Jusqu’à quel point d’héroïsme la conscience d’un prêtre peut-elle aller lorsqu’il est tenu par le secret de la confession ? C’est tout
l’intérêt dramatique de ce film de Hitchcock dont le héros, le père Logan, a entendu en confession le crime crapuleux commis par Otto Keller, son sacristain. Pour dissimuler son
délit, l’assassin s’est vêtu de la soutane du prêtre et deux écolières ont vu « le prêtre » sortir du logement de la victime, un dénommé Vilette, indirectement lié à
l’intrigue amoureuse sous-jacente.
Logiquement, les soupçons se portent sur l’abbé Logan,
d’autant que la déposition de la femme qu’il aime encore joue contre lui : quand il était jeune, avant la guerre, il avait une relation avec Ruth, filmée comme un ange, tout
en blanc au début. La guerre les sépare et quand Logan revient, décidé d’entrer dans les ordres, elle s’est mariée. La relation reste ambiguë, arbitrée par le sieur Vilette qui interprète à sa
manière un incident compromettant dont il a été témoin. Le couple « d’amants maudits » a-t-il cherché à éliminer cet adversaire gênant qui se livre au chantage ?
Odieuse hypothèse qui fait basculer le vertueux prêtre au rang de canaille.
L’un des intérêts du film consiste notamment dans la
réécriture du fameux épisode de l’Evangile, celui du chemin de croix. Tout au long des rues de Québec et de cette muraille qui rappelle un peu celle de Jérusalem, Logan est un christ mis
au calvaire. Les stations sont marquées par l’intensité de souffrance qu’endure la conscience du prêtre irréprochable, admirablement interprété par Montgomery Clift de l’Actors
Studio. Pour composer son personnage, l’acteur s’est enfermé dans un monastère pour observer les moines, leur démarche, comprendre leur droiture et parfois leur degré d’égarement. Quand il
s’arrête une première fois, c’est sous un monument reproduisant l’une des étapes du chemin de croix. Au terme de son itinéraire, il remonte à son église, ultime
protection.
Le sacristain joue le rôle de Juda. Il ment
pour s’innocenter aux yeux de la police. Il trahit celui qui l’a aidé en spéculant sur la conscience de l’homme d’église. A l’issue du procès, mené par le procureur Robertson, autre Ponce
Pilate qui se lave les mains de l’énormité de son erreur, le prêtre retrouve la foule farouche et haineuse, prête à lapider le traitre. Visage de la mégère qui croque
une pomme, gestes menaçants, cohue autour du « larron », encadré par les policiers légionnaires. Et « deus ex macchina », le visage implorant de Marie
Madeleine, la femme du sacristain rongée par le remords et qui se jette au pied du prêtre pour avouer le crime et sauver la figure du supplicié.
Le cinéma d’Hitchcock au service de la psychanalyse... Rêves,
complexes, paranoïa, refoulement, amnésie, divans, équipe de docteurs analystes... C’est tout le sujet du film « la Maison du docteur Edwardes ». Autre atout, les vertiges de
l’imaginaire sont à l’honneur dans ce film inclassable, à mi-chemin entre l’intrigue policière et le suspense psychanalytique, moitié naturaliste et moitié surréaliste qui
exploite par exemple une peinture de Dali en toile de fond au rêve du personnage principal, le faux docteur Edwards, John Ballantine, incarné par Grégory Peck.
Ténébreux et séduisant, l’étrange médecin semble avoir voulu
dissimuler le crime d’un dénommé Edwardes, spécialiste du complexe de culpabilité, en lui dérobant son identité. Ainsi, il est en mesure, au début du film, de prendre sa place en qualité de
directeur de clinique.
Mais la seule femme qui exerce dans la clinique (docteur
Constance Petersen, interprétée par Ingrid Bergman) tombe amoureuse de lui et décèle en ce fascinant et fragile collègue un profond malaise existentiel. Il faut le
reconnaître : le prétendu docteur Edwardes n’est pas à la hauteur du poste qu’il occupe... et son imposture puis sa culpabilité dans l’assassinat finissent par éclater au grand jour. Les
choses pourraient s’arrêter là, au pied du télésiège... Mais, guidée par l’instinct du psychanalyste et par l’amour immaculé qu’elle voue à John, le docteur Petersen entreprend
de prouver son innocence.
Il souffre d’amnésie et ne se souvient pas des circonstances
du drame auquel il a été mêlé lors du décès du docteur Edwardes, dans une petite station de ski... Dès qu’il voit des traces noires sur fond blanc, tissu de robe, dessin de nappe, motif de
couverture, il ressent aussitôt un malaise qui l’envahit et lui embue l’esprit au point de le rendre dangereux. Par un examen obstiné du patient, l’impatiente doctoresse parvient à remonter le
passé et la pente neigeuse.
