Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

cinema

La Fille du Puisatier, Verlaine et Brassens invités chez Pagnol (2/2)

Publié le par Eric Bertrand

              Je me souvenais bien sûr de Jean de Florette, de Manon des Sources et de Galinette en regardant « la Fille du puisatier » de Daniel Auteuil, j’en revoyais les silhouettes dès les premières minutes du film... Les collines, les cigales, les mas et les terres des Soubeyran... Mais j’avais aussi en tête ces beaux vers de Verlaine... Tout le poème semble en effet éclairer le film. Lumière de Provence, éclat du soleil et des fleurs auprès de la rivière. Des « Coquelicots » de Monet en mouvement à « La nuit étoilée » de Van Gogh...

Vois, le soleil toujours poudroie à quelque trou.

              Taille cambrée, jolie robe à fleurs, chapeau de paille, Patricia, la fille du puisatier, est aussi fraiche que l’eau de la rivière et que la langue de Pagnol jaillissant du fond de la terre, derrière Pascal Amoretti, le puisatier. Pour franchir la rivière (et la frontière des interdits), « ile suffit de passer le pont »... Mais le pont est ailleurs... Patricia doit enlever ses chaussures, retrousser son jupon, s’aventurer dans le courant... Jacques, le « polisson », qui lui propose opportunément son aide, a l’audace et la légèreté du « bon petit diable à la fleur de l’âge » de la chanson de Brassens. « Cendrillon, ravie de quitter sa cage » hésite, vacille puis tombe dans ses bras et, lorsqu’il faut la ramener à son père, comme il le dit lui-même, « une motocyclette a suffi pour renverser le bonheur ».

Et je dorloterai les rêves de ta sieste / Et tu chantonneras comme un enfant bercé.

              Constat amer d’un père isolé avec ses cinq filles, un père soucieux de préserver l’honneur et la dignité blessée de la famille. On est en 14. La grande guerre ravage les familles et chacun s’enfonce dans la mécanique de ses tourments intérieurs. Le jeune aviateur qui, au cours d’un meeting d’aviation, a fait tourner la tête de Patricia, est porté disparu. Son avion s’est écrasé.

Midi sonne. De grâce, éloignez-vous, madame. / Il dort

               Des flancs de Patricia, un enfant est né. Un beau petit garçon qui a le sourire insolent du père. Les rancoeurs s’accumulent. Chacun porte sa part de culpabilité... Les parents de Jacques plongent dans le désespoir. Le puisatier continue de creuser et de se salir les mains dans l’argile rouge des puits.

                Jusqu’au moment du miracle final et du retour à un ordre familial et social arrangé non seulement par les deux familles mais aussi et surtout par les futurs mariés qui, tels des amants de Marivaux, imposent leur ordre et leur propre vision des choses.

L'espoir luit comme un caillou dans un creux. / Ah, quand refleuriront les roses de septembre!

Voir les commentaires

« La Fille du Puisatier », Verlaine et Brassens invités chez Pagnol (1/2)

Publié le par Eric Bertrand

DSC_0022.jpg

 

           Avant d’aborder le film proprement dit, un détour par un poème de Verlaine que je mettrai en relation avec l’intrigue du film et que je vous invite à découvrir au préalable.

L'espoir luit comme un brin de paille dans l'étable.
Que crains-tu de la guêpe ivre de son vol fou ?
Vois, le soleil toujours poudroie à quelque trou.
Que ne t'endormais-tu, le coude sur la table ?

Pauvre âme pâle, au moins cette eau du puits glacé,
Bois-la. Puis dors après. Allons, tu vois, je reste,
Et je dorloterai les rêves de ta sieste,
Et tu chantonneras comme un enfant bercé.

Midi sonne. De grâce, éloignez-vous, madame.
Il dort. C'est étonnant comme les pas de femme
Résonnent au cerveau des pauvres malheureux.

Midi sonne. J'ai fait arroser dans la chambre.
Va, dors ! L'espoir luit comme un caillou dans un creux.
Ah ! quand refleuriront les roses de septembre !

Voir les commentaires

"Les femmes du 6° étage" et du septième ciel ?

Publié le par Eric Bertrand

              Dans la toponymie érotique imaginaire, il y a un septième ciel... C’est probablement ce septième ciel là qui inspire Philippe Le Guay, le réalisateur du film « les femmes du 6° étage ». Ces femmes du 6° étage, ce sont les petites bonnes espagnoles qui colonisent les fameuses « chambres de bonnes » d’un hôtel particulier parisien. Le propriétaire s’appelle Jean-Louis Joubert, il est incarné par Fabrice Lucchini, homme d’argent austère et un peu coincé.

               Elles sont une bonne dizaine à mener là-haut la corrida et à mettre du soleil sous le toit... à partager leurs petits secrets et leurs misères, à dire du mal ou à se moquer gentillement des patrons, à chanter la sérénade et à bavarder avec l’accent du sud.

               Sitôt qu’elle réussit la « cérémonie d’investiture de l’œuf coq du matin » si cher à « Monsieur », la petite Maria adoubée par les Joubert, « fait aussitôt des merveilles » dans la maison. Et voilà que Monsieur se met à ouvrir les yeux, à rêver sur les peintres espagnols, sur la sensualité des Vélasquez et des Goya, sur l’image tourbillonnante de la Gitane au dos du paquet de cigarettes dérobé à son associé. Les doigts claquent, les pieds frémissent, le ventre tord (savoureuse scène des comparses de Maria, un brin superstitieuses, penchées sur le lit de Monsieur et occupées à lui « enlever le mal »).

