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civilisation ecossaise

Le baladin du monde occidental

Publié le par Eric Bertrand

L’Irlande à l’honneur mercredi soir au théâtre de la Passerelle où j’ai accompagné une petite cinquante d’élèves à l’occasion de ce qui devait être la dernière sortie au théâtre de l’année. « Le Ceilidh » excepté bien sûr. Curieuse coïncidence d’ailleurs que la programmation de cette pièce à cette période de l’année. Au début du XX° siècle, le dramaturge Synge évoque un milieu âpre, celui de l’Irlande rustique où les relations entre les êtres sont étranges, marquées par une forme de tragique.
              Cela m’a fait penser au film « The Field » du réalisateur irlandais Jim Sheridan. Un jeune homme arrive dans un village et proclame qu’il a tué son père, ce qui lui donne une aura et une stature qu’il n’avait pas auparavant. Les filles sont à ses genoux et se battent pour lui. Elles ont la folie des sorcières et, le comble, se jètent le même poulet à la figure… La nouvelle coqueluche trône dans le pub parmi les odeurs de tourbe, jusqu’à ce que le père le retrouve et rétablisse son pouvoir.
              Ce qui était amusant pour les comédiens du « Ceilidh » qui se trouvaient là, c’est qu’ils ont retrouvé un peu de cette atmosphère qui leur est désormais si familière : folie des personnages, éléments tragiques, noms à consonance celtique, nourriture et boissons (bière brune, bouillie d’avoine), vocabulaire qui évoque la nature omniprésente : océan, lande, falaise. Ce qui était instructif et même « formateur », c’était de savourer le jeu des acteurs, cette maîtrise de la voix, la gestion des silences, le travail du corps qui confine au mime (savoir bouger sur scène est un art), le sens de l’occupation de l’espace (jamais de disproportion, toujours une organisation quasi géométrique des figures du groupe), l’absence de complexe… A partir du moment où on occupe un rôle, on va jusqu’au bout, sans redouter le ridicule. Le public en sait toujours gré.

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Sinclair Girnigoe Castle (collection personnelle)

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Répétition du 19.04 : lapsus de Julie

Publié le par Eric Bertrand

Une pause avant de reprendre notre histoire de petite fée. C’est jeudi, consacré en général à la parenthèse répétition de la semaine. Petit comité de fin de période aujourd’hui avant les vacances et la confrontation avec les semaines décisives. Le temps de réaliser quelques arrangements sur des zones du texte que j’avais repérées la semaine dernière.          L’entrée en scène de Sheumas par exemple à la scène 2 : il faut contrarier cette tendance finalement naturelle qui consiste à dévider le texte trop vite. Le théâtre, c’est aussi l’art des silences. Sheumas entre sur scène, il ne dit rien mais déjà il s’impose par une présence… Sur l’échiquier, il dépose son fou et ricane tant que le téléphone n’a pas sonné. Difficile de ricaner, mais cela vaut la peine… Cela donne au personnage une dimension machiavélique. Il peut puiser dans ce rire des ressources pour le monologue qui suit, notamment quand il évoque les « pièces de son jeu », le jeu de la réalité : Heather, Max, les filles…Il joue même avec les nerfs de Ronald qu’on devine crispé à l’autre bout du fil quand il dit :
 
« Non, Heather n’a vraiment pas l’air inquiète ! Vous êtes bien sûr qu’elle soit enceinte !... En tout cas, elle n’en a pas l’air ! Je la connais bien, elle est d’un naturel volage ! »
 
              Autre « silence éloquent », à bien marquer, celui de Rebecca, lorsqu’elle récite la tirade de Lady Macbeth : elle s’empare de l’énergie du démon qu’elle invoque pour mieux se « désexuer » : cela passe par des moments rituels, trois exactement, qui sont autant de degrés qui conduisent à l’état de transe (souligné par le jambé).
 
