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cinema

Ponyo sur la falaise

Publié le par Eric Bertrand

          « Ponyo sur la falaise » n'est pas simplement un « dessin animé », ni un conte merveilleux qui raconterait l'amour entre deux êtres de nature différente. C'est avant tout une méditation sur l'ordre de la nature et le fragile équilibre d'un monde « nacelle » - « balançoire » dirait Montaigne - qui balance entre trois éléments : l'Océan, la Terre, le Ciel.

            Tout au sommet d'une haute falaise, habite le petit Sosuke avec sa mère. Le père est marin, il passe souvent au large des rochers avec son bateau et ne rentre pas beaucoup chez lui. Pour aller en ville, il faut longer une route sinueuse et escarpée qui longe le grand Océan. Et ce trait « onduleux » qui sépare le bitume des vagues est un vrai symbole, une marge irrisée de réflexion : ligne de démarcation entre deux univers en constante opposition, le monde des hommes et le monde des forces maritimes. Par la route arrivent les voitures, les véhicules de civilisation, par la mer, parfois bleue, gracieuse, « qu'on voit danser », arrivent les forces troubles, poétiques et violentes, inaccessibles...          
             Comme dans certaines mythologies qui indiquent à quel point il est dangereux pour un homme de se mêler de l'au-delà, l'histoire souligne le risque qu'il y a pour Susuke d'accepter l'amour incommensurable que lui voue la petite créature marine qu'il baptise aussitôt « Ponyo ».
             Le tsunami n'est pas loin et menace la ville. Une fracture est ouverte et l'ilôt de civilisation risque d'être aussitôt ravagé. A moins que l'impossible ne se produise, à moins que la force du sentiment soit assez vaste pour favoriser un renouveau et balayer tous les « a priori ». Le garçonnet de cinq ans a le cœur pur et l'étoffe d'un héros. La dénommée Ponyo a la passion chevillée au corps et, dans le rouge des écailles, lui poussent des mimines capables d'embrasser son amour et la force de son engagement.

            Et puis, tout le monde s'y met, même les vieilles dames dont la maman a la charge à l'hospice : ces malheureuses percluses de rhumatismes et de douleurs diverses, retrouvent une seconde jeunesse et adressent un hymne d'espoir au ciel redevenu bleu.

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La journée de la jupe (4/4)

Publié le par Eric Bertrand

             Pendant le cours, l’enseignant est comme Job. Il consent à se laisser déposséder de ses richesses (intérieures !) pour les achalander souvent dans le souk de la vulgarité ou de l’indifférence. A la différence de la professeur du film, il ne saisit jamais un flingue et livre inlassablement le même combat au nom de cette richesse qu’il veut transmettre à tout prix. D’ailleurs, quand elle a la situation en main, la première chose que la prof veut faire apprendre et répéter au caïd, c’est le nom de Molière !  

              Car c’est un fait, l’élève qui n’a pas envie d’apprendre n’apprendra pas. Bien au contraire, il se bute et, entre les deux directions devant lesquelles hésite l’âne de Buridan, contrairement à l’âne, il n’aura pas de mal à choisir la voie du refus. C’est celle dont il sait pertinemment qu’elle le mènera à une victoire sur le système qui assurera davantage son rang de caïd.

              Le proviseur le dit clairement aux journalistes dans le film : « nous n’avons aucun moyen de pression sur ces élèves. » Les élèves sont là, bons ou mauvais plants à chauffer au coin des radiateurs ou sur un coin de pelouse... Ils sont là, ils viennent, ils ne viennent pas, ils travaillent, ne travaillent pas, de toute manière, le passage en classe supérieure est un acquis, la scolarisation est obligatoire et puis le bac est accordé à 100% d’une classe d’âge... C’est un projet politique récemment étendu au niveau de la licence : 70% de réussite d’une classe d’âge !...

