Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

ecriture et reecriture

Atelier d’écriture : conte collectif (2/2)

Publié le par Eric Bertrand

Voici donc comme annoncé hier la rédaction du conte collectif imaginé par des élèves de sixièmes.

 

             Sur le bord du grand Océan, dans une maison de coquillages, Marine et Marin vivaient heureux. Ils s’amusaient bien ensemble car ils avaient la passion de la mer et ils riaient souvent, leur chien Martin et leur chat Sacha à leurs trousses. Marine portait un jean vert océan qui plaisait beaucoup à Marin. Ce qui faisait le bonheur de Marine, c’était le drôle de chapeau que portait toujours Marin. Elle ne savait pas bien pourquoi, mais ce chapeau avait le don de la faire rire.

              Un jour, un grand vent s’abattit sur le rivage et fit s’envoler le chapeau. Plus une trace de lui ! Un pauvre fétu de paille évanoui ! Marine pleura beaucoup. Quant à Sacha, il ne daignait même plus se lever pour réclamer sa pitance. Même le bon Martin, naguère si joyeux, restait prostré dans un coin de la maison et levait à peine les yeux quand on l’appelait. Finis les jeux sur la plage ! Marin errait tout seul sur le rivage et son chapeau lui manquait à lui aussi ! Qu’allait-il faire désormais ? Le ciel était plombé, une sinistre bruine tombait obstinément sur la maison de coquillages.

              Il s’assit, la tête entre les mains, tout contre les « murs » de sa maison et prêta l’oreille à ce qui se disait dans sa conscience et dans le creux des plus gros coquillages qui tapissaient les parois.

Avez-vous déjà prêté l’oreille à un coquillage ? On n’entend pas que la mer !...

Soudain, son esprit s’alluma. Son chapeau avait tout simplement dû s’envoler, emporté par une bourrasque. Il irait donc le rechercher lui-même !

               Sans plus attendre, il bondit sur sa pirogue. La mer était calme, presque verte, d’une teinte amoureuse, un peu comme le jean de Marine ! Il pagaya vigoureusement en direction de l’île qu’il voyait de son rivage : peut être le chapeau avait il volé jusque là… Soudain, alors qu’il donnait un coup de rame un peu plus fort que les autres, il vit se dresser en face de lui la figure du Dieu Poséidon. Les coquillages qui le connaissaient et le décrivaient souvent dans leurs récits affirmaient qu’il fréquentait ces eaux, mais Marin ne l’avait encore jamais vu ainsi. Il fut impressionné par la massive silhouette qui se dressait devant lui.

« Ne t’en fais pas, mortel. Ton chapeau n’est pas perdu ! Il a simplement atterri sur l’île des vaches sacrées, juste en face !... Rassure-toi ! L’une d’elles a voulu l’avaler mais elle l’a seulement ruminé avant de le rendre à la prairie et au vent. Si tu le trouves, tu obtiendras en supplément le présent de la vie éternelle car c’est désormais la salive et l’estomac d’un Dieu qui le protègent ! »

               Et sans autre explication, Poséidon replongea vers ses abysses. Marin sentit sa force redoubler. Il eut vite fait d’atteindre l’île. Décidément, les dieux étaient avec lui car sitôt qu’il eut posé le pied à terre, un vent se leva et lui amena, dévalant les lointaines prairies, le divin chapeau ! Il eut envie de l’embrasser tant il débordait de joie. Du reste, dès que le chapeau se posa sur sa tête, il se sentit un autre homme. Sa tête, ses bras, ses jambes avaient acquis une puissance extraordinaire. Le temps de le penser, il était sur le bateau, il était sur la mer, il était devant la maison de coquillages.

