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civilisation sicilienne

Répétition du 24.10 (3)

Publié le par Eric Bertrand

              Après la scène des conteuses, nous revenons tout naturellement sur la scène du bar dans laquelle le spectateur doit découvrir les deux garçons. On y a travaillé la semaine dernière et certains points étaient à reprendre. Il faut que Salvatore arrive en trottinette sur scène et non pas en vélo, ceci pour des raisons d’espace. Cela lui permettra d’être plus cabotin, de céder à la tentation d’une parade.
              Il fait chaud, Gigi le voit arriver lentement puis s’installer. Commence alors la discussion : Salvatore à une idée en tête, amener son ami au ponton afin de se divertir. L’autre résiste, un peu blasé et abasourdi par la chaleur. Cette discussion gagne en intensité grâce à un jeu de rapprochement des visages qui doivent s’affronter. La voix est lente, elle fait sentir aux spectateurs l’impression pénible liée à la température.
 
« Gigi : alors, laisse-moi prendre mon café tranquillement… après nous parlerons ! (Il sirote son café. L’autre le regarde faire comme s’il admettait de laisser passer un caprice.) Alors, mon cher Salvatore ! Qu’est-ce que tu as à me dire ?
Salvatore : viens avec moi à la plage.
Gigi : avec toi à la plage, par cette chaleur ! Mais tu es fou ! Il n’y a personne sur la plage avant seize heures ! Tu voudrais donc que j’aille me brûler avec toi !... Fanatique !
Salvatore : reste sur ton siège si tu veux ! Moi, je descends, et pas seulement à la plage !... Je vais au ponton…
Gigi : le ponton ? Quel ponton ?
Salvatore : il faut sortir de chez toi de temps en temps, Gigi ! Te cultiver !... Tu devrais être au courant… Au printemps dernier, le réalisateur américain qui a loué la villa de Torremuzza a fait installer un ponton à cent mètres de la plage, rien que pour sa fille !
Gigi : un ponton ? Pourquoi faire ? »
 
              Demain, j’évoque la suite de la scène, l’apparition de Gilda dans la rue…
 
Pas d'images, problème chez Over blog...
Rubrique Goncourt : lit de Procuste
 
              J’ai indiqué hier le travail des élèves, j’en viens aujourd’hui à l’autre travail qui m’attend relativement à cette opération. D’abord, du point de vue de la lecture, à l’issue du long parcours, je débouche enfin sur le fameux pavé des Bienveillantes que je doute de pouvoir achever avant la fin des vacances.
              Par ailleurs, il me faut tirer parti de toutes les « graines » que j’ai semées depuis le début du travail sur le prix Goncourt. Je dois en effet rentrer dans la liste pour préparer le baccalauréat… J’ai la fâcheuse impression de tâcher de faire entrer ce débordement, cette ébullition collective dans un lit de Procuste, celui de l’examen final
 
Réaction de collègue :
les vacances sont dans deux jours, et je m'aperçois, en questionnant quelques élèves, que certains avouent sans honte n'avoir lu qu'un livre, et quel livre ! il s'agit du Nothomb... no comment. Heureusement, ils ne font pas la règle, mais je regrette tout de même que l'émulation n'ait pas joué à plein pour tout le monde...
Mes heures avec cette classe étant concentrées sur lundi et mardi, nous allons passer 4heures (j'en prends 1 à ma collègue d'histoire et 1 autre à mes élèves de latin, que je dispense d'un contrôle lundi...) à discuter sur 1 auteur par heure, et rebelote le lendemain, sur 2h 'donc 2 auteurs) : au programme, donc fleischer, Littell (qui en vaut 2), Vallejo, Bataille et Audeguy. Nous garderons les denriers pour la rentrée, mais tout va se précipiter puisqu'il faudra choisir notre tiercé gagnant et le délègué le lundi ou le mardi...
Pour alléger un peu la dose du lundi, j'ai prévu une petite pause goûter (cela leur rappellera le jour de la rencontre avec les auteurs...).
A propos, comment avez-vous l'intention de vous y prendre pour désigner les 3 finalistes ? Nous aviosn pensé faire voter les élèves à bulletin secret, en demandant 3 noms sur chaque bulletin, et en comptabilisant les voix au tableau... Qu'en pensez-vous ? Y aurait-il des méthodes moins longues à mettre en place et plus "fiables" ?
Merci à tous ceux qui écrivent ici, cela donne vraiment la pêche pour continuer...
 

