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spectacle de theatre

« Lorenzaccio » à la Coursive (2/3)

Publié le par Eric Bertrand

                     (...) Et le héros de la pièce qui porte le message n’est pas non plus étranger à la dériliction des idéaux. Lorenzo, alias « Lorenzaccio », comme l’indique le suffixe péjoratif « accio » que les gens de Florence associent au personnage, s’est compromis dans l’entourage du duc dans le but de devenir son favori et sa marionnette.

                     Et la volonté qu’il a de commettre un attentat contrre sa personne n’est qu’un prétexte pour lui de se raccrocher désespérément à une image enfouie de son passé. Il était une fois un Lorenzo pur et idéaliste, vibrant sur les pages de Plutarque et penché dans ses livres... La pièce baigne dans cette nostalgie de l’enfance perdue et de l’innocence. Elle est en parrtie incarnée par « les deux femmes » de Lorenzino : la mère et la sœur... qui se souviennent d’un être qui lui ressemblait comme un frère. Mais ce temps-là semble bien mort et Lorenzaccio s’amuse de sa sœur qu’il se plaît à livrer en pâture au duc : « Une jeune femme qui veut bien manger des confitures mais qui a peur de se salir la patte ! »


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« Lorenzaccio » à la Coursive (1/3)

Publié le par Eric Bertrand

                   Qu’advient-il d’un pays quand les citoyens sont garottés, saisis à la gorge par la répression immédiate et quand ils n’ont de recours qu’en des dirigeants corrompus qui n’ont de souci que celui de plaire aux caprices d’un despote ? Et quand ce despote est un libertin, avide de scandales et de provocations !...

                  Telle est la question que pose Musset lorsqu’il écrit « Lorenzaccio » en pleine période du drame romantique. La Florence des Médicis qui sert de toile de fond à ce drame n’est qu’un faux écran. Musset médite sur les mascarades des Républicains et la Fatalité des dictatures.

                   En effet, ce qui prime avant tout dans cette société c’est l’intérêt personnel et le profit tous azimuts. Bien aux antipodes des idéaux romantiques...

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Le Meunier hurle à la Coursive

Publié le par Eric Bertrand

                Une peinture cauchemardesque de l’humanité sur la scène... Un tableau digne du peintre James Ensor... Un cercle de "Pantalone", de visages globuleux, de voix stridentes, chevrotantes dérisoires, pantalone... Une humanité mesquine, dont les seuls liens sont fondés sur l’appartenance à un territoire et à une farouche consanguinité. Et le feu, les flammes et les tronches de couenne grillée des notables au terme de la pièce... 

                 C’est à ce carnaval terrifiant qu’est confronté le dit Gunnar Huttunen, brave meunier qui n’a fait qu’essayer de remettre en activité un vieux moulin dans un petit village de Finlande, au-delà des forêts et des lacs qu’il a traversés, au lendemain de la guerre.

                 "le Meunier hurlant"... J’ai déjà évoqué dans ce blog ce roman d’Arto Paasalinna abordé en classe dans la perspective du spectacle proposé jeudi aux collégiens dans sa version théâtrale. L’adaptation est particulièrement réussie parce que le metteur en scène multiplie les moyens pour accuser les défauts et les verrues d’une abominable société... Visages écoeurants de marionnettes qu’on dirait réalisées par Daumier, pantins dégingandés aux voix et aux grimaces désopilantes et bouffonnes, vidéos interactives, sons, prouesses techniques... tout concourt à isoler toujours plus le malheureux meunier dont la générosité et le courage n’auront finalement rencontré au village que moquerie et mépris.

« Non, les braves gens n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux ! »


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Article du mois : « La Nuit des Rois à La Rochelle »

Publié le par Eric Bertrand

                Travestissements, île étrange régentée par un duc mélancolique, fous raisonnables et raisonneurs, farces bouffonnes, envolées lyriques, situations burlesques ou saugrenues, tours de passe-passe convergeant vers l’illusion théâtrale poussée dans ses derniers retranchements, « je ne suis pas ce que je joue » affirme un personnage, autant d’éléments délicieusement shakespeariens qu’on retrouve dans cette comédie proposée à La Rochelle mercredi soir.

