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voyage

Plein ciel (Dimanche 20.07, soirée)

Publié le par Eric Bertrand



            Don Mason… J’ai évoqué il y a deux ans, lors du précédent voyage en Ecosse, la figure de cet ancien aviateur de la Royal Air Force que nous connaissons depuis une vingtaine d’années déjà…

            Au retour de Tongue, nous lui rendons visite à Thurso… Don a aujourd’hui 87 ans et reste un homme vigoureux et passionnant à écouter. Sa réflexion porte davantage sur l’atrocité de la guerre et des expériences terribles que réserve souvent l’existence. Don a traversé des épreuves effroyables dans sa vie militaire mais aussi dans sa vie personnelle.

             Il nous montre le bilan écrit qu’il a réalisé pour un journaliste : il y évoque notamment l’horreur du combat aérien. L’écriture est serrée, subtile, nourrie d’un vocabulaire  précis et nuancé qu’il me faudra approfondir, dictionnaire en main.  A ce stade, la finesse de la pensée passe par le raffinement du vocabulaire.

Don est un amoureux du ciel bleu, des avions et du “vol de Pégase” comme il l’écrit.

             Petit, il découvre avec émerveillement le monde de l’aéronotique, dessine compulsivement des avions. La guerre est déclarée. La France fait appel aux alliés. Il sort de sa première école de pilotage, il est jeune, il s’engage dans ce “combat pour la Liberté”.

             Au cours d’un vol, son avion est touché au-dessus de l’Atlantique nord. Situation désespérée. A peine le temps de sortir le dinkie pour sauver les deux hommes qui composent l’équipage. Mais l’un d’eux a le fémur brisé.

             Don se débrouille alors pour l’allonger à l’intérieur d’un brancard de fortune qui occupe toute la longueur du dinkie. Il n’y a plus de place pour lui. Alors, à l’aide d’un couteau, il donne un coup dans le réservoir. Le carburant s’échappe dans l’eau froide et fournit aussitôt une gaine de liquide plus tiède que l’eau froide. C’est dans ces conditions extrèmes que Don et son  compagnon attendront les secours qui mettront 52 heures avant d’arriver.

             Automne 2001, Don apprend que son compagnon d’infortune installé en Australie est en train de mourir d’un cancer et le réclame : il fait le voyage et arrive à temps pour lui serrer une dernière fois la main et lui rappeler que la mort a déjà été assez bonne avec l’un et l’autre…


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Scottish primrose, dimanche 20.07, matin.

Publié le par Eric Bertrand


             C’est le nom de cette petite fleur protégée qu’on trouve très rarement dans le nord de l’Ecosse et dans les îles Orcades. Ce matin, la mer est agitée et le ciel secoué par des rafales de grêle. Margaret, nièce de Joan, nous attend à Talmine, baskets aux pieds, et nous partons sans tarder, d’un pas vif en direction de la falaise, flanqué de la petite chienne grise qui porte le nom gaélique de “Spirag”, ce qui signifie “facétieuse”.

              La pluie arrive par intermittences, forte, glacée. Les moutons, tout proches de la falaise,  semblent cabrioler sur les flots. Les vagues claquent sur les rochers et les visages crispés reçoivent des paquets d’embruns. L’œil est un phare. Mouvement giratoire qui balaie les milliers de fleurs sur la colline et l’embouchure de la kyle, cette espèce de fjord à l’écossaise.

              Je rêve dans ce défilé de quelque Léviathan, du surgissement de quelque kraken improbable (le pub du hameau s’appelle justement “le kraken”) quand Margaret s’agenouille et triomphe : “Nous l’avons trouvée, nous l’avons trouvée !”

Elle pince entre les doigts une toute petite fleur mauve, la primevère d’Ecosse !

Allongez-vous pour la contempler, il ne faut surtout pas la cueillir !


 

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Le rayon vert de Talmine (2/2), samedi 19.07, soir.

Publié le par Eric Bertrand



             Pique-nique dans la lande. Nous marchons en direction de Castle Varich situé tout en haut d’une colline qui domine la kyle de Tongue. Vestige d’un château viking dans le genre de ceux qu’on voit dans l’est. Les vikings ont pénétré jusque là et ont laissé de ces bâtiments destinés à surveiller le territoire.