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Befana : Répétition du 24.10 (2)

Publié le par Eric Bertrand

Françoise est de retour parmi nous, le travail de mardi peut donc porter sur la première scène, celle du prologue où les deux conteuses interviennent. C’est une longue scène, qui sollicite beaucoup le talent des deux comédiennes. On ne peut pas en couper de passages. Elles racontent l’origine du village de Santo Stefano.
              C’est aussi une longue fable qui met en scène la figure de la jeune fille, laquelle est mise en abyme dans la suite de la pièce. Il n’empêche que la conteuse doit trouver des ressources pour animer son discours.
              Je suggère l’idée d’un « show à l’italienne ». Accessoires, beaucoup de mouvements, de couleurs et de variétés : les deux conteuses font un numéro de claquettes, montrent des objets, le grand manuscrit, la marionnette, elle prennent le café, elles mangent des fruits, elles jouent avec des balles multicolores, elles sont un peu jongleuses et rejoignent le public…
              Élément comique sur lequel on peut jouer aussi, c’est la fébrilité de Francesca qui se démène et qui n’en a plus l’âge : essoufflement, tremblement, excès, les didascalies signalent qu’elle tombe la robe de chambre au début de la scène et qu’elle la remet à la fin, ce qui autorise une sorte de momification de dernière minute, créant un effet risible.
              Nous avons aussi travaillé sur la scène du bar et celle du bosquet, j’y reviens demain et après-demain.

HPIM1948.JPG

La Befana sotto le stelle e sotto il portile !

 

Rubrique Goncourt :
             
Précieuse période de repli pendant laquelle les élèves font devoir fourbir leurs armes ! Différentes batailles sont prévues pour la rentrée : d’abord et surtout, celle des romans de la sélection qu’il faut départager afin d’élaborer le tiercé gagnant de la classe et de le défendre devant les autres lycées. Les rencontres régionales ont lieu le 10 novembre et les rencontres nationales le 13 novembre…
              Pour cela, ils ont à préparer l’argumentation qui accompagnera la présentation de leur choix personnel. Cela donnera lieu à un exercice oral devant les autres. En effet, il faut non seulement que l’on s’entende en classe sur le tiercé mais aussi que l’élève délégué écoute et reçoive les arguments à agiter aux moments des délibérations.
              L’autre mission qu’ils ont à accomplir, c’est, du moins pour ceux qui le souhaitent, de préparer un discours d’investiture au cas où ils désirent être le délégué représentatif de la classe. Cela sera déterminé le mardi de la rentrée, pour une « entrée en fonction » dès le vendredi matin.
              Enfin, toujours à propos de Goncourt, les Académiciens viennent de publier leur sélection des quatre meilleurs à départager et, pour une fois, je les approuve assez ! Littel, Schneider, Vallejo et Fleisher.
              Quant à moi, je me suis assigné d’autres tâches sur lesquelles je reviens demain…
 
Réaction de collègue :
Avant tout, merci à tous ceux qui nous font profiter des rencontres locales, de leurs idées inventives pour faire lire et écrire leurs élèves, de leurs coups de coeur et de pied au c...
La 2° 9 du lycée Jules Ferry à Cannes chemine doucettement dans ses lectures. Je doute que l'un d'entre eux, malgré la bonne volonté d'un petit groupe essentiellement féminin, parvienne à bout de l'ensemble avant la date fatidique. Certes, les vacances sont proches, certains ont lu davantage en 1 mois et demi qu'en toute leur vie passée, mais les quelques grands lecteurs avouent leurs difficultés à avancer plus vite. Personnellement, j'entame mon 12°,  j'ai évidemment gardé pour la fin le pavé des Bienveillantes et j'avoue une prédilection pour Audouard, Audeguy, Miano, Laurens, Schneider. Le tiercé gagnant des élèves à ce stade serait Miano, Schneider, Nothomb.
Quoi qu'il en soit, mes  élèves ont pris l'initiative d'un blog qui a tous les défauts mais aussi la bonne volonté de la jeunesse. Je n'y fourre mon nez que pour le lire jamais pour le corriger, même si le langage texto et les fôtes dans les pages plus persos me déconcertent,  me blessent la rétine ou me font frémir. Vous le trouverez là :
Les élèves ont été étonnés - et contents - de découvrir déjà des commentaires alors que l'adresse n'avait jamais été publiée.
Sinon, le prof d'histoire-géo a mis en ligne aussi un peu de nos aventures. Il faudra mettre à jour son site. En revanche, ce que je tiens régulièrement en doc word, c'est un Journal constitué de bribes de leurs journaux personnels, critiques, coups de coeur, photos, beaucoup de photos. C'est ce que j'imprimerai pour l'association "Bruits de Lire" une fois l'aventure terminée.
Voilà pour un bilan au 2/3 du parcours.
 

