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spectacle de theatre

« Tartuffe » à la Coursive : un dévot dans le manoir de Rebecca de Winter(2/5)

Publié le par Eric Bertrand

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              Quand commence la pièce, une grande agitation règne dans la maison d’Orgon que Mme Pernelle désigne comme « la tour de Babylone » avec « ces carrosses sans cesse à la porte plantés » et  sa bru « vêtue ainsi qu’une princesse » : elle lui oppose le souvenir raisonnable de la défunte épouse de son fils qui a fait l’erreur de se remarier. Rebecca de Winter dans le manoir d’Orgon ! Dans la mise en scène d’Eric Lacascade, Orgon a des allures de gamin incontrôlable : il rappelle Louis de Funès ou Buster Keaton. Nerveux, imprévisible, violent, il n’en fait qu’à sa tête et la multiplication de ses pas électrise les planches. Le décor surprend, c’est une sorte de maison de poupée branlante, ce qui a pour effet de confiner l’espace domestique. On accède à l’étage par le biais d’un escalier roulant que poussent les personnages. Orgon prend son bain dans l’une des pièces du haut à son retour de voyage. De sa baignoire, il devise et, à la scène 5 de l’acte 1, met la tête sous l’eau à son beau frère Cléante, pour le châtier d’oser mal parler de Tartuffe.   

               A côté de la salle de bain, une série de portes qui s’ouvrent et qui se ferment. Chambres, bureaux, boudoirs, balcon, portes à double fond ? Le diable est dans la boite... quelque part au fond des corridors... car ce Tartuffe, dont on parle beaucoup jusqu’au troisième acte, ne montre pas facilement le bout de sa bure. Sournoisement, il se recueille, attend son heure pour « tartuffier » les gens et s’emparer enfin du pouvoir... En bas, en fond de scène, derrière un fin rideau de gaze, trône un petit autel sur lequel clignotent des bougies. L’ambiance est à la repentance ou à la machination.

 

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Tartuffe » à la Coursive : un dévot dans le manoir de Rebecca de Winter (1/5)

Publié le par Eric Bertrand

 

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              Fin de la pièce. Avant le salut. Tous les comédiens sont sur scène. Tous, ou presque. Dans la mise en scène d’Eric Lacascade, la dernière image ressemble un peu à une photo qu’on va ranger dans un album familial à la page des bons souvenirs. Ils sont venus, ils sont tous là, ils se tiennent proches les uns des autres, la mamma (intraitable Mme Pernelle), le père, la mère, l’oncle, le fils, la fille, le futur gendre, la servante, ils sourient au photographe, Orgon en l’occurrence... qui s’empresse de rejoindre le cadre avant le déclanchement : cheese ! Cheese, parce que Tartuffe n’est pas sur la photo... envolé l’oiseau ! Plumé juste à temps par les soins de la justice du Prince, le Prince à qui, soit dit en passant, on a « lissé les plumes ». Molière savait ménager ses soutiens.

               Ouf, ils ont raison de sourire car ils ont eu chaud ...  Par obstination et légèreté, le fanatique Orgon s’était en effet mis en tête de récompenser le « pauvre homme » en lui accordant la main de sa fille et en le désignant comme unique héritier de ses biens. Et à l’acte 5, le « pied-plat » a si bien manœuvré qu’il a mis « son bienfaiteur » à genoux, au propre comme au figuré ! Flash back sur cette folle aventure...

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Tartuffe sur la sellette

Publié le par Eric Bertrand

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          La perspective de la représentation de Tartuffe à la Coursive la semaine dernière m’a amené à l’intégrer dans le cours de théâtre de premières. Il faut consacrer l’étude à une œuvre intégrale et « inviter » les élèves à en lire au moins une autre : comme j’étudie Dom Juan, c’est donc aux élèves de faire l’effort vers Tartuffe et certains ont pu me rejoindre un soir de la semaine dernière pour assister à une interprétation de cette belle pièce qui est l’une de mes favorites du maître.

Il y a toujours appréhension quand on amène des élèves au théâtre assister (pour certains) à leur première représentation ! Certaines mises en scène sont tellement discutables ou ennuyeuses... Tartuffe est une pièce vigoureuse, pleine d’audace et d’humanité. Elle met en jeu les passions et une violente remise en question des fondements religieux de l’époque.

C’est pour cette raison que sa représentation a été aussitôt interdite par une obscure « Compagnie du Saint Sacrement » au moment de sa création en 1664. Alors, en guise de réplique, Molière reprend aussitôt la plume et écrit Dom Juan qui sera, elle aussi, interdite un peu pour les mêmes raisons ! Opiniâtreté renaissante de l’infatigable moraliste témoin de son temps ! On y revient demain pour une série de cinq articles sur cette représentation de Tartuffe.

 

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« L’Avare » et le grand capital à la Fabrique du Vélodrome (article intégral)

Publié le par Eric Bertrand

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Quand le monde extérieur devient une menace, quand, sur l’horizon du ciel, se forment de gros nuages noirs, l’Art est un refuge. L’Italien Boccaccio avait raconté comment, pendant la Peste de Florence, une petite société réfugiée dans un manoir oubliait ses tourments en se racontant des histoires.

                      L’idée de Martine Fontanille, découle du même principe. Du 24 novembre au 3 décembre prochain, sur l’espace intime de la Fabrique du Vélodrome à La Rochelle, elle met en scène un « Avare » à la fois dérangeant et jubilatoire... Tout commence dans un atelier de couture où la vie s’est brutalement arrêtée. Cartons, frusques dépouillés de contenus, vieilles Singer, outils rouillés, hardes, stores remplis d’oripeaux, boites de gâteaux vides... Au fond, une porte, un couloir, un téléphone qui rythme « l’aventure scénique de l’atelier ». Car les ouvrières sont aussi des comédiennes et elles n’ont pas encore dit leur dernier mot.

