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cinema

« Ridicule », de la cour de Versaille au bling-bling

Publié le par Eric Bertrand

                Après « Valse avec Bachir », revenons sur « Ridicule » auquel j’ai déjà consacré un article récemment (article du 5.11). Je propose au lecteur le bilan d’une activité qui me sert d’illustration en cours : en effet, j’explique aux élèves ce que le « jargon » appelle « la situation d’énonciation » : il s’agit de comprendre en quoi un même énoncé peut changer non pas son contenu mais son « style » en fonction du « destinataire » : la personne à qui on s’adresse... Je commence par un destinataire disons « adulte » puis, demain, je m’adresserai à un destinataire « ado ».

                     

                      P. Leconte dépeint avec une justesse implacable cette cour du Roi où l'esprit était une valeur recherchée. Une boutade bien placée, un calembour adroitement envoyé, une saillie drolatique tombant à point nommé, et c’était le succès et la gloire assurés. Rien à faire pour échapper à cet impératif : l’esprit de chacun est dans le collimateur du roi et sous l’œil de la caméra.

                      Intelligent et efficace du début à la fin, « Ridicule » frappe le spectateur par son humour acide. Il le fait assister à cette comédie cruelle où, comme le dit à peu de choses près le comédien Jean Rochefort, les mots sont les « révolvers d’un western » à Versailles. Le cow-boy du bon mot fait mouche s’il surprend son adversaire, mais si, par malheur, le bon mot lui fait défaut, alors il mord inexorablement la poussière.

                      Malgré la recherche systématique du raffinement, malgré la grâce étudiée des personnages et de leurs maquillages (la poudre neigeant sur la peau sculpturale de la marquise de Blayac dans les premières images) « Ridicule » n’est pas seulement une belle reconstitution historique. Bien plus que les références au passé, les références au présent y abondent. Les grilles du château de Versailles s’ouvrent sur le ballet des apparences. Derrière les rictus, pointe la convoitise exacerbée de chacun. Sous la pointe assassine, la volonté d’écraser un adversaire pour briller davantage et monter toujours plus haut, toujours plus loin. La cour, ce n’est pas Versailles, c’est Dallas, son univers impitoyable.

                         Les costumes, la poudre, l’éclairage sont d’un parfait effet. Ils donnent à ce film, profondément esthétique, un tremblement inquiétant. Les  personnages grimaçants de marquis et d’adroits courtisans écartent le rideau et laissent entrevoir le mécanisme de l’éternelle mascarade, du chatoyant « bling bling » qui fait tourner le monde.

 

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"Valse avec Bachir"

Publié le par Eric Bertrand

           Petite pause dans cette balade à La Rochelle qui reprendra d’ici quelques jours, le temps d’infiltrer quelques articles relatifs au cinéma et à son actualité récente. Les deux films auquels je me consacre ces jours-ci tournent en ce moment dans les cinémas de La Rochelle car ils sont programmés pour les lycéens et collégiens dans le cadre de leur ouverture au septième art. Commençons par « Valse avec Bachir ».

 

           Toute démarche impliquant la mémoire est à la fois intéressante et troublante,  notamment dans le domaine des œuvres d’art : cinéma, photographie, peinture, musique, littérature... Certains textes viennent immédiatement à l’esprit quand on réfléchit à ce domaine, à commencer par l’épisode à la fois anodin et quasi mystique de la madeleine de Proust... « Vous prendrez bien une tasse de thé ? Sucre ? Lait ? Biscuits ? Merci madame !... »

            Pas de tasse de thé ni de petits gâteaux mielleux dans le film d’animation documentaire primé au Festival de Cannes en 2008, « Valse avec Bachir ». En même temps qu’une plongée dans l’histoire récente du Proche Orient, le réalisateur israélien Ari Folman entraine le spectateur dans un douloureux parcours autobiographique.  Il choisit, en effet, non pas de raconter une histoire linéaire mais de reconstituer, à travers les « débris » de mémoire de son personnage, l’épisode insoutenable des massacres de réfugiés palestiniens de Sabra et de Chatila auquel, dans les années 80,  il a été, malgré lui, mêlé.

              Comme l’explique dans le film un psychanaliste ami du narrateur, il arrive parfois que des pans entiers d’une histoire personnelle soient ensevelis, évacués totalement de la surface du conscient au point de disparaître définitivement. Cette opération de négation du vécu s’explique en partie par le caractère insupportable de certaines expériences. Dans ce cas-là, si on peut dire que, chez Proust, le temps perdu est une fontaine enchantée dont la source est à libérer dans la « mémoire geyser » du narrateur, on peut dire aussi que, en ce qui concerne « Valse avec bachir », la mémoire est « une mine », une mine susceptible d’exploser si, au terme d’un effort courageux, le personnage entreprend de la déterrer avec l’aide d’autres témoins du drame qui, eux-mêmes, entretiennent avec le passé un rapport à la fois trouble et dangereux.

 

 

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« ll était une fois dans l’Ouest », une leçon de cinéma

Publié le par Eric Bertrand

 

                   Dans le cadre de la formation « Collège au cinéma », je démarre demain un cours d’introduction sur le maniement de l’image au cinéma et tout le vocabulaire technique qui l’accompagne. Les élèves ont besoin d’un support concret pour visualiser les réalités du champs-contrechamps, plongée-contreplongée, panoramique, travelling, gros plan -plan rapproché-très gros plans...

