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cinema

Retour sur Persepolis

Publié le par Eric Bertrand

                Le lecteur se souvient sans doute de mes articles au sujet de ce film et de la réception que les élèves lui avaient faite. Ces articles ne pouvaient pas être utilisés tels quels devant une classe de quatrième : je les ai donc adaptés pour fournir une « correction » à un exercice d’écriture qui était le suivant :

 

« Dans un article de journal destiné à un public d’adolescents, présentez de façon attractive le film de Marjane Satrapi « Persepolis ».

Suivez le plan suivant :

- Un titre

- Un paragraphe de présentation personnelle avec résumé.

- Un paragraphe concernant l’un des intérêts du film.

- Un autre paragraphe concernant un second intérêt.

- Un paragraphe incluant un jugement personnel. »

 

                   Je vous propose de vous livrer demain une adaptation de l’article intégral revu et corrigé... 

 

Proposition de correction du sujet sur « Persépolis ». Arguments et énonciation

 

NB : ce devoir, en même temps que l’exploitation d’un film donnait l’occasion de travailler à la fois sur le motif de l’énonciation et sur celui de l’argumentation, motif à acquérir progressivement pour la troisième.

 

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La rafle

Publié le par Eric Bertrand

                 Le mot est violent, il traîne avec lui des relents de peste brune. Comme le document vidéo gris qui ouvre le film sur la silhouette du führer et l’arrogance des nazis paradant dans les rues de Paris… Le ton est donné. La contagion de la barbarie dans chaque milimètre de pellicule.

                 Et pourtant, dès le début, et c’est là l’une des forces de « la Rafle », la violence semble refluer un instant, laisser le champ libre à la pure humanité. Funambule de l’ironie tragique, la réalisatrice parvient malgré tout à filmer la légèreté et le bonheur de vivre... Un manège qui tourne à proximité de Montmartre, un manège qu’on croirait sorti d’une scène d’Amélie Poulain, une joyeuse cavalcade d’enfants dans les rues du vieux Paris, le visage doux d’une infirmière, la voix du fou chantant à la radio, des airs entraînants qui font danser, même dans le périmètre d’un camp de concentration, des chants traditionnels juifs égarés dans la forêt d’un « grand Meaulnes », l’odeur d’une madeleine qui franchit des barbelés, le sourire d’un enfant au regard angélique…

                  Autant d’éléments qui donnent à ce film une émouvante gravité. Mais le spectateur sait parfaitement que, dans cette période grise des années d’Occupation, la vie n’offre plus aux familles d’origine juive qu’un filet de mansuétude... Le couteau de la rafle se taille plusieurs phases : l’humilation, la déportation, la séparation des enfants et des parents, puis enfin l’élimination.

                   Certaines scènes sont insoutenables. L’étau de la Violence et de l’Inhumanité étreint les lèvres de la Vie. Et, au fur et à mesure que les deux machoires se referment, les enfants égarés peuvent seulement saliver devant le bonheur qui s’enfuit. Le spectateur s’essuie les yeux, détournent le regard. Les images ne montrent plus la légèreté, la fantaisie, le bonheur des choses simples : elles montrent l’évanouissement de la Vie.

 

NB : pour cause de déplacement, pas de blog jusqu’à vendredi ! A bientôt !

 

 

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« Persepolis » de Marjane Satrapi (2/4) : « le Roi » façon Brassens.

Publié le par Eric Bertrand

                    Le film raconte avec humour et distance ironique le parcours autobiographique d’une femme indépendante élevée dans un milieu intellectuel dans l’Iran du Chah. « Marjie » n’est alors qu’une enfant, mais déjà se développe en elle un farouche esprit de liberté. Car cette femme est un témoin politique à l’esprit vif et caustique ! Elle retrace avec précision les événements historiques qui ont secoué son pays.

                    Le Chah enfin bousculé par la révolution, la « république » islamique va pouvoir se mettre en place et laisser le champ libre à l’Espoir… Méfions-nous des espoirs politiques ! Je renvoie au dénouement de « Lorenzaccio » auquel j’ai consacré récemment un article ou aux paroles de la chanson de Brassens « le Roi » qui annonçait en 1977, juste avant la chute du régime :

« Il est possible au demeurant

Qu’on déloge le Chah d’Iran, m

Mais il y a peu de chances qu’on

Détrône le roi des cons ! ». 

                     En effet, au tyran succèdent les tyrans et, sous couverture religieuse, les libertés sont à nouveau bafouées. C’est même pire ! L’adolescente qui ne supporte pas le voile, qui n’a pas sa langue dans sa poche et qui ne jure que par Michael Jackson ou Iron Maiden est en danger… Ses parents le savent bien et son franc-parler l’expose directement à la plus cruelle des répressions. C’est pour cette raison qu’elle quitte son pays pour se rendre en Autriche où elle continue sa formation.