                        Elles ne sont plus que trois à résister, à refuser l’avis de délocalisation que leur patron impose à l’usine. Si elles ne libèrent pas la place, elles en seront délogées par les CRS. Tant pis, les nouvelles du monde extérieur ne sont peut être pas bonnes, mais elles ne céderont ni à la détresse, ni à la morosité ! Elles ont d’emblée fait le choix du théâtre et du jeu. Obstinément, elles jouent « l’Avare » de Molière. La situation mise en place dans cette pièce est odieuse et le texte foisonne au point de les libérer de leur angoisse et de leurs tourments.

                       C’est là l’une des sources du plaisir que les trois comédiennes, qui jouent tous les rôles à la fois, offrent au spectateur. Sans se décourager, les trois ouvrières qu’elles incarnent d’abord rejouent dans la fiction leur opposition au « grand capital ». Harpagon est « le patron » : il veut ne rien céder aux subalternes et tout garder pour lui, argent, réputation, plaisir. Cette situation bloquée génère le détraquement des personnages. Chez ce père abusif, chez ce tyran domestique, être amoureux, oser une conversation, organiser un repas de mariage, emprunter de l’argent, tout devient grotesque et bouffon... La mise en scène, bijou de précision parfaitement réglé dans le petit espace de la Fabrique du Vélodrome, fonctionne parfaitement. Pantomimes, petite musique de menuet, gestuelle saccadée, métronome du temps scénique, carillon des trois actes rythmés par les coups de fil. Elise et Valère sont articulés comme des personnages de boite à musique. Harpagon, bandit manchot obsédé de la calculette, Harpagon, chippendale sexagénère, Harpagon Picsou, recroquevillé et pitoyable sous la lumière jaune, Harpagon Cruella d’Enfer qui fait défiler sous son fouet les 101 dalmatiens de la condition humaine.

                        Toute une humanité en souffrance se tord en effet dans cette boite close qui casse et  désarticule. Maître Simon, fakir noir karatéka, gesticulant dans une ruelle mal éclairée, Frosine boule rose de cabaret, à mi chemin entre le Crazy Horse et les Barbapapa et dont le déhanché et le mouvement d’épaule redessinent, sous le papier crépon de la perruque fluo, la sensualité gommée, Maitre Jacques cuisinier, bibendum sautillant, derviche tourneur aux yeux bridés, Maitre Jacques cocher, vague maraud calotté à la Tarass Boulba, Valère côté intendant, face rayonnante et tête à claque, Valère côté amant rebelle, hidalgo toréador, brandissant avec grâce un vieil outil pour terrasser la Bête immonde.

                       La Bête immonde, c’est le Temps. Pas besoin de regarder l’horloge où les minutes passent à toute allure au centre de la scène. Derrière, le téléphone sonne. Les sirènes et les hauts parleurs envahissent l’espace des coulisses. Déjà Nicole a décidé de renoncer. Nicole, c’est l’ouvrière qui jouait notamment le rôle d’Elise. Elle fait son paquet, range sa belle panoplie de marquise. Les deux autres récitent encore obstinément. Mais trop tard... la pièce n’ira pas à son terme... Pas de Deus ex macchina et pas de « happy end ». Le texte accélère, le débit haletant, la voix essoufflée. Ca y est ! Harpagon va retrouver sa cassette ! Inévitablement monte sur le paquet de frusques, au milieu des cartons, jubile et augmente son capital... La voix de Molière fait entendre une fois de plus la petite musique humaine du plaisir égoïste et de l’Injustice. L’atelier est plongé dans le noir. Plus de mots. Piétinements dans les coulisses.

 

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« L’Avare » et le grand capital à la Fabrique du Vélodrome (3/3)

Publié le par Eric Bertrand

 

Highland2 (186) [1600x1200]

 

                 Toute une humanité en souffrance se tord en effet dans cette boite close qui casse et  désarticule. Maître Simon, fakir noir karatéka, gesticulant dans une ruelle mal éclairée, Frosine boule rose de cabaret, à mi chemin entre le Crazy Horse et les Barbapapa et dont le déhanché et le mouvement d’épaule redessinent, sous le papier crépon de la perruque fluo, la sensualité gommée, Maitre Jacques cuisinier, bibendum sautillant, derviche tourneur aux yeux bridés, Maitre Jacques cocher, vague maraud calotté à la Tarass Boulba, Valère côté intendant, face rayonnante et tête à claque, Valère côté amant rebelle, hidalgo toréador, brandissant avec grâce un vieil outil pour terrasser la Bête immonde.

                       La Bête immonde, c’est le Temps. Pas besoin de regarder l’horloge où les minutes passent à toute allure au centre de la scène. Derrière, le téléphone sonne. Les sirènes et les hauts parleurs envahissent l’espace des coulisses. Déjà Nicole a décidé de renoncer. Nicole, c’est l’ouvrière qui jouait notamment le rôle d’Elise. Elle fait son paquet, range sa belle panoplie de marquise. Les deux autres récitent encore obstinément. Mais trop tard... la pièce n’ira pas à son terme... Pas de Deus ex macchina et pas de « happy end ». Le texte accélère, le débit haletant, la voix essoufflée. Ca y est ! Harpagon va retrouver sa cassette ! Inévitablement monte sur le paquet de frusques, au milieu des cartons, jubile et augmente son capital... La voix de Molière fait entendre une fois de plus la petite musique humaine du plaisir égoïste et de l’Injustice. L’atelier est plongé dans le noir. Plus de mots. Piétinements dans les coulisses.

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