Et le théâtre ?!...Continuent à me demander ceux qui m’ont côtoyé jusqu’à présent… Depuis lundi, je commence à répondre « projet APAC »… Ce serait peut-être par ce biais que
je reviendrais dans le circuit… En effet, au collège, on a réfléchi sur les bases d’un projet d’établissement et parmi les idées soulevées, celle d’une seconde classe APAC, car
il en existait déjà une.
Qu’est-ce qu’une classe APAC ? J’entends
sur les fils de la toile vibrer votre curiosité pour ce nouveau sigle dont l’araignée Education Nationale est friande ! Quelque chose comme Atelier de Pratique Artistique… Bref, ça ressemble
à l’activité que je menais à Loudéac avec cependant de nombreuses différences, dont celle qui tient dans le fait que l’action a lieu pendant les heures de cours aux côtés d’un professionnel du
théâtre. D’autre part, il concerne une classe désignée (classe de sixième) et doit impliquer le maximum de collègues. Je reviens demain sur la proposition que j’ai faite.
Certains des amateurs de ce blog et du travail mené pendant une dizaine d’années avec les lycéens s’étonnent
de ne pas voir l’aventure reprendre sous une autre forme ici. A ceux-là je répondrai simplement : je n’ai jamais été un « forcené du théâtre ». J’ai pris plaisir à
en faire en compagnie d’élèves volontaires et désireux de progresser dans la connaissance des relations humaines et l'approfondissement des valeurs humanistes.
J’ai trouvé dans les lycéens un public attentif, sensible aux thématiques que j’avais envie de développer dans mes
pièces. Les élèves que je côtoie cette année sont trop jeunes. Ils ne disposent pas de plage de temps libre (excepté entre midi trente et treize heures trente, entre la
dernière gorgée et la seconde rafale des cours de l’après-midi…)
Je ne veux pas m’agiter dans une petite salle à côté de la permanence après avoir connu la salle du
Moulin à Sons. Je ne veux pas les voir brailler un texte et ricaner devant leurs camarades de la cour de récréation. Pour moi, le théâtre est en veilleuse. Je dispose de temps
pour vaquer à d’autres occupations qui me demandent elles aussi du temps libre et qui ont notamment l’avantage de me donner de l’espace.
C’est la théorie de Michel Schneider (écrivain psychanaliste, découvert dans ce blog l’an dernier à
propos de son beau roman sur Marilyn Monroe) : tout écrivain, tout individu même ne fait que reproduire des mots qui ne lui appartiennent pas.
Cela me rappelle les propos désobligeants d’une collègue à propos de mon « Loft History
2084 » qu’elle accusait de « plagiat ».
A cette époque, mon intention était, dans mes pièces, de servir la littérature par des œuvres revisitées et
recréées. Par des clins d’œil littéraires, je voulais rendre Orwell ou Tennessee plus accessibles, et montrer en même temps leur incroyable modernité dans des domaines
comme celui de la téléréalité ou de « l’ultra moderne solitude » chère à Souchon…
Le propos de Shakespeare dans sa pièce me rappelle cet éternel affrontement dessexes auquel j’ai été sensible dans les mises en scène passées. C’était la même
chose dans « Beaucoup de bruit pour rien », « Comme il vous plaira » et dans « La Mégère apprivoisée » : une vigoureuse arrogance et une aptitude
« à tourbillonner par les mots », de désopilants raidissements afin de dire non à l’amour.
Cette situation est particulièrement théâtrale et aboutit à
de singulières joutes ou à de savoureux monologues où les personnages sont confrontés à leurs contradictions et leur ridicule. Shakespeare excelle dans ces moments
de lucidité accrue où le masque tombe et où le corps (et parfois l’obscénité du désir et des pulsions) s’exprime directement. Pour cela j’ai notamment apprécié la
traduction (et les jeux de scène) mise au goût du jour qui parvient à décaper le texte des pudeurs ou pudibonderies de François-Victor Hugo (ce dernier fait toujours autorité dans
la plupart des éditions de poche en circulation.
Mon arrivée à Loudéac avait été marquée par la mise en scène de « Beaucoup de bruit pour
rien » puis par celle de « Comme il vous plaira » et de « la Mégère apprivoisée » (voir photos dans le site). On retrouve tout
dans « Peines d’amour perdues » le même brio et la même fantaisie qui font le charme des comédies de Shakespeare. En même temps ce goût du verbe, ce délire des mots et
le caractère farfelu de certaines situations propres à bouffonner.
Ainsi pour le lecteur qui ne connaîtrait pas cette comédie, le sujet en est simple : quatre
gentilshommes décident de ne se vouer qu’à l’étude pendant trois ans. Cela implique qu’ils fermeront leurs portes à tous les plaisirs et à toutes les dames. Or, manque de chance,
(ou providence ?) un quatuor de jeunes femmes passe par là et met aussitôt en difficulté et les jeunes arrogants.
Littérature, écriture et voyage. Comment la lecture et le voyage nourrissent-ils la pensée et suscitent-ils, en même temps que le plaisir, la curiosité, l'écriture ?
Lien vers l'ensemble de mes livres :
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