« Venez, venez, esprits qui assistez les pensées meurtrières ! Débarrassez-moi de mon sexe ! Et de la tête aux pieds, remplissez-moi toute de la plus atroce cruauté ! Epaississez mon sang et fermez en moi tout accès à la pitié ! Venez à mes seins de femme prendre mon lait changé en fiel, vous, ministres du meurtre ! »
 
              On retrouve cette exaltation dans le deuxième moment où elle récite le texte, cette fois devant Ronald qui l’a reconquise. A la faveur d’un lapsus, on en vient avec Julie à proposer un dispositif intéressant du point de vue dramatique : autant la première fois elle s’adressait au public quand elle disait sa tirade, autant cette fois-ci elle s’adresse directement à son amant pour l’entraîner dans un vertige ambigu dont les connotations sexuelles ne sont pas absentes. D’autre part, le spectateur perspicace qui a déjà perçu le jeu inquiétant de Ronald comprend toute l’ironie tragique du propos : Rebecca ne sait pas qu’elle s’adresse à son propre assassin… Ecoutons l’effet du tutoiement dans le texte :
 
« Viens, viens, esprit qui assiste les pensées meurtrières ! Débarrasse-moi de mon sexe ! Et de la tête aux pieds, remplis-moi toute de la plus atroce cruauté ! Epaissis mon sang et ferme en moi tout accès à la pitié ! Viens à mes seins de femme prendre mon lait changé en fiel, toi, ministre du meurtre ! »
 
              Merci Julie de ton lapsus !

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Croft house and nature... (collection personnelle)

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« Veillée frissons » chez Mary

Publié le par Eric Bertrand

L’épisode du lutin nous a tous (les huit assistants et moi) troublés. Elle a débouché sur « une soirée frissons » pendant laquelle Mary nous a parlé de son fantôme. Pour ma part, j’ai évoqué John Sinclair et la Green Lady (personnages désormais familiers aux lecteurs de ce blog !), mais aussi les curieux événements liés à la petite ville de Dunbar (j’y reviens prochainement). A cette occasion, nous avons pris rendez vous pour une excursion dans le surnaturel dont je me propose d’être guide (Sandro ne sait pas s’il viendra, il aimerait mais il ne peut encore rien promettre…) Mais le clou de la soirée, c’est Véronique, pâle et taciturne assistante à Aviemore, qui a fini par le fournir… En fin de soirée, elle nous raconte une étrange histoire : un prof de la High school colporte non pas une affaire de lutin mais une affaire de fée… Une fée qu’une petite fille prétend voir de temps en temps, fée dont il détient une photo… Véronique assure avoir eu cette photo en main. Elle me promet de me la faire parvenir ! La petite fille a photographié son père dans une prairie, et on distingue, à côté de ce dernier, dans un angle, un point lumineux au ras de l’herbe. Après agrandissement apparaît une silhouette… Je joins demain le commentaire de la lettre qui accompagnait la photo ainsi que le précieux document dont vous excuserez la mauvaise qualité, étant donné le nombre important de copies qui en ont été faites.

 

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Le dernier lutin des Highlands

Publié le par Eric Bertrand

              D’abord une info pratique : Jenny vient de rénover le site, notamment dans la perspective de l’ouvrir à nos amis écossais qui ne parlent pas tous le français. Il devait être en ligne à l’occasion de la prochaine présentation du Ceilidh que je vais faire dans le Caithness : rappel de l’adresse : http://www.atelier-expression-artistique.com
.
 
