéticiens disciples d’Aristote. Quant à moi, je ne suis pas assez péripatéticienne !

 

Jack : Pardon ?

 

Rebecca : (Très doctorale) Voyez-vous, vous êtes, comme votre ami d’ailleurs que je voyais s’agiter là il n’y a pas de cela cinq minutes,  une ombre, une apparence.... Vous n’êtes pas dans la Vérité. Vous êtes dans l’illusion. (Elle montre le public) Voyez-vous, ils bougent, ils tapent des mains, ils allument des briquets... Tout cela produit des ombres dans le rideau ! Et vous croyez que ces ombres sont la réalité ! Erreur ! Ce ne sont que les projections de votre esprit. Moi, j’ai déjà fait tomber le rideau. Moi, j’ai vu ce qui se cachait derrière. J’ai déjà plusieurs années d’avance sur vous... (Elle se retourne vers lui, l’air condescendant) Peut être qu’un jour, vous serez un obscur employé travaillant au fond d’un bureau pour le compte de mon entreprise à l’enseigne lumineuse... (Parodiant la gestuelle de Dean) Continuez vos pantomimes avec vos amis marionnettes ! Un jour, vous vous souviendrez de Rebecca ! (Elle s’en va, avec sa fameuse démarche « solaire »)

 

 

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Quelques instantanés du spectacle de « Jack, sur la route et sur les planches » : le trucker... (2/4)

Publié le par Eric Bertrand

Belle Ile février (89) [1600x1200]

 

Beaucoup d’élèves mesurent le plaisir qu’ils prennent sur scène au volume de rire qu’ils déclenchent chez le public. Or, cette pièce est plutôt de celles où on sourit ou s’émeut. Néanmoins, l’un des personnages assume le statut du « drôle », « clown » à sa façon, « bouffon » dirait Shakespeare !

Il s’agit du camionneur Jerry qui a suscité immédiatement le rire débridé du fait de sa vulgarité, de son franc-parler et de son langage « fleuri »...

 

Jerry : Moi, c’est Jerry ! (Il se décapsule une bière et malgré l’air implorant de Jack, boit égoïstement et goulument sa bière) En principe, j’aime pas partager ! La route appartient aux routiers, pas aux stoppeurs ! On sait jamais d’où ils sortent ceux-là ! Même la police nous met en garde contre eux. « Ne ramassez pas d’auto-stoppeurs, ils sont hors la loi… » En juin 1950, un pote trucker a fait la connerie de ramasser deux pétasses sur la route. Et bien dès qu’elles ont grimpé à bord, elles l’ont menacé d’une arme... Elles l’ont humilié, les salopes ! Puis elles s’en sont prises à son camion... Les garces ! Les vicieuses !... Pour un trucker, son camion, c’est sacré ! Quand il m’a raconté ça, j’ai vu des éclairs et j’ai juré de le venger. (Voyant que Jack commence à trembler, il lui tend virilement sa bière en signe de réconciliation. Puis, avec un plaisir visiblement sadique, il continue) Quand j’en vois un comme toi sur le bord de la route et que je suis perché en haut de mon camion, comme du haut d’une chapelle, je sors mon fusil et je tire dessus, rien que pour lui faire peur… Je suis l’ange gardien des truckers et c’est ma prière ! (Rire satanique) Ou bien alors, « je dis la messe » : je ralentis la procession, je vois le pèlerin courir vers moi comme un fanatique… (Faussement spirituel) Alors je me recueille, jusqu’au fond du calice de ma gorge, et je lui crache dessus en mettant les gaz ! Alléluia ! (Tonnerre de rire) Pas facile, le gars Jerry, pas vrai, Jack ?

 

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Quelques instantanés du spectacle de « Jack, sur la route et sur les planches » (1/4)

Publié le par Eric Bertrand

photo-26

 

 

         Belle émotion hier sur la scène de la maison des étudiants... A la fois parce que ceux qui ont « vécu Dylan » s’y sont retrouvés et parce que ceux qui découvraient cette évocation sentaient obscurément ce que cette jeunesse des années beatnick avaient encore à leur dire...