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La journée de la jupe (3/4)

Publié le par Eric Bertrand

              Dans les premières réactions que j’ai pu entendre, évidemment, certains crient au scandale, à la schématisation, à la stigmatisation de la banlieue... Tous les gamins ne sont pas comme ça ! Il se passe des choses dans les établissements de banlieue sans que les enseignants en viennent à braquer leurs élèves pour se faire écouter...

              Néanmoins, le film me paraît juste parce que, justement, le cadre qu’il a choisi dépasse le cadre de la banlieue et prend une valeur de symbole. Derrière la jupe et sous la « dentelle » des sourires salivés, il y a toute la question des corps qui s’expriment au collège.  Des corps qui se cherchent et s’affirment dans le malaise et parfois la provocation.

              Car l’établissement scolaire est le lieu du regard exagéré. Rien n’échappe à l’œil et à la critique souvent méchante, sournoise en tout cas. C’est l’un des thèmes de mon nouveau livre, et j’y reviendrai autrement, c’est promis.

              Autre aspect, dans le film, l’enseignante revendique les valeurs laïques. En cours, et dans l’ensemble des matières, nous avons pour mission de brandir devant nos élèves le fameux étendard des « valeurs citoyennes ». Que savent-ils encore de l’Islam, de la Bible, de la rencontre des cultures et de la vie en société ? Qu’est-ce que le nazisme ? Le génocide ? Si peu de choses en somme, sinon les clichés, et les clichés ont la vie dure... A suivre.


 

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La journée de la jupe (2/4)

Publié le par Eric Bertrand

            Le film braque le projecteur sur un ensemble de problèmes qui vont bien au-delà de ces conflits d’apparences. Essayons dans un premier temps de les répertorier...

            Le choc entre les cultures, la violence, les compromissions éducatives, la gestion des bons élèves et la gestion des « cas » difficiles, la délinquance, les rapports garçons-filles, profs-élèves, le problème de la transmission du savoir, l’enseignement des « classiques », la référence aux textes constitutifs de notre culture : et d’abord, quels textes ? Molière, Hugo ? Rimbaud ? (Les élèves rient bêtement à ce nom et pensent à Rambo) Quel sacré ? La Bible ou le Coran ? Et puis quelle langue ? La langue littéraire ? La langue utilitaire ? La langue de la rue ?

            Bref, ce court film à effet (une prof de français se sert d’un flingue pour gagner la parole et le pouvoir), d’une extrême simplicité dans son scénario, m’a tout l’air d’une fable et en tant que tel donne à réfléchir sur l’éducation. A suivre...

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La journée de la jupe (1/4)

Publié le par Eric Bertrand

           « Journée de la jupe » ? C’est le titre du film dont on parle beaucoup cette semaine. Pour les besoins de mon prochain livre, moi qui m’interroge beaucoup sur le « métier et le milieu », je n’ai pas manqué ce film qui fait événement. Essayons de voir ce qu’il y a « sous les jupes des filles » comme le scande une chanson connue !

           Tabous sur le port de la jupe ou de quelque autre accessoire susceptible de constituer une atteinte aux bonnes mœurs de nos adolescents fiévreux ? Sujet qui dérange ? Mouchoir qu’on met sur les yeux ? Voile pudique ? J’exerce dans un établissement de ville balnéaire et les jeunes filles qui manoeuvrent pour déjouer la vigilance de leurs parents sont plus nombreuses que celles qui n’osent pas soigner leur tenue dans le but d’éviter des représailles.

           Cette thématique du tabou vestimentaire est en tout cas l’une de celles qui motivent le film « la Journée de la jupe ».  Isabelle Adjani y incarne une prof « rebelle » qui ose affirmer sa féminité face à « la meute ».

            Essayons d’aller plus loin, et de soulever un coin du voile autrement qu’à la manière du vent fripon que sifflait Brassens dans une chanson à son époque aussi leste que celle de Souchon...

 

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