                   En revoyant récemment le très beau western « Il était une fois dans l’Ouest », j’ai trouvé que tout le film offrait une fabuleuse illustration à mes propos et donnait en même temps une très belle leçon de cinéma. Le spectateur ressent, face aux images, une véritable émotion esthétique qui lui donne l’envie immédiate d’y revenir, comme on peut ressentir la même envie de revoir un tableau, de réentendre une musique, de relire un poème...

                    Outre l’intérêt de l’histoire qui nous plonge à une époque où la liaison entre l’est et l’ouest des Etats Unis n’est pas encore établie (puisque l’intrigue repose en partie sur la construction d’une gare une terre située au cœur de l’Arizona que doit traverser la ligne de chemin de fer), outre la splendeur des paysages qui sont ceux des films de John Ford que Sergio Leone a retrouvés au cœur de Monument Valley, outre la musique ensorcellante d’Ennio Morricone, le réalisateur a su, tout au long de ces 155’ de film, créer une tension continue par la beauté et l’intensité des images.

                      Mouvements de caméras autour des acteurs, visages lumineux et magnifiés par les plans successifs, échange de regards, introspections, examen de l’adversaire par un ballet de champs contre champs... Autant de réussites qui glorifient les yeux petits et clairs de « l’Harmonica », (Charles Bronson), le visage de la madonne prostituée (superbe Claudia Cardinale), la bouche cruelle et toujours prête à cracher de Franck (Henri Fonda)...

 

 

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« Ridicule » au collège

Publié le par Eric Bertrand

 

 

 

           Chaque année, je profite de l’opération « Collège au cinéma » pour amener les élèves voir trois films qui méritent une réflexion au moins préalable. Ce premier trimestre, c’est « Ridicule », de Patrice Leconte, qui est à l’honneur.

           Pas un univers facile d’accès à première vue puisqu’il plonge le jeune ado illettré au cœur de la courtisanerie et de ces salons « post-précieux » dans lesquels se faisaient ou se défaisaient les réputations. A travers une image vigoureuse, l’acteur Jean Rochefort résume bien la situation : selon celui qui incarne un petit marquis, tout se passe un peu comme dans un western dont les colts seraient les bons mots.

           C’est dire le climat particulier qui règne entre les personnages. La légende veut par exemple que, sur son lit de mort, Louis XVIII, songeant à son successeur Charles X, ait lancé à ses médecins cette formule jolîment ambiguë et digne du film : « dépêchez-vous, Charles attend (charlatans) ! »

           On n’est plus à la cour de Louis XIV, mais on retrouve bien le climat de « la cour du Lion » si souvent évoqué par La Fontaine. Les singes et les léopards, les renards et les ours s’y font concurrence et rivalisent de moyens et d’artifices... C’est donc le masque d’une fête du bel esprit qu’il faut décrypter pour faire apparaître la vérité contemporaine du film : les élèves seront alors à leur aise. Avec un minimum de perspicacité, ils prendront sans doute plaisir à retrouver les jeux impitoyables des sociétés libérales qu’ils habitent, sociétés où l’intérêt personnel et le goût de l’argent l’emportent largement sur les qualités humaines.

           Et à cette occasion, relisons quelques-unes des Fables de La Fontaine qui demeure, plus que jamais, notre complice. Par exemple « la Cour du lion », « les Animaux malades de la peste », « les Obsèques de la lionne » ou encore « le Singe et le léopard ».

 

 

 

 

 

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« Dans la chaleur de la nuit »

Publié le par Eric Bertrand

 

 

« In the heat of the night »... Beau titre lourd de grand sud américain au début des années 60. Relents de Ku-Klux Klan et de William Faulkner, « Lumière d’août », « le bruit et la fureur » et, du côté cinéma, le terrifiant début de « La Ligne verte », ou encore le grinçant « o’Brother » et ses scènes ubuesques de Ku-Klux-Klan.

                 Mais rien d’ubuesque « Dans la chaleur de la nuit ». Au contraire, beaucoup d’implacable sobriété. L’histoire se passe dans une petite ville du Mississipi. Alors qu’il fait sa tournée après sa pause dans le traditionnel drugstore de bord de route, le shérif pile sur le cadavre d’un homme. A proximité de ce cadavre, un Noir qui passe immédiatement pour le coupable idéal.

                  La ségrégation raciale est immédiatement perceptible dans cette ville à proximité de laquelle on récolte encore le coton pour le bénéfice d’un grand propriétaire. Et dans cette plantation, de toute éternité, les serviteurs noirs sont dévoués et soumis au maître. Or ce coupable idéal, incarné superbement par Sidney Poitier se révèle être un officier de police réputé qui décide de mener lui-même l’enquête, en même temps que les Blancs. Eux souhaiteraient la bâcler, c’est là toute la différence de méthode...

                  L’évidence s’impose aussitôt, « le négre » a beaucoup plus d’intelligence, de tactique, de métier, d’élégance pour traiter l’affaire et comme la victime est un homme d’affaire important, la veuve réclame que clarté soit faite sur l’assassinat. Ainsi, comme le spectateur, elle reconnaît immédiatement le talent de ce policier qui soulève indignation et  haine dans les milieux influents de la petite ville. L’enquête va-t-elle céder la place au lynchage ? Dans la petite ville, il y a deux bus, deux vitesses et deux destinations... Rien ni personne ne semble pouvoir venir en aide à l’audacieux policier qui mène, à sa façon un combat à la Rosa Parks.

 

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