                 Le jour se levait à peine. C’était à nouveau un jour de grand soleil et l’océan roulait des vagues fines et belles, comme des lèvres maquillées. Des sourires de vagues, pensa Marin ! Et soudain, la porte de la maison s’ouvrit et Martin bondit sur lui en jappant. Sacha était monté sur le dos de son compagnon et, par goût du jeu, il attrapa le chapeau sur la tête de son maître. Alertée par le vacarme, Marine était sortie sur le pas de la porte. Un grand sourire illuminait sa face. Sacha lui avait mis le chapeau sur la tête et tournait entre ses jambes, tout fier de lui.

« Comme il te va bien ce chapeau ! s’exclama Marin, coiffée de la sorte, tu as l’air d’une véritable déesse, et je pèse mes mots ! »


 

Strathmore on a very sunny day

Voir les commentaires

La machine (proposition de correction du sujet d’écriture)

Publié le par Eric Bertrand

Comme le narrateur de « la Colonie Pénitentiaire », vous êtes responsable d’une machine très particulière dont vous présentez le fonctionnement à un auditeur. A travers un paragraphe explicatif, vous décrirez cette machine et vous expliquerez dans quel but elle fonctionne (attention à bien varier les expressions du but)

Consignes : vous avez le droit de vous servir du cours. Vous devez tenir compte des éléments du barème ci-dessous et les coller sur votre page de garde.

 

- Originalité et imagination. (4)

- Respect de l’énonciation (discours à un auditeur qui est là pour s’informer) (4)

- Expression écrite. (4)

- Respect de la forme explicative. (2)

- Utilisation d’au moins deux formes pour exprimer le but. (2)

- Orthographe. (2)

- Présentation et mise en page. (2)

 

 

             Le collège venait de m’exclure une seconde fois pour « usage abusif de MP3 ». Je traînais mon ennui dans un salon du multimédia et des nouvelles technologies lorsqu’un exposant à l’air empressé m’aborda :

              « Jeune homme, accordez-moi cinq minutes d’attention, le temps pour moi de vous présenter un appareil qui va bouleverser vos habitudes de collégien... Car vous êtes collégien, n’est-ce pas ? Je vois ça à votre mine et à votre air désoeuvré !... Le collégien se sent décomposé sitôt qu’on le prive de sa bande de copains et de copines, je le sais bien ! Eh bien, quand vous allez les revoir, ils ne vous lâcheront plus, c’est moi qui vous le dis ! En effet, si vous m’écoutez bien, vous allez être en mesure de leur présenter à votre tour tous les avantages du « MP4 spécial collège » que voici !

              La première caractéristique de ce MP4 spécial collège, c’est que, sitôt que son propriétaire le souhaite, il devient parfaitement invisible, de sorte qu’on puisse l’utiliser pendant tous les cours. La matière organique qui le constitue est à base de tissus de caméléon, aussi, le corps central de l’engin épouse-t-il entièrement le milieu dans lequel on le pose : la paume de la main, voyez ma main, la trousse, le papier quadrillé de la copie ou du cahier, le bois du bureau. Le fil, comme les oreillettes qui assurent l’écoulement voluptueux de la musique dans le fin fond de votre conduit auditif et de votre imaginaire sont, de surcroit, également transparents.

              Le prof qui circule à cinquante centimètres de votre table ne peut les remarquer. Vous savourez les derniers airs à la mode téléchargés la veille et il vous trouve invraisemblablement attentif, il vous sourit même, et vous lui rendez un sourire d’enfant comblé !... Le plaisir du son associé à celui, plus délicat, de la traîtrise !

              Attendez, ne souriez pas si vite ! Touchez donc ce fil… La matière qui le compose possède la propriété suivante : elle réagit aux voix et analyse le son pour le restituer sous une autre forme… Un exemple ? La voix du professeur, en général forte et nerveuse, produit une vibration particulière qui est du meilleur effet sur la musique… Sans le savoir, le prof devient DJ et crée spontanément et sous vos yeux ravis des mixtes exclusifs !... Les maths à la sauce Tokyo Hôtel, l’anglais à la sauce Britney Spears, Kafka et Marivaux à la sauce techno.

