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ecriture et reecriture

Un astre qui passe et quatre murs et un toit

Publié le par Eric Bertrand

Eté 2010 (205) [1600x1200]

 

                  Quand elle est sortie, la chanson de Bénabar « Quatre murs et un toit » m’avait tout de suite plu parce qu’elle me paraissait réussie et parce qu’elle avait des allures de fable : l’histoire d’une maison qui accueille diverses générations et qui finit par être vendue… Beaucoup de gens se projettent dans cette situation !

                  Aujourd’hui que mes parents vendent la maison familiale dans laquelle nous nous sommes régulièrement réunis au fil de longues années, elle prend une signification encore plus personnelle, notamment dans son dernier couplet.

                  Quand les acheteurs sont repartis après leur deuxième visite, le soir tombait. Les rayons du soleil mordoraient les vieux murs et découpaient les silhouettes des arbres devenus grands et presque chenus pour certains. Puis la nuit est venue. Ma fille, fatiguée comme les autres par les conversations, m’a entraîné vers la fenêtre et a attiré mon attention sur l’éclat particulier de la lune.

                   L’astre semblait échanger son propre rayonnement avec celui de cette maison qui poursuivait son voyage comme un astre décroché que nous allions soudain abandonner. Il emportait avec lui des étés et des Noëls lumineux, des journées en kyrielles, des visages et des silhouettes évanouis, des jappements de chien, des éclats de voix, des jaillissements d’eau de piscine, des départs, des larmes, des voyages et des retours aux sources.

                  C’est un peu comme dans ces « Empires de la lune » du baroque Cyrano de Bergerac où l’on voit les voyageurs s’éveiller à la conscience de la précarité des affaires humaines et poser un pied plus inquiet sur ce que le vieux Montaigne appelle « une branloire perenne », la Terre ! Nos destinées dessinent des filaments entre nos astres favoris : un pays, une région, un village, une maison, une femme, des enfants…

 

 

 

 

 

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Retour sur le blog

Publié le par Eric Bertrand

                 Les vacances tirent à leur fin et j’annonce aujourd’hui le retour régulier du blog. J’ai pendant cette période eu l’occasion de préparer plusieurs articles destinés en partie à ce blog et je profite de l’occasion pour en annoncer la teneur et, partant, le programme des articles à venir.

                  Je n’ai pas entrepris un « chantier » littéraire comme c’est souvent le cas en été. Mais j’ai beaucoup écrit d’articles dont le lecteur découvrira ici même le contenu au fil des jours. Il sera par exemple question du spectacle sons et lumières sur le Petit Prince, de maison de famille, de pontons au large de Toulon, d’expo Bardot à Saint-Tropez, de lectures, d’articles rédigés pour les Cahiers Pédagogiques, de chansons de Souchon, le tout émaillé sans doute de l’actualité à venir et des traditionnelles rubriques interrompues avec l’été.

                    A demain donc pour amorcer tous ces thèmes !

 

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Départ en retraite d’une collègue

Publié le par Eric Bertrand

                   C’était hier le pot de fin d’année et le départ à la retraite de nombreux bons collègues que nous avons pu célébrer avec émotion. J’ai pour ma part pris du plaisir à rédiger le petit mot suivant pour honorer ma collègue de lettres...

 

                   Le saviez-vous ? B. part en retraite ! Qu’elle veuille bien m’excuser cette confidence que je m’autorise à rendre publique, quand je pense à ce départ, me vient aussitôt à l’esprit le titre du beau roman de Julien Gracq qui est, le saviez-vous, l’un de ses petits chouchous littéraires, « un Balcon en forêt »... En littérature, c’est pas comme en classe, on a le droit d’avoir ses chouchous !

                  « Un Balcon en forêt » donc ... Quel beau symbole pour dire un départ en retraite ! Dans un environnement où le silence est un aliment que seuls savent goûter ceux qui en connaissent la saveur, B. est, comme l’un des rares personnages féminin du roman, un ange qui passe... Or, en Poitou-Charente, à Cognac comme à La Rochelle, c’est appréciable, nous avons droit à notre « part des anges »

                   Après avoir tiré la fine fleur... de sel... des élèves de l’île de Ré, elle s’est, tout au long de ces années au collège Beauregard (14 ans... comme le temps passe Brigitte !) dévouée à ces chères « têtes blondes » (qui ne sont, rappelons-le, pas tous des anges !)

                    Elle leur a ouvert avec patience et clairvoyance, les ailes d’un horizon pas forcément bouché... Et dans le rite sacré qu’implique tout passage (même s’il n’est pas en classe supérieure !) avec le rayonnement intérieur qui est le sien et qu’elle tâche de nous transmettre à présent à nous autres ses collègues, elle passe aujourd’hui le témoin.

                    Merci B. ! C’est donc pour toi aujourd’hui l’instant du « Balcon en forêt » !... Au seuil de cette retraite brillamment méritée, nous te laissons monter la voix et lever le regard vers d’autres chorales, moins discordantes que celle au milieu de laquelle, c’est promis, nous continuerons à nous agiter afin de faire de notre mieux... chorales où les anges n’ont ni casquettes, ni carnets de correspondance, ni rapports d’incidents !