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Polenta et cédrats de Sicile : les plats traditionnels siciliens

Publié le par Eric Bertrand

Suite du journal du 9.08 : Face au miroir de l’eau, assises sur le ponton, Carolina et Francesca méditent… Elles reviennent sur le passé.Chacune d’elles a vécu différemment sa jeunesse. Francesca évoque une scène éloignée : elle avait vingt trois ans et sa sœur dix-huit. On comprend beaucoup de choses de ce qu’elles sont devenues en analysant cette scène initiale.
              Cela m’amènera sans doute à affiner encore le trait psychologique quand je vais reprendre le récit à rebours… Ces deux femmes doivent beaucoup à celle qu’elles appellent « la mamma ». Au passage, je profite de l’évocation de la relation des deux filles à la mère pour glisser un écho à Pirandello à travers la référence aux « cédrats de Sicile » puisque telle est le titre de la nouvelle qui fait référence à des confiseries typiques de Sicile. J’y rajoute la référence personnelle à la polenta, plat traditionnel, que mon grand père italien préparait avec tant d’application. (Ce même grand-père à qui j’ai consacré la dernière nouvelle des Nouvelles pour l’été : « aimer la vie ») Forcément beaucoup d’émotion dans ce passage.
 
HPIM1122.JPGPorta Messina...
 
Rubrique Goncourt : La légendaire Norma Jean Baker…
 
              L’un des attraits de ce roman, outre le travail de recomposition de la vie d’une personnalité aussi complexe que celle de Marilyn, c’est celui qui consiste précisément à retrouver un peu de cette période et de ce contexte qui fut celui de la légendaire Norma Jean Baker…
              Tout était bien vague dans mon esprit quand j’ai entrepris la lecture. Mais l’un des bénéfices de la lecture n’est-il pas justement de jeter de la lumière sur des zones d’ombre ? Et puis j’ai le plaisir du guide, celui dont la tâche consiste à défricher le terrain pour les élèves.   Que représente Marilyn pour des adolescents ? Il faut qu’ils la voient, qu’ils l’écoutent un peu chanter, qu’ils s’attachent peut-être au personnage, qu’ils aient en tout cas envie d’en savoir plus.
              Je leur présente également les deux chansons de Gainsbourg, chantées par J. Birkin, « Norma Jean Baker » et « Baby alone in Babylone » afin qu’ils réfléchissent aux conditions énigmatiques de sa mort. Les textes de Gainsbourg figureront sans doute en poésie, en croisement avec le biographique… C’est à voir. Je tends des filets qu’il faudra bien resserrer un jour ou l’autre !
 
Voici en tout cas le plan d’approche en cours.
 
-          Présentation du roman par Elise.
-          Extrait d’interview de Schneider sur France Inter : Marilyn chez le psy…
-          Fragilité de Marilyn : deux extraits du roman : Marilyn achète une sculpture de Rodin (p269-270), le conte « Jeannot la chance », cité par le psy pour expliquer sa théorie des « transferts ».
-          Les chansons de Marilyn : « tu sais, ma vie, je pourrais l’écrire rien qu’avec des chansons de mes films… » : écoute de quelques chansons de Marilyn, puis lecture de l’extrait du roman page 383-384.
-          La mort de Marilyn :
-          Extraits du roman : un plan cinématographique (p426 à 428). Qui a tué Marilyn ? (p496-497)
-          Deux chansons de Gainsbourg : « Norma Jean Baker », « Baby alone in Babylone » : écoute des chansons, repérage des motifs abordés dans le roman, commentaire de la forme poétique des textes.
-          Sur les écrans : « le milliardaire »et sa parodie par Tex Avery.
 
