Nous avons donc pris rendez-vous et je suis allé lui rendre visite. Nous avons parlé
de choses et d’autres, enseignement, littérature, idoles littéraires… Julien Gracq possède, pour reprendre une expression de Marcel Aymé, le « confort intellectuel »
qui lui donne une distance iconoclaste (au passage, je vous conseille de lire ce petit ouvrage de Marcel Aymé).
Distance iconoclaste, qui lui permet d’évaluer les plus grands et de leur trouver des failles. Quand
je l’ai rencontré, il était plongé dans la relecture de la littérature russe et trouvait qu’il n’y avait rien de plus grand…
Nous avons été interrompus dans notre conversation par l’arrivée du médecin et je lui ai laissé à mon
départ un exemplaire de mon ouvrage de l’époque : « la Route… »
Quinze jours plus tard, j’ai reçu un appel : « Julien Gracq à l’appareil… (Forte
émotion)… J’ai lu votre ouvrage. C’est intéressant. Il y a une dimension picaresque dans ce que vous relatez…(Bredouillage)… Voilà. Au plaisir de vous revoir. »
Je suis en train de lire le fameux prix Goncourt qu’il avait refusé :
« le Rivage des Syrtes » : en voici un extrait qui nous met au centre de son univers :
« Dans le silence de ces casemates vides, de ces couloirs ensevelis comme des galeries de mine dans l’épaisseur formidable de la pierre, la forteresse lavée
des regards indifférents reprenait les dimensions du songe. »
J’ai été affecté par la nouvelle de la mort de l’inébranlable Julien Gracq. Noblesse du style,
envoutement de l’atmosphère telle que je l’avais découverte à la lecture de « la Presqu’île », du « Balcon en forêt » et de « la Forme d’une ville », j’ai toujours
considéré cet écrivain comme un modèle.
Et un jour, j’ai eu la chance de le rencontrer, chez lui, à St Florent le Vieil. Il avait alors
87 ans et vivait avec sa sœur dans une grande maison en bord de Loire. A cette époque, je travaillais au lycée d’Ancenis et l’un de mes collègues le connaissait personnellement.
Le hasard nous avait amenés à parler de lui, et il m’avait encouragé à lui téléphoner pour prendre rendez-vous…
Imaginez, passer un coup de fil à Julien Gracq, quand on a passé ses études à vénérer ses
livres et à y trouver même des relents de celtisme à l’époque où c’était l’objet de ma thèse !
Parmi les épisodes qui m’ont permis de renouer mon passé au fil des chansons de
Julien Clerc, il y a celui de la période des trains.
Comme tous les gamins, j’ai eu mes périodes : « petits soldats », « insectes
du jardin », « voitures marques Solido ou Majorette », « trains électriques », « circuit 24 », « baby foot »… « Ivanovitch » parle
de train : « toujours la même ville, toujours la même gare »… J’ai donc éclairé cet angle-là en montrant pourquoi « Ivanovitch » m’a touché.
J’évoque aussi la silhouette de celui que je surnomme Ivanovich, l’ami de
mon père qui possédait un vrai train électrique et une gare de triage. Je me suis retrouvé confronté à cet univers-là dimanche dernier lors de la visite au musée des modèles
réduits à La Rochelle. Les formes des jouets ont, comme les airs anciens, quelque chose d’intemporel qui fait trembler le souvenir…
Je ne sais pas si c’est dû à la « revitalisation » que crée le montage sur les States, (cf : lien
"film "route, poussière, sable" page de gauche) mais le livre « la Route, la Poussière, le Sable » continue de séduire les lecteurs et j’en reçois des témoignages nombreux. Ainsi ce
dernier commentaire qui m’est arrivé par voie postale :
« Le périple des deux frenchies aux States m’a énormément plû. La construction, l’idée de départ (la confrontation entre les vieux carnets de route et le voyage lui-même) sont très
originales et « bien suivies » tout au long du récit. »
La couverture elle-même, les deux tours jumelles rayonnantes d’ironie tragique, attire le regard des lecteurs.
J’en ai reparlé samedi encore lors de la signature de « pour y voir Clerc ». Mais « Pour y voir Clerc » n’était pas seul… j’aime venir entouré de tous mes ouvrages, qui
comportent tous une part vibrante de moi-même.
Au fil des jours, je dévoile un peu plus mon nouveau projet d’écriture, je ne peux en effet rester à ce point dans
le flou et certains d’entre vous ont déjà manifesté leur curiosité. Disons que le récit auquel je travaille se présente sous la forme d’une fable sur l’enseignement au collège.
Au début de ma carrière, j’avais un peu (quatre ans), enseigné au collège et puis j’ai ensuite obtenu des postes au
lycée. Depuis le début de l’année scolaire, je redécouvre le milieu du collège et plutôt que de m’en plaindre (la différence avec le milieu du lycée est « sensible »),
j’ai décidé de l’observer avec la maximum d’acuité afin d’en livrer une fable.
Ce sera l’occasion de livrer mes impressions mélangées, mais de façon figurée. Je m’inspire de ce que je vois, de ce
que j’entends, de ce que je sais. Même si l’histoire se passe dans un collège, le thème est « le collège », et le personnage principal est un collègien très
particulier. Le récit se décomposera sans doute en trois parties dont les titres seraient : « la classe », « la métamorphose », « la vengeance ». Mais cela est
en pleine évolution. Quant au titre, il reste une surprise.
Littérature, écriture et voyage. Comment la lecture et le voyage nourrissent-ils la pensée et suscitent-ils, en même temps que le plaisir, la curiosité, l'écriture ?
Lien vers l'ensemble de mes livres :
http://ericbertrand-auteur.net/