Il suffit pour cela de trouver la clé, et soudain
les portes s’ouvrent (comme le montrent les images du film, mais au sujet cette fois du complexe de la doctoresse un brin frigide, lancée sur le hors-piste de l’amour !) Comme
souvent chez le docteur Freud, tout vient de l’enfance. Le petit John Ballantine jouait et, par accident, a causé la mort de son frère. Ce drame est à l’origine du tourment de
culpabilité qui opère en lui de façon sourde et opiniâtre. Et quelques vingt ans plus tard, les circonstances de la mort du docteur Edwardes rejouent étrangement les conditions
de la scène originelle. Descente à ski et chute dans le précipice... De la paire de ski à l’avalanche du divan, il n’y a qu’un saut.
Ce film de 2007 de Laurent Tirard, explore astucieusement à la fois l’œuvre et la vie du célèbre Jean-Baptiste Poquelin dont le nom est souvent
cité par les personnages du film... Car le fait est que Jean-Baptiste n’a pas tout de suite été Molière... Le film est fondé, pour l’essentiel, sur un flash-back qui ramène aux
premières années de la carrière de l’artiste. Période où, suite aux difficultés rencontrées à Paris, il décide de s’en aller avec sa troupe, « l’Illustre théâtre », et sa jeune
femme, la comédienne Madeleine Béjart, sur les routes de province.
Pour les amateurs de dates, on dira que cette partie se
situe autour de 1644. Jean-Baptiste à 22 ans, il est passionné par la tragédie, genre qu’il juge supérieur à tous les autres. Il n’est pourtant pas doué du tout pour jouer dans
ce registre et réussit beaucoup mieux sitôt qu’il s’exprime dans le domaine du comique. Son sens de l’observation et ses audaces lui valent aussitôt le cul de basse-fosse et son
père renie le garnement qui déshonore son nom (rappelons que le sieur Poquelin est tapissier du roi). C’est alors que Laurent Tirard a l’idée de faire intervient par miracle un
certain Mr Jourdain... Poquelin est emmené dans le grand domaine de ce Mr Jourdain, loin de Paris où il va contre contrat, séjourner deux ans.
« L’épisode
Jourdain » est encadré par deux autres moments dans le film. Le premier, au tout début, renvoie à l’année 1658 où, après treize ans de « voyage », la troupe de
Molière devenue célèbre, revient à Paris, invitée par Monsieur, frère du Roi, à donner des spectacles dans le cadre du théâtre du Petit-Bourbon, en alternance avec « les
Italiens ». Molière voudrait hausser le niveau des farces et des comédies qu’il a données au cours de sa longue tournée... mais il doit se résigner, Monsieur, comme le reste de la troupe du
reste, exige qu’on lui donne du rire.
Le second moment (après l’épisode Jourdain) ramène le
spectateur au moment du triomphe de Molière à la cour. L’artiste a suivi les conseils de Mme Jourdain et a su « inventer un nouveau type de comédie », fondé sur
l’exploitation de ses années d’apprentissage et d’observation de la nature humaine. Les pièces qui défilent alors, « les Fourberies de Scapin », « le Bourgeois gentilhomme »,
« le Misanthrope », « Tartuffe », « les Femmes savantes », font écho à des situations, des répliques, des dialogues entendus au cours de l’épisode
Jourdain, sur lequel repose donc l’essentiel de la trame.
En cachette de son épouse Elmire (le nom de la femme d’Orgon
dans « Tartuffe »), Mr Jourdain est un bourgeois cousu d’or (admirablement interprété par Fabrice Lucchini) qui s’est mis en tête de séduire une précieuse, une certaine
Célimène, dont le nom renvoie aussi au fameux « Misanthrope ». Ainsi ce Jourdain là emprunte-t-il notamment ses traits à la fois à Alceste (le misanthrope), à
Orgon, à Harpagon (il a une armoire rempli d’or) et au bourgeois gentilhomme.
Pour parvenir à ses fins, il souhaite, comme le vrai Mr
Jourdain, acquérir une éducation et pratiquer le beau langage, apprendre à bien parler à la fameuse « belle marquise » ! Belle marquise, beaux vos yeux me font
d’amour mourir... Toute une cour de profiteurs fréquente sa maison : maître de musique (un certain Valère qui, comme dans « l’Avare », courtise sa fille Henriette), maître de
danse, maître de philosophie, maître de peinture et maître chanteur...
Car, pour l’introduire auprès de l’inaccessible Célimène qui
tient un salon de précieuses, Mr Jourdain compte sur les bons soins d’un certain Dorante (imposteur qui utilise pour son propre compte les présents dont le galant honore sa
dame !). Dans cette société de flatteurs, Poquelin est embauché pour apprendre le théâtre à Mr Jourdain.
