Le poète parmi les hommes : la descente de l’albatros sur le pont du navire est clairement assimilée à une chute dans le monde des hommes. La synecdoque
« planches » (le pont du bateau) renvoie à la fois au monde du théâtre et au monde des hommes. Ce niveau d’existence s’accompagne d’une dégradation systématique et à un jeu
d’antithèses : « rois de l’azur / maladroits et honteux », « piteusement / Grandes ailes blanches (...) avirons / Voyageur ailé (...) gauche et
veule / (...) Si beau / Comique et laid ». Du vol inimitable du roi ou du prince, on est passé à l’imitation bouffonne de « l’infirme ». Les
« hommes d’équipage » mettent en scène ce carnaval improvisé en multipliant les effets grotesques : cette lourdeur et cette vulgarité sont soulignées par des sonorités heurtées
(allitérations en « k » ou « g » dans le Q3 : en chiasme au vers 11 : « L’un agace son bec avec un brûle-gueule », par l’usage de mots
crus : « brûle-gueule » ou de tournures exclamatives qui font entendre l’agitation des marins (« huées »).
Conclusion : selon Baudelaire, le poète n’est pas à sa place dans la société. Il souffre et n’est pas compris. Il fait
partie de ceux qu’on appelle « poètes maudits » dont les thèmes sont jugés scandaleux par de nombreux contemporains. S’il reprend le cliché romantique du poète incompris, il le traite
avec une plus grande froideur car, à aucun moment, il n’utilise le « je ». Cette froideur est représentée par une autre tendance de la poésie à cette époque : le Parnasse, à
laquelle se rattache Gautier : lire par exemple le poème très proche : « le Pin des landes »
Dans l’édition de 1861, ce poème précède naturellement celui qui porte le nom de « Elévation ». Il célèbre la liberté du poète lorsque celui-ci parvient à se libérer des contraintes
terrestres. Quatre quatrains à rimes croisées dont le dernier est destiné à fournir la clé de l’interprétation du poème.
Le poète est un majestueux oiseau de mer (voir « l’homme et la mer ») : le poème est fondé sur une comparaison explicitée dans la quatrième strophe. Toute la
description de l’albatros est donc à décrypter à travers le rapprochement avec le poète. La personnification de l’oiseau se construit à travers les trois premières strophes : « roi de
l’Azur », « voyageur ailé ». La noblesse de ces images est en lien avec la périphrase du vers 13 : « prince des nuées « . L’envergure signalée à
travers l’hyperbole « ailes de géant « au vers 16 confirme l’impression majestueuse qu’exprime l’oiseau en plein vol.
Le poète connaît la plénitude au moment du vol : le ciel est à comprendre comme ce que Baudelaire appelle l’Idéal. Le poète et l’oiseau parfaitement à leur aise dans
« la tempête » : le verbe « rire » indique le « jeu » auquel il se livre par la grâce de son talent. Le mot « archer » connote la violence et confirme
l’impression de légèreté du poète, capable de faire ce qu’il veut tout comme l’albatros qui joue avec les courants ascensionnels. Au Q1, l’albatros est décrit dans un mouvement d’élévation qui
lui est rendu possible par le biais de ses ailes comme le souligne le choix de l’adjectif « vaste oiseau des mers ». On peut reconnaître là comme un glissement de sens (un hypallage) du
mot océan au mot oiseau. (C’est l’océan qui est vaste...) Par ailleurs, cette élévation est marquée dans le rythme des vers (enjambement des vers 2 et 3). Cette grâce du vol est d’autant plus
nette qu’elle s’harmonise avec le mouvement du navire, tout en douceur et en fluidité comme le signalent les allitérations en « s » et en « f » du vers 4. Cette euphorie est
d’autant plus nette qu’elle est fondée sur un système antithétique qui oppose la grâce au ridicule, la noblesse au grotesque, le ciel à la terre (le pont du navire).
Qu’est-ce que « l’allégorie de la caverne » ? Sous la forme d’un dialogue philosophique, Platon explique
d’abord que les hommes sont comme ligotés dans une grotte et que, dans cette situation, ils ne peuvent ni bouger, ni tourner la tête, éternellement condamnés à « subir » la réalité qui
leur est imposée, cellede projections qui passentsur le mur auquel ils font face. Dans cet état d’asservissement qu’ils ne peuvent comprendre, ils ne connaissent rien de l’origine
véritable de ces faux-semblants : « la lumière d’un feu qui brûle sur une hauteur loin derrière eux », « des hommes qui portent toutes sortes d’objets fabriqués qui
dépassent le muret »...
Cette situation d’aveuglement ne pourra leur apparaître « au grand jour » que si l’un d’entre
euxrompt les lienset se
retourne «vers ce qui est réellement ». Ce prisonnier libéré, qui comprend soudain « qu’il ne voyait que des lubies » souffre immédiatement de
l’intensité de lumière au point d’en avoir« mal aux yeux »et de vouloir s’en retourner « vers ces choses qu’il est en mesure de distinguer ». Il lui faut le temps de s’habituer à
ce changement de perspective s’il veut aller plus loin et contempler le ciel et ses astres. Alors, « se remémorant sa première habitation », il finit par se réjouir et par
plaindre les autres. Mais à ce moment, l’ex-prisonnier n’est plus comme les autres hommes, il est un marginal qui s’est, par l’audace de sa démarche, mis en danger.
En cette fin d’année, alors que mes élèves vont « voler de leurs propres ailes », et que je vais partir
pendant environ trois semaines faire passer des oraux, je propose de publier dans les jours qui viennent certainséléments
de coursque j’ai pris plaisir à faire. D’abord un cours de BTS sur le film Matrix puis un cours sur un
choix de textes de Baudelaire...
J’ai évoqué dans un autre articlece
filmd’action philosophique(j’aime ce genre d’oxymore). L’un de mes étudiants étant intéressé par « Matrix », j’ai construit ce cours afin de travailler la
partie « Culture générale » !
Ce titre ne désigne pas un maquillage ou une quelconque ironie. Il s’agit de revenir sur le sujet donné à l’examen la semaine dernière en classe de
BTS sur le thème du rire. Les étudiants ont eu cette année à réfléchir sur deux thèmes : le sport et le rire.
C’est le rire qui a éclaté au grand jour et
sur lequel je propose au lecteur de bien vouloir se pencher à travers les documents ci-dessous disponibles.
Littérature, écriture et voyage. Comment la lecture et le voyage nourrissent-ils la pensée et suscitent-ils, en même temps que le plaisir, la curiosité, l'écriture ?
Lien vers l'ensemble de mes livres :
http://ericbertrand-auteur.net/