Réaction de collègue :
Ma petite synthèse du jour, après une quasi journée-lecture (il me 
reste Nothomb et Lapouge avant la rencontre) : Je viens de finir 
Audouard, « Un pont d’oiseaux », que j’ai lu d’une traite ou à peu près 
pour éviter de m’y perdre. Avec d’abord un sentiment d’irritation de 
me sentir obligée d’avaler un pavé que sans le Goncourt je n’aurais 
jamais lu, cette atmosphère mi-Aragon, mi Malraux, l’Aragon 
d’ »Aurélien » que j’adore et que l’on voit surgir à la fin du roman 
dans l’appartement où Costes reçoit Katia Hôtel de la Paix, Malraux 
qui est pour moi l’auteur « viril » le plus haïssable et dont la lecture 
m’est insupportable. Toute cette histoire d’Indochine, de soldats, de 
fraternités viriles et désenchantées à la Schoendorffer, univers 
étranger. Sans parler de la forme et de l’écriture, honnêtes, 
classiques en quelque sorte. – Et puis je me suis laissée prendre par 
cet opiniâtre souci de mettre un peu d’ordre dans une histoire et dans 
l’Histoire, le lot commun s’il en est un. Par ce refus obstiné du 
manichéisme et de l’idéologie. Et par des personnages, comme Carraz, 
le baroudeur, ou Costes, et le récit de sa rencontre avec un Léon Blum 
désenchanté au moment du vote à l’unanimité des crédits militaires 
pour l’Indochine. Par cette authentique histoire de fantômes, si les 
fantômes sont les morts mal enterrés qui nous habitent et nous 
empêchent d’agir autrement qu’en les répétant – ici, sur trois 
générations. Autrement dit, ce n’est pas un chef d’ ?uvre, évidemment, 
mais c’est écrit avec un souci de justesse et de sincérité, et il y a 
dans l’entreprise aussi un effort de réparation que je trouve 
infiniment plus humain et honorable que les invectives bouliniennes et 
ses personnages en deux dimensions.
Merci donc, Antoine Audouard, je suis contente de pouvoir vous rencontrer.

En revanche, les débats bouquins sont un peu difficiles entre ceux qui 
se bornent à un « C’est cool »… et ceux qui sont capables de pondre de 
vraies petites perles de réflexion. Dans l’ensemble, les nôtres ont 
déçus par cet échantillon de « littérature contemporaine ». Cela dit, 
nous avons eu hier une vraie discussion sur « la fin de roman «  ( à 
propos de Miano) et on a réfléchi sur le roman et le conte, et le lien 
étroit du roman avec l’Histoire (dans la sélection, c’est 
particulièrement intéressant, comme thème !).
Oualà, oualà, pardonnez-moi si mon salut est un peu longuet, j’aime 
bien réfléchir en dialoguant avec vous…

 

 

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Gilda-Angelika

Publié le par Eric Bertrand

Suite du journal du 9.08 : Dans les propos des deux femmes, bien sûr, le départ de Gigi est sur la sellette : il faut aussi clore cette intrigue et en tirer les conséquences afin de renforcer l’unité de la fable. Echo à la fable d’Angélika, (Gilda doit apparaître au lecteur comme la réalisation terrestre d’Angelika) mais aussi interprétation du sens de l’histoire en termes d’apologue sur les âges de la vie. Chacun des personnages de ce récit incarne une période particulière de la vie. Echo à la réflexion sur la métaphore du ponton…
              Le temps n’est plus à l’amusement. Francesca et Carolina ne s’adressent plus à des enfants. Elles sont face à leur propre vérité. Elles s’expriment comme des femmes qui ne sont pas seulement des « bêtes de scène » mais des êtres qui ont souffert et qui ont connu des drames…
 
vecchia.jpg
Nessuno ? Ora di siesta ?
 
Rubrique Goncourt : Easy riders ou easy readers ?
 
              Courir après les mots, comme après des mustangs ! Les attraper, leur jeter le lasso, les faire rentrer dans le corral, les dompter pour les faire danser et pour s’amuser avec eux... Depuis début septembre, la lecture est devenu un gigantesque rodéo et dans le Montana du Goncourt, chacun est le cavalier de sa monture.
              Comme le suggère un spécialiste de la lecture, Alberto Manguei, il faut continuellement réinventer l’acte de lecture : « L'astronome qui lit une carte d'étoiles disparues ; le tisserand qui lit les dessins complexes d'un tapis en cours de tissage; les parents qui lisent sur le visage du bébé des signes de joie, de peur ou d'étonnement; l'amant qui lit à l'aveuglette le corps aimé, la nuit sous les draps (...) - tous partagent, avec le lecteur de livres, l'art de déchiffrer et de traduire des signes. »
 
              Comment nos dix neuf cavaliers ont-ils rejoint l’attelage ? Je leur ai posé la question : "comment lisez-vous?". « Easy riders » entre deux livres, ils ont répondu : en route pour une opération de collage !…
 