              Promenade en voiture avec Joan qui connaît l’histoire de chacune des vieilles pierres de Talmine où sa famille vivait. Les descendants occupent toujours les maisons et sont attachés aux pierres de la communauté familiale.

Nous fêtons l’anniversaire d’un proche qui tient à nous inviter. “Vous êtes comme de la famille”… Toasts de saumon frais, fromage, vin, petits gâteaux… La soirée risque de se prolonger au whisky, alors nous prenons l’air.

              Dans le ciel de 20h00, le soleil bataille et les collines qui tombent dans la mer se teintent d’un vert sous-marin. De gros coquillages émergent sur la grande plage qui avance sur l’étendue de la mer (comme une langue immense : “tongue”?) Immensité blanche, ourlée par les dunes et le mouvement immémorial du silence. L’impression d’un début du monde ou d’une plage immaculée dans le genre de celle de l’imagination d’un enfant qui viendrait de lire “l’Ile au trésor”.

              Et là haut, dans son petit cottage, nous attendent Joan et le petit peuple de Talmine : Margaret, Mark, Alison, Rosemary… Un dernier thé avant la pluie qui triomphe  sur les hauteurs du Ben Hope et qui descend en rafales vertes dans les champs de moutons, jusque sur la plage.


 



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Le rayon vert de Talmine (1/2) : samedi 19.07, midi.

Publié le par Eric Bertrand



             Petit matin, vent fort, ciel bas. Petite pluie acérée, style crachin breton en plus fin ! “Drizzle! Freezing drizzle !” Température extérieure : 9°!

Rendez-vous chez Joan cet après-midi, dans le comté du Sutherland à hauteur de Tongue, (petit hameau de Talmine que nous connaissons bien!) C’est un autre paysage chaotique, une lumière d’été labourée par les trombes d’eau, les glaciers, la mer, limite absolue toujours à l’horizon.

              Nous sommes à l’extrémité nord de l’Ecosse, sur des “single tracks”, routes à une voie facilitées par des “passing places”. Entre landes et rivières, rochers et lochs, des plages de sable blanc ouvrent davantage l’horizon et l’espace du rêve.

              Rouler dans cette direction, vers l’ouest, c’est comme franchir un seuil. Les montagnes des Highlands s’arrêtent là, et l’érosion continue par la côte… Le ciel est secoué par les bourrasques de vent, traversé par des nuages gris en déroute, puis blancs, puis de plus en plus effilochés au fil des kilomètres. Flaques de ciel bleu en écho à l’éclat des lochs et rivières. Enfin, le soleil passe un rayon d’or, lumière immense qui inonde le ciel. 

 



PS : du fait de mon déménagement imminent, je me demande combien de jours de connexion il me reste. Il faudra alors un peu patienter avant la "reconstruction" de l'environnement informatique !

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Les phoques de Scotland’s Heaven (vendredi 18.07, après midi)

Publié le par Eric Bertrand


              Dès le Moray Firth, à la sortie d’Inverness, on peut les voir se prélasser sur les rochers, au milieu de l’eau. Au bord de la mer, ils se regroupent à certains endroits qu’il faut connaître. Pendant toutes ces années, j’ai repéré leurs principaux points de ralliements car ces malicieuses créatures semblent tenir à leur habitat!

              Mercredi, à Staxigoe, première tentative, mais ils n’étaient que deux et ont plongé à notre approche et le reste de la colonie se dissimulait derrière des rochers plus au large.

Revanche aujourd’hui, sur cette petite crique de Scotland’s Heaven, située à environ un kilomètre à l’est du castle of Mey.

              Perchés en haut d’une falaise, jumelles en mains, nous en dénombrons une douzaine. Très inquiets, ils plongent aussitôt mais remontent pour nous surveiller du coin de l’œil. Les gens d’ici disent qu’il faut chanter ou siffler pour les attirer, et c’est vrai qu’ils semblent apprécier tout particulièrement les modulations de la voix… 

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