Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

cinema

Article du mois : « Matrix » entre Alice et la Caverne de Platon

Publié le par Eric Bertrand

              Shakespeare, dont le théâtre est souvent basé sur les apparences, aurait très bien pu imaginer la situation baroque dans laquelle le film à effets spéciaux « Matrix » plonge le spectateur ! Quel est le message du film ? Il se pourrait bien que ce que nous voyons ne soit qu’un piège, un miroir déformant. « We are such stuf as dream, and our little life is rounded with a sleep » : « nous sommes de la même étoffe que les rêves et notre petite vie est nimbée de rêve »...

               Retraçons le synopsis : Néo, le personnage principal, « l’Elu », doit dès le début, « suivre le lapin blanc » pour trouver sa destinée... Nous voici d’emblée sous le signe de Lewis Caroll et de « Alice au pays des merveilles ». Savourons l’action, les poursuites et les combats nombreux, réglés comme des ballets, mais songeons aussi qu’il y a matière à penser « de l’autre côté du miroir » et de l’écran...

                De fait, Néo apparaît vite comme un initié qui doit rejoindre une communauté de « sages » dont le chef est un dénommé « Morpheus ». Ces sages lui livrent aussitôt une information essentielle – et éminemment philosophique – : le monde dans lequel les hommes « s’agitent » n’est qu’un leurre, une apparence qui occulte la Vérité. Au sein de cet univers artificiel, ils hommes ne sont que les éléments d’un programme qui leur échappe. Ils sont les pièces articulées d’une « matrice » et la matrice les « berce d’illusions » pour mieux les exploiter. Chaque individu fournit de l’énergie sous contrôle et si personne ne fait l’effort d’ouvrir les yeux, la machine tourne à plein régime...

Voici pour le synopsis qui indique le fonctionnement d’un état digne de n’importe quel totalitarisme (On songe au Big Brother de George Orwell)...

                  Tel est le fondement de tout le film qui repose sur ce système ambigu d’un monde qui en cache un autre. Pour n’importe quel apprenti philosophe, cette conception fait écho au vieux Platon et à son allégorie de la Caverne. Platon explique que les hommes, victimes de leur distraction, vivent enchainés au fond d’une caverne et prennent pour le Réel les ombres qu’ils aperçoivent projetées sur les murs de la caverne. Or, comme l’affirment Socrate (et le bon élève Platon !), la Vérité est ailleurs, là où brille le soleil, à l’extérieur de la caverne, sous le grand ciel bleu. Platon insiste : seul le philosophe, celui qui suit les enseignements de Socrate, peut prendre conscience du piège des apparences et alors se hisser, par un effort philosophique, vers le soleil de la Vérité...

                  Point d’effort philosophique dans « Matrix » ! « Matrix » n’est un film « intello » mais un vrai film d’action, destiné au grand public... Les combats succèdent aux combats, les bons résistent aux méchants, les héros sont beaux, élégants, doués, habillés sexy ! Mais le combat qu’ils mènent, l’énergie et la souplesse qu’ils déploient à tous les coins de rues, peuvent être décryptés comme la métaphore de l’activité philosophique. Néo doit tout tenter pour sauver l’homme et lui donner la clé de son salut et de sa résurrection... Même si la Vérité n’est pas belle à contempler !

                    Platon promettait le Soleil, Socrate apaisé, avec lunettes de soleil. Morpheus, comme les agents de la Matrice, porte des lunettes de soleil, mais il ne rigole pas avec la Vérité ! Le monde qu’a occulté la machine est un monde en ruines, couvert d’une poussière d’illusions. Rien à voir avec la Beauté et la vérité platonicienne à laquelle se réfère par exemple un poète comme Baudelaire qui en fait la référence absolue à ce qu’il appelle l’Idéal dont les plus belles choses sur terre ne nous donnent qu’une image imparfaite.

 

Voir les commentaires

« Elémentaire, mon cher Watson ! » : les Smith dans « Matrix »

Publié le par Eric Bertrand

Comme le fait judicieusement remarquer Jenny en commentaire de l’un de ces deux articles, des personnages inquiétants issus de la Matrice et nommés les « Smith » font écho à une œuvre que tout cinéaste cultivé connaît et a sans doute « fréquentée » au théâtre de la Huchette à Paris : « la Cantatrice chauve », jouée tous les soirs à la même heure devant un public souvent étranger et toujours conquis.