              « Lire, voilà un mois que ce verbe me suit ! Lire jusqu’à l’épuisement ! Lire jusqu’à s’endormir ! Lire jusqu’à en finir ! Des pages et des pages déjà absorbées, mais des pages et des pages encore à ingurgiter ! Les treize livres de la sélection monopolisent la table de chevet. Je les scrute, je les tiens à distance, je les défie, je les domine, je les fixe et je m’impose avant de me jeter sur eux ! J’en suis convaincue, je l’ai lu récemment, la position de lecture influence le futur point de vue sur le livre. Et puis j’attaque ! J’attaque ferme !
              J’ai enlevé mes chaussures. Je lis en position allongée, avachie sur mon lit, en tailleur sur mon fauteuil, dans la salle d’attente du docteur, dans le salon, dans la chambre, la cuisine, la terrasse, un banc, un cours de maths, de physique, dans la voiture, même si le trajet ne dure que dix minutes, les jambes croisées, décroisées, pliées en l’air, sur le pouf, entre deux tables, le buste toujours appuyé sur quelque chose, un dossier, un mur, un meuble, dans les couloirs, dans le car, avec des boules quies, en pyjama, enroulée dans ma couette. Je lis en marchant, en parlant, en mangeant.
              J’emmène mon livre partout, et je veux absolument le finir. Après ma dose d’Internet, n’importe où, n’importe quand, je fais le silence autour de moi ou j’allume la chaîne hi-fi, j’insère cinq CD et je m’assis en tailleur, ou bien, poupée de chiffon, derviche tourneur, je bascule et je m’allonge ! Laissez-moi tranquille, silence, on tourne !
              Je ne vois pas le temps passer. Je lis la tête contre l’oreiller, je me tends, je me tords, je me bande, je m’applique, je mets la langue au coin de la bouche. J’ai le visage crispé, les lèvres mobiles, les sourcils froncés et les yeux fixes. Je plonge dans les mots et les maux, dévale la pente d’un récit, déboule sur des personnages… Mon sang ne fait qu’un tour, mon rythme cardiaque s’accélère, je m’essouffle, descends à la cuisine, reprends des forces, ose à peine regarder l’heure. J’ai les yeux rouges, le teint blafard, un filet de bave au coin des lèvres ! Vais-je y laisser ma peau !
              Je me fixe des défis, j’essaie de les tenir. Je vais les tenir, je vais les tenir ! Je voudrais un miracle ! Je voudrais lire pendant mon sommeil, derrière mes paupières apaisées, voir tourner les pages et dans la chaleur de ma couette laisser pousser les plumes des écrivains !
 
Réaction de collègue :
Pour ce qui me concerne, j'ai fini Ouest et Contours du jour qui 
vient. Le second d'abord : très beau titre, et belle histoire racontée 
avec talent même si parfois le "message" est un peu trop démonstratif 
à mon gré et peu vraisemblable dans la tête d'une encore très jeune 
fille. Ces réserves faites, je l'ai lu d'une traite, avec plaisir et 
respect, et je regrette que nous n'ayons pas eu l'occasion de 
rencontrer Miano à la place de, au hasard, Nothomb ? Parmi mes élèves 
filles, le livre a du succès. Je ne sais pas si les garçons ont 
vraiment tenté encore. Quant à Ouest, c'est presque mon seul plaisir 
de lecture quasi sans réserve. Non seulement c'est écrit avec talent, 
mais cette narration qui prend naissance comme un monologue intérieur 
de l'auteur dans le flux duquel deux des personnages principaux et le 
lecteur sont pris, j'ai trouvé ça fichtrement bien mené.
 
J'ai entendu parler à plusieurs reprises du bref reportage de Caroline 
Cartier, ce matin, sur France-Inter: il s'agissait, semble-t-il, d'une 
interview à chaud d'élèves participant au Goncourt des lycéens. 
L'objectif aurait été de détruire l'image de ce prix, comme on crève 
une baudruche. Est-ce bien l'impression de ceux et celles qui 
l'auraient écouté?
Notre rencontre avec les auteurs aura lieu lundi prochain. Merci à 
tous de l'aide apportée à partir de vos diverses expériences. Je ferai 
de même après ce lundi qui s'annonce chargé: émission sur radio 
Bleue-Roussillon le matin et rencontre avec Boulin, Audouard et Poivre 
d'Arvor l'après midi!
Cordialement
 