Il fait son entrée dans la splendide propriété sous
l’identité de Mr Tartuffe et sous l’habit de l’ecclésiastique. Elmire n’est pas très longtemps dupe de la mascarade. Elle est même sensible au charme de ce
faux-Tartuffe avec qui elle rejoue autrement (et pour son propre compte !) la scène d’Orgon sous la table... Malgré la différence de statuts et la différence d’âge,
Jean-Baptiste et Elmire deviennent amants. Elmire apprécie en particulier le talent de l’écrivain et le brio dont il témoigne face à toutes les situations les plus inattendues. Comme son mari,
cette femme libre et intelligente, s’autorise une amourette dont elle sait qu’elle ne durera pas.
Le temps est en effet
venu pour le jeune auteur de « se mettre au travail »... Pour venir en aide à ce maître odieusement abusé par une coquette, Poquelin propose d’abord à son « complice » de
jouer une scène de théâtre afin de mettre un terme à « l’opération Célimène ». Mr Jourdain, sous le masque d’une vieille précieuse, assiste dépité au portrait caustique
que la cruelle femme savante, aiguillée par un faux « marquis de Poquelin », fait de lui dans son salon. Il a recours à une autre scène pour éviter le mariage entre Henriette et
Dorante, et réconcilier les époux Jourdain : il invente une histoire qui sera reprise à la base dans « les Fourberies de Scapin ». Mais que diable allait-il faire dans cette
galère ?
Cette fois,
c’est Elmire qui est mise à contribution et qui s’en tire brillamment. La famille recomposée, Poquelin n’a désormais plus rien à faire dans la maison Jourdain. Il peut s’en aller et rejoindre le
reste de la troupe à Paris. Madame Jourdain l’y encourage... Quinze ans plus tard, à la fin du film, le spectateur la retrouve victime des saignées des médecins (autre thème ô
combien moliéresque !). Elle le félicite et l’encourage toujours à écrire des comédies « qui expriment l’âme humaine » et qui se nourrissent du regard porté sur ses
semblables.
Le temps est en effet venu pour le jeune auteur de « se mettre au travail »... Pour venir en aide à ce maître odieusement abusé par une coquette, Poquelin
propose d’abord à son « complice » de jouer une scène de théâtre afin de mettre un terme à « l’opération Célimène ». Mr Jourdain, sous le masque d’une vieille
précieuse, assiste dépité au portrait caustique que la cruelle femme savante, aiguillée par un faux « marquis de Poquelin », fait de lui dans son salon. Il a recours à une autre scène
pour éviter le mariage entre Henriette et Dorante, et réconcilier les époux Jourdain : il invente une histoire qui sera reprise à la base dans « les Fourberies de Scapin ». Mais
que diable allait-il faire dans cette galère ?
Cette fois,
c’est Elmire qui est mise à contribution et qui s’en tire brillamment. La famille recomposée, Poquelin n’a désormais plus rien à faire dans la maison Jourdain. Il peut s’en aller et rejoindre le
reste de la troupe à Paris. Madame Jourdain l’y encourage... Quinze ans plus tard, à la fin du film, le spectateur la retrouve victime des saignées des médecins (autre thème ô
combien moliéresque !). Elle le félicite et l’encourage toujours à écrire des comédies « qui expriment l’âme humaine » et qui se nourrissent du regard porté sur ses
semblables.
Pour parvenir à ses fins, il souhaite, comme le vrai Mr Jourdain, acquérir une éducation et pratiquer le beau langage, apprendre à bien parler à la
fameuse « belle marquise » ! Belle marquise, beaux vos yeux me font d’amour mourir... Toute une cour de profiteurs fréquente sa maison : maître de musique (un certain
Valère qui, comme dans « l’Avare », courtise sa fille Henriette), maître de danse, maître de philosophie, maître de peinture et maître chanteur...
Car, pour l’introduire auprès de l’inaccessible Célimène qui
tient un salon de précieuses, Mr Jourdain compte sur les bons soins d’un certain Dorante (imposteur qui utilise pour son propre compte les présents dont le galant honore sa
dame !). Dans cette société de flatteurs, Poquelin est embauché pour apprendre le théâtre à Mr Jourdain.
Il fait son entrée dans la splendide propriété sous
l’identité de Mr Tartuffe et sous l’habit de l’ecclésiastique. Elmire n’est pas très longtemps dupe de la mascarade. Elle est même sensible au charme de ce
faux-Tartuffe avec qui elle rejoue autrement (et pour son propre compte !) la scène d’Orgon sous la table... Malgré la différence de statuts et la différence d’âge,
Jean-Baptiste et Elmire deviennent amants. Elmire apprécie en particulier le talent de l’écrivain et le brio dont il témoigne face à toutes les situations les plus inattendues. Comme son mari,
cette femme libre et intelligente, s’autorise une amourette dont elle sait qu’elle ne durera pas.
Littérature, écriture et voyage. Comment la lecture et le voyage nourrissent-ils la pensée et suscitent-ils, en même temps que le plaisir, la curiosité, l'écriture ?
Lien vers l'ensemble de mes livres :
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