                Ionesco y met en scène le fameux concept de l’absurde que j’avais eu l’occasion il y a quelques années de revisiter à travers la pièce parodique du creux Loft Story : « Loft Historry 2084 ». Dans la pièce de Ionesco, deux couples (dont les Smith !) sont arrivés « au bout du rouleau » de la communication et dévident des propos tellement creux qu’ils n’ont aucun sens.

                Ce que Ionesco décrypte à travers les dialogues et les situations c’est l’effet pervers de l’usure du temps sur les relations de couple : à force de banalité, d’habitude, de lieux communs, la communication a perdu tout son contenu si bien qu’aucun des personnages n’écoute ce que lui dit l’autre, ce qui crée une suite décousue de propos cocasses. Le famuex « absurde » de théâtre. Le monde n’a plus de sens, les humains comme chez Beckett, sont devenus des ombres qui causent pour ne rien dire... Et quant on écoute les Smith qui se démultiplient et se clonent dans « Matrix » et qui « échangent » des remarques, on a l’impression que le dialogue frise le ridicule. C’est un dialogue cloné, un assemblage de paroles gelées qu’administrent ces machines à tuer, agents policiers de la dictature matricienne ! Il ne leur manque que le chapeau melon de l’inspecteur Watson ou la baguette du bobby !

  

-M.SMITH : Il y a une chose que je ne comprends pas. Pourquoi à la rubrique de l'état civil, dans le journal, donne-t-on toujours l'âge des personnes décédées et jamais celui des nouveau-nés? C'est un non-sens.
-MME SMITH : Je ne me le suis jamais demandé !
-
M.SMITH : Tiens, c'est écrit que Bobby Watson est mort.
-MME SMITH : Mon Dieu, le pauvre, quand est-ce qu'il est mort?
-M.SMITH : Pourquoi prends-tu cet air étonné? Tu le savais bien. Il est mort il y a deux ans. Tu te rappelles, on a été à son enterrement, il y a un an et demi.
-MME SMITH : Bien sûr que je me rappelle. Je me suis rappelé tout de suite, mais je ne comprensd pas pourquoi toi-même tu as été si étonné de voir ça sur le journal.
-M.SMITH : Ca n'y était pas sur le journal. Il y a déjà trois ans qu'on a parlé de son décès. Je m'en suis souvenu par associations d'idées !
-MME SMITH : Dommage ! Il était si bien conservé.
-M.SMITH : C'était le plus joli cadavre de Grande-Bretagne ! Il ne paraissait pas son âge. Pauvre Bobby, il y avait quatre ans qu'il était mort et il était encore chaud. Un véritable cadavre vivant. Et comme il était gai !
-MME SMITH : La pauvre Bobby.
-M.SMITH : Tu veux dire "le" pauvre Bobby.
-MME SMITH : Non, c'est à sa femme que je pense. Elle s'appelait comme lui, Bobby, Bobby Watson. Comme ils avaient le même nom, on ne pouvait pas les distinguer l'un de l'autre quand on les voyait ensemble. Ce n'est qu'après sa mort à lui, qu'on a pu vraiment savoir qui était l'un et qui était l'autre. Pourtant, aujourd'hui encore, il y a des gens qui la confondent avec le mort et lui présentent des condoléances. Tu la connais?
-M.SMITH : Je ne l'ai vue qu'une fois, par hasard, à l'enterrement de Bobby...

 

 

 

 

Voir les commentaires

« Matrix » entre Alice et la Caverne de Platon (2/2)

Publié le par Eric Bertrand

 

                  Tel est le fondement de tout le film qui repose sur ce système ambigu d’un monde qui en cache un autre. Pour n’importe quel apprenti philosophe, cette conception fait écho au vieux Platon et à son allégorie de la Caverne. Platon explique que les hommes, victimes de leur distraction, vivent enchainés au fond d’une caverne et prennent pour le Réel les ombres qu’ils aperçoivent projetées sur les murs de la caverne. Or, comme l’affirment Socrate (et le bon élève Platon !), la Vérité est ailleurs, là où brille le soleil, à l’extérieur de la caverne, sous le grand ciel bleu. Platon insiste : seul le philosophe, celui qui suit les enseignements de Socrate, peut prendre conscience du piège des apparences et alors se hisser, par un effort philosophique, vers le soleil de la Vérité...