Je recopie ici un message que je m'aperçois n'avoir envoyé qu'à Chantal
Abramson, au sujet du reportage de Caroline Cartier.
j'ajoute encore, qu'après discussion ce matin avec mes élèves (puisqu'ilsont
fait partie des interviewés) je me suis aperçue que ce n'était pas leurs
voix que l'on entendait dans le reportage diffusé : C. Cartier avait réussi
à faire dire à d'autres lycéens ce qu'elle attendait, à savoir que "la
lecture et l'écriture c'était de la m...". A mes élèves, en les quittant
après une longue séance inutile de 40 minutes, elle a lancé "je vous laisse
retourner vous emmerder !". C'est apparemment du Cartier tout craché, si
j'en crois vos commentaires... La seule chose qui me console dans ce magma
d'insanités journalistiques, c'est que mes élèves aient voulu, contre son
souhait, lui montrer que la lecture était quelque chose d'important pour eux
(et je ne les avais préparés à rien de ce genre, je le jure !)
 

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« Quand vient la fin de l’été… »

Publié le par Eric Bertrand

Suite du journal du 9.08 : L’épilogue se passe à la fin de l’été. Les deux femmes ont retrouvé leur retraite et semblent avoir élu le ponton comme lieu de méditation.
              C’est d’abord l’occasion de tirer le rideau sur le cadre, de refermer ce récit sur un léger rappel des éléments du décor présentés au début. A cette différence près qu’en cette fin de nouvelle, l’été est terminé. D’où un tableau nostalgique écrit au présent pour suggérer au lecteur cette atmosphère si caractéristique de fin de saison. Francesca et Carolina alimentent leurs conversations du café qu’elles savourent et des potins du pays… Et puis elles méditent sur le sens de l’aventure qui vient d’avoir lieu autour de ce ponton.

HPIM1156.JPG

L'estate siciliano sta finendo...

 

Rubrique Goncourt :
 
              Je joins ce matin une interview rapportée sur Evene qui a le mérite de compléter les propos tenus en classe au sujet de « Ouest ». Je viens de refermer la dernière des 620 pages de « l’Amant en culottes courtes », j’y consacre l’heure de cours de vendredi et, en attendant, j’aborde aujourd’hui avec les élèves « Marilyn, dernières séances » : ce seront donc les sujets des deux prochaines rubriques…
 
Angoissant, suffocant, perturbant, magistralement construit, autant de qualificatifs qui collent au nouveau roman de François Vallejo, en lice pour la seconde sélection du prix Goncourt 2007. ‘Ouest’, qui sort chez la discrète mais avisée maison Viviane Hamy, fait déjà parler de lui, mais son auteur veut garder la tête froide et dévoile avec modestie et passion les ressorts de son roman. Avis au lectorat, il souffle comme un vent de succès sur cette rentrée littéraire...


 
L’idée de ‘Ouest’ vous est-elle venue grâce à une photo, comme dans le prologue du roman ?

C’est la partie autobiographique du roman. Moi qui ne suis pas à l’aise dans ce genre, là il se trouve que le cliché dont je parle est une photo que je possède, et qui m’a fait connaître ce choc avec les images de la prison d’Abou Graïb. C’est là qu’est la matrice du livre. Passé le prologue, le roman est de la fiction nourrie de faits historiques et d’histoires familiales. J’ai en effet un arrière-grand-père qui était garde-chasse là où se situe l’histoire. Le roman est une marmite dans laquelle je fais bouillir plusieurs ingrédients. La partie véritable est complètement débordée, mais il est bon d’avoir des éléments véridiques qui permettent de raconter "n’importe quoi".


Quel est cet ‘Ouest’ qui sert de cadre au roman, et que vous semblez bien connaître ?

Je suis né par là. C’est un Ouest fictif qui est composé d’un peu de Normandie, d’un peu de Maine, d’un petit peu de Bretagne. C’est un lieu carrefour entre ces différentes régions, où j’ai vécu. La géographie de ce lieu imaginaire est empruntée à différents aspects qui ne coexistent pas dans la réalité, un peu comme le comté de Yoknapatawpha de
Faulkner. C’est un lieu de création, une géographie composite, qui donne la liberté d’être dans la création, et non dans l’illustration d’un lieu de terroir.

 
Avec votre précédent roman, ‘Le Voyage des grands hommes’, vous passiez du contemporain à l’historique. Un genre qui vous ouvre de nouvelles perspectives ?