                C’en est fait. Joubert ne dort plus, se désintéresse des affaires, ne jure plus que par  la grâce torride de la jeune fille dont le charme pourtant discret est relevé par l’exubérance de ses comparses, claquant des mains, roulant les hanches, martelant le sol du talon sur les airs enflammés du flamenco. Et voici Patrice Lucchini, les yeux hallucinés, le corps en castagnettes, torrero malgré lui, (le même qui, dans un spectacle bien réglé, récitait Céline ou « un Cœur simple » mais qui subissait aussi le charme de Louise Bourgoin dans « la Fille de Monaco ») Fabrice à nouveau entraîné dans une folle corrida, dont l’issue n’a de sens que dans la jubilation du spectateur.

Voir les commentaires

Avant le « Gulliver mis en pièces », « les Voyages de Gulliver » au cinéma...

Publié le par Eric Bertrand

                       Fondement du travail théâtral engagé cette année avec les élèves de 6°, la sortie au cinéma des « Voyages de Gulliver » de Rob Letterman constituait pour moi ce qu’on peut appeler « un incontournable », même si cette version n’a pas grand-chose à voir avec le Gulliver de Swift, ni avec le nôtre du reste ! (« Gulliver mis en pièces », classe théâtre, 27 mai 2011...) L’essentiel est de pouvoir observer, analyser, comprendre comment une même base fournit d’autres prolongements.

                      Gulliver est un anti-héros, un malheureux employé au courrier dans une grosse entreprise. Il est amoureux d’une fille mais n’a pas le courage de le lui avouer... Alors les événements vont se précipiter pour que ce « petit homme » se retrouve en position de force au pays de Lilliput. L’essentiel du film se joue à ce moment et de nombreuses allusions sont évidemment faites à l’œuvre de référence : Gulliver attaché par les nuées de moucherons, Gulliver allié des Lilliputiens, Gulliver pompier dans l’incendie du palais, Gulliver envoyé chez les Géants...

                      Il est évident que le réalisateur n’a pas manqué l’occasion de gags désopilants : pipi de géant extincteur d’incendie, boulets de canons pois sauteurs dans le ventre de « l’homme-montagne », maison de poupée pour le géant devenu minuscule et attifé en grotesque poupée Barbie... le spectateur s’amuse au gré des aventures picaresques de ce brave Gulliver un brin mystificateur (nourri d’une culture « Titanic » et « maitre Ioda »). Mais qu’on se rassure ! Le héros du film n’est pas que la poupée gonflable d’un film à gadgets. Gulliver (qui, à l’issue d’une pirouette du scénario, découvre sa bien-aimée sur la plage de Lilliput) finit tout de même par prendre confiance en soi et par imposer des valeurs humaines à ce monde des Lilliputiens, tout aussi corrompu que le nôtre...

                       C’est précisément là que le réalisateur retrouve, au détour d’une dernière astuce (Lilliput transformée en rue de New York) la vraie leçon du conte philosophique jadis écrit par un écrivain irlandais de la même fratrie, rappelons-le,  que l’auteur de « Micromégas » ou que celui de « Supplément au voyage de Bougainville » ! 

 

 

Voir les commentaires

Le Truman show, fable sur la téléréalité

Publié le par Eric Bertrand

                 Le film « le Truman show » (que je viens de découvrir par hasard, grâce au conseil avisé de ma fille qui l’avait étudié en anglais) date de 1998. A cette époque, les émissions de téléréalité commençaient à soulever les passions du téléspectateur léger, tendance voyeuriste. C’était juste avant la vague « Loft Story » qui déclencha sur M6 et dans toute l’Europe la folie que l’on sait...

                 Imaginons un enfant, élevé par le producteur d’une émission de téléréalité, et « embauché » à son insu par la même émission dès le jour de sa naissance. Le producteur tient définitivement sa victime. L’enfant n’a pas de parents, et dés lors, il grandit sous les feux et la vaste illusion d’un immense studio, image truquée du réel.

                 Complètement « accroc » au « Truman show », le téléspectateur vit intensément le scénario d’une vie filmée pas à pas, dont l’acteur principal est plus vrai que nature. De temps en temps, la télévision envoie un message publicitaire par le biais d’un acteur qui joue aux côtés de Truman : la mère qui vante les mérites d’un produit détergent, la copine qui s’émerveille sur la saveur d’une nouvelle marque de chocolat...

                  Tout est matière à profit dans cette émission destinée avant tout au consommateur moyen d’une cynique société de consommation. Il faut faire en sorte que le téléspectateur s’identifie au héros... Truman est emmailloté dans les rets du filet audiovisuel. Au dessus de sa tête, les ficelles de l’existence sont tirées méthodiquement, les unes après les autres. Rêves, argent, carrière, amours, ruptures, voyages, amis, amantes... Tout est faux, prévu d’avance, scénarisé et le principal intéressé n’en sait rien, ne sait pas qu’il vit dans une bulle, que le monde qui l’entoure est de la matière de studio et qu’au bout de la chaine, une espèce de Big Brother contrôle tout, pour le bien être et le conditionnement du téléspectateur idéal...

Voir les commentaires

<< < 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 > >>