                  Point d’effort philosophique dans « Matrix » ! « Matrix » n’est un film « intello » mais un vrai film d’action, destiné au grand public... Les combats succèdent aux combats, les bons résistent aux méchants, les héros sont beaux, élégants, doués, habillés sexy ! Mais le combat qu’ils mènent, l’énergie et la souplesse qu’ils déploient à tous les coins de rues, peuvent être décryptés comme la métaphore de l’activité philosophique. Néo doit tout tenter pour sauver l’homme et lui donner la clé de son salut et de sa résurrection... Même si la Vérité n’est pas belle à contempler !

                    Platon promettait le Soleil, Socrate apaisé, avec lunettes de soleil. Morpheus, comme les agents de la Matrice, porte des lunettes de soleil, mais il ne rigole pas avec la Vérité ! Le monde qu’a occulté la machine est un monde en ruines, couvert d’une poussière d’illusions. Rien à voir avec la Beauté et la vérité platonicienne à laquelle se réfère par exemple un poète comme Baudelaire qui en fait la référence absolue à ce qu’il appelle l’Idéal dont les plus belles choses sur terre ne nous donnent qu’une image imparfaite.

 

 

 

Voir les commentaires

« Matrix » entre Alice et la Caverne de Platon (1/2)

Publié le par Eric Bertrand

              Shakespeare, dont le théâtre est souvent basé sur les apparences, aurait très bien pu imaginer la situation baroque dans laquelle le film à effets spéciaux « Matrix » plonge le spectateur ! Quel est le message du film ? Il se pourrait bien que ce que nous voyons ne soit qu’un piège, un miroir déformant. « We are such stuf as dream, and our little life is rounded with a sleep » : « nous sommes de la même étoffe que les rêves et notre petite vie est nimbée de rêve »...

               Retraçons le synopsis : Néo, le personnage principal, « l’Elu », doit dès le début, « suivre le lapin blanc » pour trouver sa destinée... Nous voici d’emblée sous le signe de Lewis Caroll et de « Alice au pays des merveilles ». Savourons l’action, les poursuites et les combats nombreux, réglés comme des ballets, mais songeons aussi qu’il y a matière à penser « de l’autre côté du miroir » et de l’écran...

                De fait, Néo apparaît vite comme un initié qui doit rejoindre une communauté de « sages » dont le chef est un dénommé « Morpheus ». Ces sages lui livrent aussitôt une information essentielle – et éminemment philosophique – : le monde dans lequel les hommes « s’agitent » n’est qu’un leurre, une apparence qui occulte la Vérité. Au sein de cet univers artificiel, ils hommes ne sont que les éléments d’un programme qui leur échappe. Ils sont les pièces articulées d’une « matrice » et la matrice les « berce d’illusions » pour mieux les exploiter. Chaque individu fournit de l’énergie sous contrôle et si personne ne fait l’effort d’ouvrir les yeux, la machine tourne à plein régime...

Voici pour le synopsis qui indique le fonctionnement d’un état digne de n’importe quel totalitarisme (On songe au Big Brother de George Orwell)... La suite demain.

 

Voir les commentaires

« Ridicule » de la cour de Versaille au reality show

Publié le par Eric Bertrand

                              Dépéchez-vous d'aller voir le film intitulé « Ridicule ». Il vous raconte en 1 heure trois quarts la manière dont il fallait s’y prendre au XVIII° siècle pour gagner le pouvoir : user de son esprit.                     

                      Intelligent et efficace du début à la fin, « Ridicule » frappe le spectateur par son humour. Il le fait assister à cette comédie cruelle où, comme le dit Jean Rochefort, les mots deviennent de vrais révolvers. Et comme dans un western, les personnages n’arrêtent pas de flinguer tout ce qui bouge.                                 

                      Que les amateurs de costumes et de maquillages façon 18° ne s’enfuient pas, ils seront gâtés car le réalisateur a particulièrement soigné cet aspect de son travail. Ce n’est pourtant pas là l’essentiel. Il faut savoir gratter le vernis et reconnaitre que la vraie valeur du film se cache derrière les paillettes !

                       On pourrait aisément embarquer telle comtesse ou tel petit marquis venu de « Ridicule » dans n’importe quel réality show et lui promettre la gloire et les honneurs à condition qu’il daigne écraser son adversaire... Sans aucun doute il le fera, pas au couteau, mais avec la pointe d’un talon haut ! C’est là toute la force de cet inquiétant « divertissement ». On dit pourtant que « le ridicule ne tue pas » !

 

 

Voir les commentaires

<< < 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 > >>