L’idée m’est venue, en faisant
‘Le Voyage des grands hommes’ au XVIIIe siècle, de constituer une sorte de diptyque. En conservant le nom du personnage de Lambert comme valet du XVIIIe puis comme son descendant au XIXe, ce qui m’importe c’est la mise en parallèle des deux époques. Même si chaque livre est indépendant, il y a ce point d’ancrage qui crée une passerelle. Avec le précédent roman, j’étais dans le voyage, l’esprit des lumières, la fantaisie et l’invention, avec ‘Ouest’, au XIXe siècle, je suis parti sur une tonalité beaucoup plus sombre liée à l’époque. Mais ça ne va pas être un procédé systématique à réutiliser. Et je pense que j’en aurai fini pour un temps au moins avec les périodes historiques. J’ai l’intention de revenir à du plus contemporain.


Le "récurrent" Lambert est un personnage d’observation qui semble prendre une toute nouvelle dimension dans ‘Ouest’...

Dans ‘Le Voyage des grands hommes’ il est en effet spectateur de ses maîtres. Ils étaient trois et lui se trouvait relégué à un rôle secondaire, même s’il était le regard au premier plan. Dans ‘Ouest’, il n’est plus le regard unique. D’autres viennent se greffer, entre autres celui de sa fille. Lambert devient donc un personnage plus actif, il est l’homme en confrontation directe avec le maître. Il est obligé de répondre aux sollicitations de l’autre et la situation en devient plus conflictuelle. La donne narrative est changée.


Il veut obstinément rester aveugle aux extravagances de son maître, une bonne manière de préserver l’équilibre des rapports humains ?

Dans le cas de Lambert, le but est de préserver une situation sociale qu’il avait connue avec le père du baron, et qui correspondait parfaitement au schéma ancien du pouvoir. Il devait obéir mais en même temps avait des responsabilités au sein du château. Il croyait à une sorte de noblesse de son rôle. Or, avec le nouveau maître, la donne est bouleversée. Il ne veut pas exercer totalement son pouvoir. Il lui demande d’être libre, de ne pas se comporter comme un valet. Lambert perd donc ses références et la vie devient une menace perpétuelle. La volonté de ne pas voir lui permet de préserver son rôle, continuer à être le bon garde-chasse qui élève bien sa meute. Quand il le soupçonne d’avoir commis des actions criminelles, il préfère ne pas dénoncer le baron, car c’est encore remettre en cause la notion de pouvoir du maître.

 
Le personnage du baron est assez difficile à cerner...

Le baron fonctionne dans l’inversion totale des valeurs de son père, des valeurs sociales et sexuelles. C’est un homme "contre" en permanence, qui se heurte aussi à une pesanteur sociale. Il ne peut se débarrasser de son statut et cette ambiguïté personnelle finit par le mettre en danger. C’est le noeud qui emporte la construction du roman. Ses pulsions politiques et sexuelles viennent par alternance. Il délaisse l’un quand l’autre prend le devant. Son affection peut se transformer en brutalité très rapidement. C’est ce qui fait sa richesse. Mais sa part d’obscurité doit demeurer. On ne peut aboutir à une clarté. A sa manière Lambert, même s’il paraît plus monolithique, est aussi poussé à faire sortir de lui une part obscure. Chacun va là où il ne pensait pas aller. D’une certaine manière, en écrivant, je suis moi-même allé dans des contrées profondes qui m’échappaient. J’ai eu le sentiment d’entrer dans une complexité de moi-même qui m’a troublé.


Après Rousseau, Diderot et Grimm dans ‘Le Voyage des grands hommes’, Victor Hugo est la célébrité de ‘Ouest’. Des écrivains choisis par admiration ?

La première partie du diptyque, ‘Le Voyage des grands hommes’, m’était venue d’une lecture de Rousseau où le voyage est évoqué comme une possibilité qui aurait dû se faire. Ce sont des auteurs que j’aime - Rousseau et Diderot en particulier - et c’est un fait que j’ai eu plaisir à les utiliser. Pour Victor Hugo, c’était le personnage littéraire du XIXe siècle qui avait l’aura suffisante pour qu’un individu se mette à l’aduler. Hugo s’imposait par sa dimension littéraire et en même temps politique, sous le Second Empire. Et dans l’idée des passerelles entre les deux romans, l’idée était qu’il y ait une célébrité littéraire qui joue un rôle. Hugo n’est peut-être pas mon auteur favori du XIXe siècle, mais il a suffisamment de richesse pour être exploité.