                      Tu comprendras à quel point ces quelques lignes de Julien Gracq, (encore lui !) prennent à nos yeux une valeur métaphorique : elles diront mieux que moi tout le sens d’une retraite qui, n’en doutons pas, sera bien employée :  

 

« Au sortir de l’escalier sur les terrasses du château, comme sur le pont d’un haut navire engagé sur les houles, les splendeurs du soleil jusque-là seulement interprêtées par les dalles de cuivre, les minces ogives, les épaisses murailles de soie, se déployaient dans leur farouche liberté. »

 

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"Allez les Bleus !" au collège...

Publié le par Eric Bertrand

Il est des moments où la Littérature colle à la réalité... Dans « L’Organisme » il y a une partie consacré aux formes d’indiscipline au collège. Elle a été écrite l’an dernier, bien avant la déroute des Bleus... Son titre : « les 17 plaies »... Voici l’une de ces « 17 plaies », elle est d’une cinglante vérité car, aujourd’hui dans les couloirs et dans les classes, ça parlait encore plus de foot !

 

Plaie VI

Parler à tort et à travers du foot

« Allez les Bleus !... »

 

 

Jérémy Chanteclerc n’a pas encore la crête sur le crâne et il monte volontiers sur ses ergots, mais ce matin, il a franchi un seuil dans le poulailler… Le poitrail bombé, il a enfilé un tee-shirt Coq Sportif flambant neuf et il agite les rangs à propos du match de la veille au soir.

« On n’a pas été très bons ! Mais il nous reste une petite chance ! Faut nous soutenir ! ».

Dans l’espace du couloir, au moment d’entrer en salle, l’œil préoccupé, il cultive sa dignité et campe sur ses deux pieds, comme sur sa position, avec des airs d’arbitre. L’heure a sonné, il consent à laisser passer tous les autres. Il n’a pas de sifflet entre les dents, mais il geint par intermittences.

Pendant la première partie du cours, il a la tête dans les poings. Télécharge le film du match. Son pied sous le bureau tire dans la lucarne de la mémoire. Son doigt tambourine sur le bois du bureau.

Puis tout ça finit par lui monter à la tête ! Il s’agite, le cahier est une banderole, le stylo un carton jaune. Coup d’épaule à gauche, coup d’épaule à droite, coup de sifflet. Boulette de papier, shoot ! Premier avertissement :

« Qui a osé ? ».

C’est de notoriété publique, Chanteclerc excelle dans l’art du dribble !

J’ai le poil dressé et une montée d’adrénaline ! Je fais quoi ? Je botte en touche ou je tire au but ?

« Monsieur, vous avez vu le match d’hier ? ».

Il dit ça avec son air piqué à la Domenech.

« Chanteclerc, j’en ai assez que vous nous ennuyiez avec ça ! Vous descendez chez les surveillants et je remplis un rapport ! »

Doménech ne se contrôle plus ! Il saisit son « cartable », une poche sur lequel il a peint un liseré bleu blanc rouge. La salle est un stade. Il souffle, cherche l’inspiration, la trouve sur le drapeau de ses baskets, lève les bras au ciel, incline le torse et quitte le terrain en petite foulée sous les rires et les bravos des supporters. Je le rappelle :

« Quand vous aurez fini de vous donner en spectacle !... »

Je finis de rédiger le rapport et demande au délégué de l’accompagner.

« Monsieur, vous n’avez qu’à écrire : « Allez les Bleus ! » sur votre rapport !... Qu’au moins, ça serve à quelque chose ! » 

 

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Novlangue au collège

Publié le par Eric Bertrand

                     Langue SMS, orthographe saccagée, vocabulaire anémique, mots exsangues, les copies que je ramasse sont avalées par la marge... Et c’est sans citer les dérives de l’oral, la multiplication des mots passe-partout qui servent une politique du moindre effort : des exemples ? Le mot « genre » qui remplace tout autre adjectif, ou la formule conclusive « voilà » à la place de tout raisonnement construit, ou encore le cache-misères « en fait », (très populaire au moment de l’oral du bac !), cheville pour enfoncer un clou mou !

                      Consterné par le niveau de connaissances de mes élèves de collège et par la pauvreté de leur lexique, harcelé par leurs sous-entendus ou agressions directes : « vous parlez une autre langue que la nôtre », « vous parlez trop », « vous faites des phrases ! »... je m’interroge sur le discours oral et adopte un peu la position du linguiste qui observe un phénomène, et ce phénomène est l’appauvrissement de la langue.

                        J’explique à mes élèves que je ne suis pas là pour employer un français de cour de récréation, que mon rôle et mon combat, c’est de parler « la langue de Molière » et que si je ne le fais pas, je ne vois plus l’intérêt d’enseigner. Cette langue porte la belle pensée des grands textes, elle facilite l’accès à la Littérature à laquelle tôt ou tard ils auront à se colleter... Elle cherche surtout à traduire dans toute sa subtilité la variété de la Pensée.

                        Dans cette optique, je viens de relire le petit appendice que George Orwell ajoute à son célèbre roman d’anticipation « 1984 » : le novlangue... L’auteur explique comment cette nouvelle langue qui s’impose dans un avenir proche est un moyen supplémentaire que choisit un état totalitaire pour imposer une pensée unique, propice au musellement des libres penseurs. Pensée « désydratée » telle que je l’avais présentée dans « Loft History 2084 »...

                            Le fait que le choix des mots fût très restreint y aidait aussi. Comparé au nôtre, le vocabulaire novlangue était minuscule. On imaginait constamment de nouveaux moyens de le réduire. Il différait en vérité de presque tous les autres en ceci qu’il s’apppauvrissait chaque année au lieu de s’enrichir...

 

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