              La question des lutins ne m’était jamais venue à l'esprit au cours des premiers mois de mon séjour en Écosse. Je reléguais tout bonnement ces créatures aux contes de fées que j'avais lus comme tout un chacun dans les livres merveilleux qu'on ouvre pendant l’enfance. Puis un jour, c'était à l’Ouest, du côté de Fort William, je rendais visite à mes amis assistants que l'assistant d'Allemand, Sandro, avait tous invités dans sa grande maison.
              La maison était en fait la propriété d'une vieille dame, Mary, jadis amie de sa mère. Elle était située au milieu des collines dans un petit hameau du nom de Spean Bridge. La  dame était très amicale avec nous et aimait à causer pendant que nous faisions la cuisine tous ensemble. Elle nous parlait de façon dégagée de sa vie et de « son fantôme », celui de son mari qui revenait régulièrement lui rendre visite, à côté de la grande horloge qui tapait le temps dans le salon. Nous la plaisantions gentiment.
              Le samedi après-midi, comme le temps se dégageait, et à l’invitation de Mary qui voulait se reposer, toute la bande décida d’aller faire une randonnée dans la montagne en face (il n’était jamais facile de sortir Sandro et ceux qui l’ont connu se souviennent encore de la phénoménale force d’inertie de ce garçon qui brassait pourtant tant de projets !).
              C'est au cours de cette randonnée que je me suis égaré et que j'ai vécu une étrange sensation… Arrivé tout en haut du Ben qui domine le pays, à cause d'un épais brouillard, j'ai perdu le reste de la compagnie (C’était l’idée de Sandro d’aller poser une pierre sur le cairn qui marque le sommet, mais il n’y est pas arrivé ce jour là ! Je me suis donc égaré, j'ai un peu paniqué n'ayant sûrement aucun repère (pas de portable à cette époque !) Les randonneurs connaissent ce stade critique de la randonnée, quand la nuit commence à tomber, et qu'on n'a plus aucun moyen de décider par où il faut aller… À ce moment précis, j’ai ressenti un souffle, presque une présence… La suite ?... Qu’est-ce que c’était ? Comment suis-je rentré ? Qu’en ont dit les autres ?...
               C'est exactement ce que je raconte en détails dans l'une des Nouvelles pour l'été, « comment je suis devenu marcheur ».
 
« Mais le plus étonnant dans cette première expérience de la marche à pied, c’est la conclusion que notre hôtesse apporta ce soir là, au moment de la veillée. « Tu sais où je t’ai envoyé te promener aujourd’hui… Je n’ai rien voulu te dire pour ne pas t’alerter, mais tu es allé dans le secteur où les gens d’ici disent avoir aperçu l’un des derniers lutins des Highlands. Il t’attendait, vois-tu, et il se pourrait bien qu’il ait voulu te jouer un tour en te voyant arriver là haut ! »  
 
Joking in the Highlands !

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Le vaisseau fantôme

Publié le par Eric Bertrand

C’est un jour de juin. Mon frère est venu me rejoindre dans les Highlands avec la ferme intention de découvrir LE PAYS. Je suis à Aberdeen, j’achève mes derniers cours à la fac, dis adieu à mes étudiants, et puis nous partons en direction d’un lieu hors du monde, Rhenigidale, ancien village situé sur la côte Ouest, déserté au siècle dernier par les exploitants chassés de leurs terres (épisode tragique plus connu sous le nom des « Highland Clearances »)
              Lieu difficilement accessible, le train, puis le car, puis la voiture de la poste (qui, à l’occasion, offre « un lift » au voyageur), puis la longue marche sur une petite route sinueuse, puis dans la lande… Une seule « boussole », la ligne du télégraphe, jusqu’à la mer où nous devons passer la nuit. Car il n’y a plus même un sentier jusqu’à Rhenigidale. Les rares habitants sont livrés par bateau.
              Lieu particulier, temps suspendu au-dessus de ces « croft houses » autour desquelles paissent encore quelques moutons et béliers dont les cormes, comme celles de licornes grotesques, brillent sous le soleil allongé du ciel du nord…
              Nous dormirons dans une croft house arrangée pour l’occasion en « auberge de jeunesse ». Aussi incroyable que cela puisse paraître, il y a une auberge de jeunesse dans cette solitude ! Les Ecossais vous dégotent de ces auberges de jeunesse comme je n’en ai jamais vues ailleurs ! Il faudra par exemple que j’évoque dans ce blog celle de Unst, tout au bout de l’archipel des Shetland…
              Mais ce qui retient notre attention à Mac et à moi (Mac, c’est le surnom amical que nous utilisons mon frère et moi), ce qui retient notre souffle, c’est surtout, à la fin de la soirée, du côté de la mer, cette vapeur qui monte des flots et cette soudaine impression d’une superposition des couches temporelles. Le temps passé pourrait bien venir écorner la page du présent et laisser glisser, ne serait-ce qu’une fraction de seconde, dans cette marge de lumière, la silhouette du drakkar fantôme dont nous a parlé le facteur au volant de la voiture de la poste… C’est en effet sur cette baie qu’il y a environ 1200 ans, les vikings ont pointé leurs vaisseaux…
 

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Mac in the moorland

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