                       Le film fait réfléchir sur les conditions de la liberté, sur l’émancipation de la femme et sur les méthodes de la répression. Plus de vingt ans de drame sont reparcourus par le film, du régime du Chah à celui des ayatolas en passant par les purges civiles, la guerre meurtrière contre l’Irak de Saddam Hussein (plus d’un million de morts), la terreur que fait régner la république islamique… La famille de Marjane est touchée au cœur, le grand-père a déjà été fusillé par la police du Chah, l’oncle Anouche est à son tour exécuté par les hommes du nouveau régime qui profitent de la situation critique que traverse le pays…

 

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« Persepolis » de Marjane Satrapi (1/4) : pas du goût des élèves !

Publié le par Eric Bertrand

                    Comme à chaque début de trimestre, j’accompagne mes deux classes de quatrième à la projection d’un film au cinéma, suite à quoi j’exploite ce film. Après « O’Brother », (auquel j’ai consacré une série d’articles) c’est au tour de « Persépolis » de Marjane Satrapi. « Histoire réelle » comme ont coutume de dire les élèves, héroïne adolescente, révoltée, scénario simple, images de BD puisant souvent dans le registre de la caricature, personnages attachants, scènes d’amour, d’école, de fêtes…

                    En somme, tous les ingrédients y sont et on pourrait croire que le film a captivé les élèves… Pas vraiment et ils sont même nombreux à demander : « Pourquoi vous nous amenez voir des films comme ça ? Pourquoi c’est en noir et blanc ? Pourquoi ils ont pas mis des vrais acteurs ? »… Quelle réponse fournir aux éternels insatisfaits ? Au moins l’occasion de renseigner le lecteur qui, lui du moins, saura écouter !


 

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Article du mois : Gainsbourg entre « vie héroïque » et légende...

Publié le par Eric Bertrand

Le lecteur de ce blog savait que j’attendais ce moment depuis longtemps... La sortie du film sur Gainsbourg ! et je me suis retenu pour ne pas y aller dès la sortie. Enfin, c’était hier soir et j’en sors très déçu... Je vais essayer d’expliquer pourquoi au fil de ces trois articles à venir, trois articles qui n’en font qu’un mais qui, pour des raisons de brièveté, seront répartis en trois temps.

                  La musique lancinante et troublante de « Valse à Mélody » et le film commence. Le petit Lucien, qu’on dirait échappé du film « Au revoir les enfants », le bruit des vagues et le bleu de l’eau...

« Je sais moi des sorciers indigènes qui invoquent les jets dans la jungle de Nouvelle Guinée, ils scrutent le zénith convoquant les guinées que leur rapporterait le pillage du fret (...) » *

                  Des frissons sur la peau à ces premières notes qui me renvoient à mon opus favori : « Histoire de Mélody Nelson ».  Tout semble bien commencer... Et puis le film ralentit. Série d’images convenues. Livres d’images qu’on tourne et qui laissent un goût de pas assez.                 

                 A vrai dire, chaque épisode, chaque texte mériterait une exploitation plus vaste, plus vigoureuse, un scénario, un film... L’enfance du petit Lucien, ses leçons de piano, ses ébauches, les dessins, les relations aux modèles qui viennent poser dans les ateliers d’art. Les débuts dans les bars, la rencontre de Boris Vian, la complicité entre l’auteur de « L’Ecume des jours » et le pianiste de bar, la liaison avec Gréco, la liaison avec Bardot, la liaison avec Birkin, la liaison avec Bambou, la confrontation avec les paras... Et les bandes sons qui se succèdent dans le jube-box... De petits joyaux mal chantés par les acteurs... on aimerait les vrais timbres.

                  Les personnages du film enfilent à la hâte le costume des chansons, incarnent des mots, des rythmes, des poèmes... vacillent sur le fond de musiques inaccessibles, devenues les échelons de ce « mode mineur » que le grand Serge daignait à la chanson. Même la gracieuse Laetitia Casta ne parvient pas à rattraper la légendaire et fulgurante Initials BB, surgie d’une « vision, dans l’eau de Selz ».

                   Le double méphistophélique de Gainsbourg, préfiguration de Gainsbarre, espèce d’impressario cynique ne me convainc pas ! Pas plus la figure de la «tête de chou » (artificiellement planté sur la figure de Serge comme une « tarte à la crème » servie dans la seconde partie du film) ! Pas plus la « Silver Ghost de 1920 » ensablée inexplicablement pendant un tournage de Jane avec Delon ! Pas plus « la Vénus d’argent du radiateur » dans la poche d’un Serge vieillissant, ramassé au coin de la rue de Verneuil par la police ! Le film ne rattrape pas les pages de la légende qui, pendant toute la projection, se réécrit lentement dans le fond des entrailles.

                « Où es-tu Mélody et ton corps disloqué hante-t-il l’archipel... »

                 Peut-être est-il vain de vouloir mêler dans un film la biographie d’un auteur et son œuvre ? Peut-être l’orchestre de la mémoire joue-t-il des morceaux devenus, au fil des années, trop complexes pour tolérer d’autres visages que ceux de l’imaginaire ? Difficile en effet de remplacer Marilou quand « elle s’endort sous la neige », Mélody qui a déjà « touché ces lumineux coraux des côtes guinéennes où s’agitent en vain ces sorciers indigènes qui espèrent en vain en des avions  brisés », Jane, « tombée du ciel » du haut de ses « amours des feintes »... 

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