                 La mise en scène de Jacques Vincey est à la hauteur du brio de la pièce. Musique, danse, chansons (souvent paillardes et jubilatoires), astuces diverses emmènent le spectateur dans un dédale dont l’île d’Illyrie est la toile. Les situations de voyeurisme sont délectables (le ridicule Malvolio, espèce de Matamore aux airs de Mr Bean, se laisse piéger par les faux semblants d’une lettre énigmatique écrite par une servante malicieuse... Et le voilà qui dindonne en jarretière jaune cacatoés sous l’œil narquois des farceurs) La scène offre un plateau en surplomb qui convient parfaitement à cette situation et qui souligne davantage encore la nervosité des mouvements et des répliques.

                Les comédiens prennent plaisir à jouer ce texte et le metteur en scène est l’artificier en chef... Moments de danse enragés, éclairs de musique branchée, lumière saturée, paillettes, pétards, chapeaux pointus, confettis, explosions de rire et le bouquet final du salut de l’ensemble de la troupe qui recueille un tonnerre d’applaudissements. Il y a des soirs où on voudrait bien enfiler le costume !


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« Britannicus » : la rage au corps au Vélodrome de La Rochelle

Publié le par Eric Bertrand

 

               La Fabrique du Vélodrome, petit théâtre intimiste de La Rochelle, présentait vendredi soir la pièce « Britannicus » dans une mise en scène de Laurence Andreini. La pièce part en tournée dans la région à partir de la semaine prochaine et donne ce soir une ultime représentation à La Rochelle.

               On n’a pas souvent l’occasion d’assister à un spectacle tragique et, qui plus est, à une pièce de Racine. C’est un plaisir auditif. Auditif et visuel. Plaisir des sens et de l’intelligence aussi.

               Les comédiens mettent un soin particulier à dire les alexandrins et à respecter ce rythme particulier de la parole chez Racine qui fait sonner la rime et la diérèse. Par ailleurs, ils jouent avec force ces personnages déchirés sur le théâtre, ivres de leur monstruosité ou fondamentalement troublés par ce que Roland Barthes appelle la révélation de leur « secret ».

               Monstruosité ?... Agrippine, mère autoritaire de Néron qui tâche en vain de soumettre son fils, fils devenu empereur grâce à ses bons soins et qui tourne soudain le dos à la Vertu (et à sa mère) Il a osé, le diable !

               Monstruosité ? Néron imprévisible, enveloppé dans un grand manteau rouge, et qui fait brutalement le choix de la tyrannie et du cynisme en donnant ordre d’empoisonner son frère.

                Pourquoi ce revirement dans la pièce alors qu’on le sent vaciller après une ultime rencontre avec sa mère et son droit conseiller Burrhus ? Peut-être à cause de la passion que sa captive Junie a allumée en lui. Après son entrevue avec la charmante et « aimable » Junie, Néron s’est enragé.

                Néron se venge, parce qu’il ne supporte pas de voir Junie continuer à aimer Britannicus. Parce que Narcisse, le perfide Narcisse, fait auprès de lui son œuvre de traitre et réussit à mettre en doute les bienfaits de la Vertu. Le metteur en scène a forcé les traits de Narcisse en lui donnant l’allure d’une sorte de Méphistophéles, (ou disons Edouard dans « Twilight » !) ricanement machiavélique, cheveux souples, laqués, canine acérée, ivre du pouvoir qu’il prend sur Néron.

               Par la direction des jeux de scènes (baisers, caresses, rapprochements des corps), il met en valeur la rage de la chair embrasée : tout le tremblement du texte de Racine se manifeste à travers ce ballet quasi érotique qui rapproche et sépare dans un brûlant corps à corps Junie, Britannicus, Néron et même Agrippine. La passion écorchée vive pousse aux étreintes et aux pulsions les plus troubles et, quand le rideau tombe, les personnages de la tragédie tombent pantelants sur un coin du théâtre.

               En conclusion, je mettrai en ligne demain une tirade extraite de la pièce et qui illustre très bien cette dimension du texte de Racine.

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