              Une dernière chose, ce matériel qui allie astuce et haute technologie est pourvu d’un détecteur de malveillance placé juste au-dessous du fil d’alimentation. A la moindre tentative de larcin, une petite mâchoire en latex s’extrait de l’habitacle afin de mordre l’assaillant et de lui enlever toute envie de recommencer !

               Bref, équipé de ce nouvel appareil, je vous garantis des heures voluptueuses et paisibles au sein de votre collège ! 

Valley of Strathmore.

Voir les commentaires

Souchon rencontre Baudelaire

Publié le par Eric Bertrand

Suite aux demandes de certains et certaines d’entre vous, je publie ce matin un article autour d’une autre chanson de Souchon…

 

           Appartement surchauffé. Ventilateur. Métro. Zone… « A la fin, tu es las de ce monde ancien… »

           Tu avances vers le jardin public. Il fait chaud. Des ribambelles de gamins poursuivent une petite balle même pas ronde. Entre deux arbres, au coin de la pelouse, une espèce de gardien de but exécute une drôle de parade. Ballon hypnotique, gant de velours, gestes faussement câlins.

           Un couple est allongé dans l’herbe, herbe échauffée, herbe fumée. Pas d’herbe cendre au cœur de l’après-midi de juin…

           MP3 aux oreilles, tu écoutes Souchon.

           Toi aussi, tu balances des coups de pied dans une petite boite en fer.

           Sur un banc, les souliers noirs posés sur le sable du sentier, un étudiant africain lit « les Fleurs du mal ». Tu as toujours aimé regarder ce que les gens lisent. Tu te souviens du poème « A une passante », naguére appris par cœur pour épreuve de récitation… La rue assourdissante ! Piaillerie du jardin public. Au fond le galop des chevaux de bois et les enfants qui tournent.

« Un éclair puis la nuit, fugitive beauté dont le regard m’a fait soudainement renaître ».

           La bande des gamins se précipite, la drôle de balle frôle le banc. C’est un ballon « révolver et chapeau clown ».

          « Allo maman bobo… », fin de plage.

          Conduit complice, lobe de l’oreille, coup de pied, but !... Nouvelle plage : Souchon, « le Mystère ». La nuée est allée piailler du côté des deux arbres et du gardien. Vol plané. Grand silence ! A peine un frisson de brise.

           Page de Baudelaire soulevée.

          « Agile et noble, avec sa jambe de statue »… « La belle Peggy du saloon ».

          Une fille a surgi du fond de la pelouse ou des herbes fumées ! Elle porte des lunettes noires et des mèches folles. Elle glisse sur le sentier. Le visage est fin, la nuque souple balance, grande feuille bruissant sous les arbres, les cheveux en pinceaux. Elle ne fait que passer, et le jardin public est son aquarelle.

          Un portable sonne au fond de son sac. La statue descend de son piédestal. Ralentit sa marche.

Mais ce n’est pas tant Suzanne qui me plaît tant.
C’est le mystère qui est dedans, le mystère dedans, le mystère dedans.
Je suivais musiques et paroles mon chemin de rossignol chantant mon chant émouvant…

            Le téléphone à son oreille, « le mystère » à la tienne soudain suspendu. Tu retiens ton souffle. Elle ne dit rien. Pas la même chanson ! Sa voix, tu ne l’entendras pas ! Réfugiée au fond de son palais… Et sa gorge qui se soulève.

            Un air contrarié. Et le portable continue son refrain au fond du sac. Elle est repartie.

« Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse… »

             Le même balancement des hanches, une balade entre deux hémisphères. « J'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais… ».

             Tu voudrais la suivre, tu n’es pas un pirate : « les sorties de port à la voile »… Tu préfères garder tes étoiles sur le cadastre de la mémoire…
Mon amour comme ses yeux brillent quand elle jette pour moi ses espadrilles pourtant la voilà repartie retrouver l’autre abruti qui lui fout des marrons quand il est rond. Mais ce n’est pas tant cette fille qui me plaît tant. C’est le mystère qui est dedans, le mystère dedans.