         Plutôt qu’une longue évocation, et en attendant le film, je donnerai à lire quelques extraits de la pièce qui ont bien marché auprès du public... Je me limiterai à trois extraits afin de laisser au lecteur le soin, s’il le désire, d’aller un peu plus loin.

         J’ajouterai, avant cette série, l’un des commentaires simples et forts reçus sur ma boite mail le matin suivant la représentation, au terme d’une nuit quasiment blanche car, agité par l’émotion d’un spectacle, on dort rarement bien !

« Merci pour la qualité de ton texte, celle du travail de Camille, et toute cette nostalgie de la jeunesse hippie, j'y étais ! » 

 

 

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Création aujourd’hui de « Jack Kérouac, sur la route et sur les planches »

Publié le par Eric Bertrand

Voici venu le jour de la « première ». Pour ceux qui suivent l’aventure, je leur dois quelques mots d’explication afin de participer à l’enthousiasme. Les élèves sont sur place dès le matin (nouvelle salle de la maison de l’Etudiant) pour des ateliers de théâtre. J’ai cours le matin et ne les rejoins qu’en milieu d’après-midi après avoir « ramassé » des éléments de décor. Mon complice de la MDL me prête main forte.

             17h15, répétition générale dans les lieux mêmes. 20h00, les spectacles commencent, 21h15, à nous de jouer ! J’essaie de rapporter un film ! Et pour patienter, voici l’article qui est paru mardi matin.

Mimésis

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A bord de la Hudson 49 ! (2/2)

Publié le par Eric Bertrand

Kérouac (2) [1600x1200]

 

Quelques impressions, avis, remarques après toute cette année de travail avec vous. Notre metteur en scène nous a proposé une approche très juste de « la route » et plutôt que de « plaquer » des représentations sur des figures, elle vous a laissé « sentir le personnage ». Vous êtes en train d’y aller, certains y sont presque arrivés mais je suis sûr qu’ils vont véritablement « éclore » sur la scène le 21 au soir. Un conseil vital à tous, montez la voix et articulez davantage ! A 22h00, le 21, ce sera trop tard ! Le texte risque de se perdre dans le murmure. Le public ne sait pas ce que vous avez à faire, à dire... Alors, soyez dans le partage, laissez-le réagir en lui en donnant les moyens... S’il rit, s’il réagit, « s’il allume des briquets », faites comme Rebecca : suspendez le discours, puis reprenez. Pas de marionnette ni de pantomimes !

             Et puis assurez le texte, pour gagner du rythme. Vous êtes dans une pièce sur le « beat »... Beau boulot de Jennifer et des claquettistes en très peu de temps !... Les mots ont été pensés en fonction du « beat » et de ce qu’a eu de nouveau l’écriture de Kérouac et certains passages doivent cogner comme les claquettes sur les planches (je pense par exemple au train ou aux délires de Jack ou de Dean...) les slameurs aiment les beats !

             Lâchez-vous dans les sons et dans les gestes. La dégaine est dans le pistolet de la fin, dans l’allure dégingandée de Spencer qui sort émancipée du train, dans la vulgarité de Dean. Elle contraste avec la grammaire de Mrs Spencer et la syntaxe de Rebecca. Elle se visualise dans la chemise de Dolorès, le petit ventre de Jerry ou les santiags de Thelma et Louise. Il faut que le texte et la voix frappent la page blanche à coups de remington et que « l’immense rouleau à dévider » heurte les marges ! 

             Par chance, le spectacle aura une suite... Il commence déjà à exister suite à l’audition créateuf grâce à votre engagement. C’est aussi ça, l’histoire d’une troupe. Elle s’éprouve dans la continuité et dans la fidélité au groupe. Chemin faisant, nous avons accueilli dans notre Hudson 49 un certain nombre de voyageurs. Les acteurs sur la scène savent qu’ils ne sont jamais seuls, même au cœur d’un long monologue, qu’il y a du monde derrière « en position lotus » et que le temps, même s’il est compté (35 minutes chrono, il faut le faire !), finit par se retourner ! Rendez-vous en mai prochain sur la nouvelle scène du lycée qui se prépare secrètement depuis le temps du BPL. « Vous verrez, on sera bien, sur la route ! »

 

 

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