Dans une première version du roman, les personnages partaient rencontrer Hugo. Ce passage a été supprimé. Pas trop frustrant ?

Frustrant... Il est vrai que dans cette première version le rêve de rencontrer Hugo devenait réalité. C’était également intéressant mais avait le défaut de nous faire sortir de l’Ouest, de l’enfermement. J’ai voulu d’abord en sortir puis j’ai pris conscience que c’était peut-être une erreur. C’était un sacrifice, c’est vrai. Cette cinquantaine de pages avaient leur cohérence mais soulageaient trop la tension. La logique du récit était dans la tension jusqu’au bout. J’ai eu l’idée de la séquestration du baron par Lambert, ce qui permettait d’être dans le désir et dans l’impossibilité du voyage, ce qui donnait une densité plus forte à la relation des deux personnages et à la souffrance du baron. Le passage de la rencontre avec Hugo a donc été sacrifié, mais, peut-être, cette version pourra un jour paraître sous une forme parallèle. Le chapitre auquel le lecteur a échappé par exemple.

 
Le style de ‘Ouest’ crée indéniablement une grande tension, au-delà même de l’histoire. Cela demande-t-il un gros travail de remaniement ou est-ce spontané ?

Il y a les deux. Quand je travaille il y a une sorte de flux assez rapide qui se met en place, mais il y a du travail derrière. J’affine, je reprends jusqu’au point de rupture de la tension. Il y a les deux en moi, à la fois le surgissement, qui peut être jubilatoire mais se répandre un peu trop, et le travail de resserrement, de création d’un staccato, de la recherche de la tonalité juste pour chaque personnage, quand leur voix traverse la mienne. Je joue sur les superpositions de la voix, ce qui peut perturber. Les voix des personnages s’ajoutent, circulent et peuvent se heurter, entraînant une perte de repères pour le lecteur, à l’image de ce que vivent les personnages. Mais je tiens à la fluidité, à la liquidité de la parole qui finit par sortir des heurts.


’Ouest’ sort pour la rentrée littéraire. Craignez-vous qu’il se perde au milieu de la masse de livres à paraître ?

Je n’ai pas l’impression d’être perdu parce que le livre a déjà une presse assez étonnante, à laquelle je n’étais pas habitué. Cette fois la presse vient tôt, et pas mal de belles choses ont déjà été écrites. Il y a comme un frémissement, un peu plus qu’un frémissement... Mais je ne m’en inquiète pas. Le rôle de l’écrivain est de donner. Tant qu’il y aura des gens pour recevoir, alors j’aurai envie de donner.

Propos recueillis par Thomas Flamerion pour Evene.fr - Août 2006
 
Réaction de collègue :
Un petit mot pour apporter aussi ma collaboration à ce PGL et donner des nouvelles du grand ouest...Ici, bien sûr, on lit, envers et contre tout... Journal d'hirondelle, très controversé sur le contenu, le sujet, a la faveur du public, certainement à cause de (grâce à...) la brièveté du texte; Ni toi ni moi  circule aussi très bien, mais ils ont du mal à s'y retrouver. Trois élèves ont entrepris Les Bienveillantes, mais la lecture d'une telle somme entrave celle des autres ouvrages pour eux, bien sûr. Ils avouent ne pas trop comprendre Quartier général du bruit. Les autres livres circulent, j'en tiens le compte pour les éperonner un peu... Mes lecteurs de terminale L ont des rythmes assez différents, selon, surtout, je crois, leur goût "naturel" à la lecture... Quant à nos réunions , elles sont difficiles à organiser : pas de lieu stable (le CDI est très souvent fermé, par manque de personnel), pas de moment réel (pas d'heure de permanence commune entre eux et moi, malgré mon souhait formulé en juin, afin de ne pas les léser de leur quota horaire précieux pour le bac...); donc ils m'envoient leurs "impressions de lecture" par e-mail, et nous avons commencé, cette semaine, à consacrer 1h de cours/semaine (sur les 4) à des échanges; bref, ça n'est pas très simple.... Pour répondre à la question posée par Martine Roche, ici il n'y aucune résonance médiatique sur l'entreprise GDL; peut-être parce que nous ne sommes pas partenaires FNAC ?.... et au bout du monde... Voilà les nouvelles de l'ouest....
Bien cordialement à vous tous, continuez d'envoyer vos courriers que je lis avec beaucoup d'intérêt, de curiosité, et de fidélité...  Et on se sent moins seul...
 

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