               Sur le banc, l’étudiant africain a levé les yeux. Il reste en suspens sur un vers. Puis son doigt tourne la page.
Les statues de jeux qu’on hisse, qu’on embrasse et puis qu’on dévisse.
Ce n’est pas tant ce monde qui me plaît tant c’est le mystère qui est dedans, le mystère dedans, le mystère dedans, le mystère dedans.

 

Whale bone in Caithness

Voir les commentaires

Le dernier Souchon (2/2)

Publié le par Eric Bertrand

          Quand j’ai écrit « Pour y voir Clerc », dans ma peinture des années 72-75, j’ai oublié d’évoquer « l’Amour 1830 », une des premières de Souchon. Tout a commencé là !

           C’était ma période Alfred de Musset et Chopin, « Toi aussi t’en as rêvé des cornemuses »… Et puis il y a eu « bidon », « la balade de Jim », « les nouvelles pour dames de Saumerset Maugham », « de quoi j’ai l’air avec mes détails, mes haltères… ». En présence des filles, les autres mecs me filaient toujours des complexes… « Il a déboulé dans l'soir en disant: "Mes malles sont encore au port", moi j’étais largué, classé, elle était bouche bée, et lui c’était Robert Taylor »… La silhouette désarmante des filles, les "caterpillars" comme il dit...  Hymne permanent à l’élégance, bien au-dessus des « jupes des filles » ! « La beauté d’Ava Gardner »… « J’suis mal dans ma peau, en cow-boy très beau… ».

            Les chansons de Souchon offrent un cinéma à bon marché et tout est tellement cinématographique dans la plupart de ses textes… « Vendeuse de glaces, boulevard de la plage, sous sa bâche elle était belle »… Tailler la zone, Robert Zimmerman, l’ambiance Bugatti, sur les banquettes de molesquine des Limousines, « J'aime les regretteurs d'hier, qui trouvent que tout c'qu'on gagne, on l'perd, les fumées dans les chemins de fer, la beauté d’Ava Gardner »

            Souchon repasse les années comme sur une bande super 8 : « écoutez l'histoire entre Trouville et Dinard »…  Le passé tremble, le présent se crispe : « Moi aussi j’en ai  rêvé des rêves tant pis, tu la voyais grande et c’est une toute petite vie, Tu la voyais pas comme ça l’histoire, Toi  t’étais tempête et rocher noir, Mais qui t’a cassé ta boule de cristal, cassé tes envies rendu banal… Mais qui t’a rangé à plat dans ce tiroir, comme un espadon dans une baignoire … c’est pas toi qui y’es, dans le bagad de Lann Bihouë ».

            C’est au bout du compte des pages de la vie de chacun qui s’écrivent et s’écoutent à travers plus de trente ans des chansons de Souchon. Si nos vies se déploient au-dessus de nous comme les ramures d’un arbre, à chacun de retrouver sa souche !


 Stream down the sigle track road...         

 

Voir les commentaires

La cigale et la fourmi, deux versions d’un même texte

Publié le par Eric Bertrand

             Sur le document word que je consacre à cette création, j’ai donc opéré, suite à la réunion, une division en deux parties. Une partie pour une scène fixe, qui raconte une histoire à un spectateur qui ne bouge pas (le « texte fourmi ») et une partie pour un spectateur qui bouge, qui va de salle en salle (le « texte cigale ») et qui ne peut donc qu’assister à des scènes « sur le voyage » mais n’entretenant les unes avec les autres que des rapports distendus.

             La prise en compte de quatre salles spécifiques (et du décor potentiel qu’elles comportent) m’a en outre orienté vers un type d’écriture particulier. En termes de pédagogie, il s’agit de champs lexicaux d’origines différentes que j’ai demandé aux élèves de parcourir, la plume à la main.

 

 

Highland breakfast. Enjoy yourself !

Voir les commentaires