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theatre au lycee

La fourmi emmitouflée et la cigale rock’n roll

Publié le par Eric Bertrand

          Travail de la première scène hier avec le metteur en scène. C’est celle de « la Cigale et la Fourmi » revisitée...

          Le texte se prête aux effets décapants et aux fantaisies. La fourmi est installée dans son foyer et elle tricote une immense écharpe dans laquelle s’entremèlent des fils de toutes les couleurs, résultats de ses économies.

           Survient alors la cigale. Lunettes de soleil, guitare, allure rock, elle fredonne un air de Johnny Halliday : j’ai suggéré dans les didascalies « Toute la musique que j’aime »... Mais l’acteur ne connaît pas et il se montre particulièrement empoté.

            Pour « embobiner » la fourmi, la cigale joue de stratégies du langage et, là encore, le texte amène à ces tours de passe-passe dont les chanteurs de rap sont friands. Sans hésiter, le metteur en scène va dans ce sens. Il propose à un groupe de garçons de se cacher au début de la scène et de surgir au moment voulu pour entonner un chœur de rappeurs. Mouvements de têtes, de mains, de mots.

            Les sixièmes sont encore bien timorés mais cette perspective les excite et cultive leur indiscipline. Quel enjeu délicat et quelle tâche pénible de les ramener sans cesse au sérieux que nécessite la mise en scène !

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La Fontaine au pas de gymnastique (2/2)

Publié le par Eric Bertrand

 

 

              Pour illustrer mes propos d’hier, je livre une nouvelle scène aménagée en fonction des indications données par le collègue d’EPS (en caractères gras). Je rappelle qu’au début de la pièce, les élèves sont réunis pour une préparation collective du thème du voyage et que les spectateurs sont répartis en quatre groupes.

 

Prologue 2 (gymnase) 

 (Centre de la cour. L’ensemble de la troupe est réunie. Silence. Chaque membre se réveille et manifeste sa volonté de quitter le « foyer central ». Les autres restent immobiles)

Main : mes cinq doigts s’étirent : index ? Présent ! (Fente avant) Majeur ? Présent ! (Fente avant) Annulaire ? Présent ! (Fente avant) Auriculaire ? Présent ! (Fente avant) Pouce ? (Echec de la figure) Pouce ! Non, au boulot comme tout le monde ! (Fente avant)

Main 1 : (Planche avant sur une jambe) : ma sœur jumelle est comme moi, elle déteste qu’on la mouille et pourtant on y a droit tous les matins ! 

Main 2 : (Chandelle blocage bras) : et tous les matins, c’est la même chose ! Je me réchauffe comme je peux contre la paroi du bol de chocolat.

Main 3 : (Chandelle blocage bras) : le lavabo me donne la nausée et je secoue une brosse à dents pleine de mousse qui me coule sur les doigts, c’est écoeurant !

Main 4 : (Chandelle blocage bras) : mais le pire de tout, c’est quand on me plonge dans un pot de gel et qu’on me fait pénétrer avec mes cinq doigts tout au fond d’une tignasse.

Main 5 : (chandelle bras derrière tête) : ce que je ne supporte plus, moi, c’est qu’on a trop de copains. Tous les matins, il faut que je serre des poignées de copines qui me font parfois très mal

Main 6 : (petit pont 3 appuis) : et puis, quelle gymnastique que de tenir un crayon, une fourchette, un verre ! ça me stresse tellement que je m’en ronge les ongles. (Petit pont 4 appuis) (Elle s’énerve et finit en hurlant) Que fait ma main ? Elle frappe ! (Petit pont cinq appuis)

Pied : (Petit équilibre, 2 appuis) : une vie de pied, c’est pas le pied ! C’est tellement fatigant ! (Petit équilibre, 3 appuis) Même quand on s’amuse, il faut taper dans un ballon, appuyer sur une pédale, sauter d’un pied sur l’autre sur une musique de fou. En plus, ça sent tout de suite mauvais dans les chaussures.

Pied 1 : (Trépied)  mais je grandis vite et je deviens une grosse pointure. Que fait mon pied ?... Il balance des coups de pied !

Œil : l’œil de velours ! Mon œil tiens ! Dès que j’ouvre les volets des paupières de la demoiselle, il faut subir un coup de peinture !... (Rotation avant sur plan incliné) Du bleu, du noir, du vert, du ricil !

Œil 1 : et moi donc !... Dès qu’on a mangé, on m’affuble de lunettes. Je veux aller voir ailleurs ! (Rotation avant sur plan incliné, arrivée fente)

Cheville : et moi donc ! On ne pense pas assez à moi, en sandwich entre le pied et la jambe ! (Rotation avant sur plan incliné, arrivée planche écart). Je suis une articulation fragile ! On m’a déjà cassée trois fois !

Cheville 1 : c’est pas une vie pensez-vous la vie de cheville ! (Rotation avant sur plan incliné, arrivée planche écart). Le mois passé, une scie m’a coupé le plâtre et entamé la peau !

Cheville 2 : sans compter que cest lourd un plâtre, et que ça gratte ! J’invite à la révolte ! (Rotation avant sur plan incliné, arrivée planche écart). Chevilles qui enflez, il faut tourner le dos !

Bouche : et moi donc ! Quel ennui que de vivre avec un corps si mou !... (Rotation avant sur plan incliné, arrivée planche écart) Dès que je me réveille, il baille à me décrocher la mâchoire ! Et ça recommence plusieurs fois par jour ! Moi aussi, j’ai envie de crier révolte et de prendre de l’air ! Au secours ! Au secours ! Bouche d’aération ! (rotation avant plombée, envol1)

Cheveu : et moi donc ! Quel fil à la patte ! Je vis accroché à une tête de petite fille qui n’arrête pas de se coiffer. Elle me tire les cheveux à longueur de temps ! Mais je ne tiens déjà plus qu’à un cheveu ! (rotation avant plombée, envol2)

Cheveu 1 : on est nombreux dans la même galère, nous les cheveux ! (rotation avant plombée, envol3)

Cheveu 2 : on nous fait des couettes, des queues de cheval, des tresses ! Des raies ! Une vraie torture ! (rotation avant plombée, envol4)

Cheveu 3 : on nous tire, on nous ligote, on nous bâillonne ! Moi, je crie « Libération ! » (Rotation avant plombée, envol5)

Jambe : et nous donc ! Journée d’enfer pour les jumelles ! (Appui tendu renversé ventral)Nous les jambes, on passe sans arrêt de l’horizontal, à la verticale !

Jambe 1 : (Appui tendu renversé dorsal) : on nous fait courir, on nous fait trotter !

Jambe 2 : (Appui tendu renversé + rotation avant) : monter les escaliers ! Descendre les escaliers !

Jambe 3 : : (Appui tendu renversé + rotation avant) : porter des jeans !

Jambe 4 : (Appui tendu renversé + rotation avant) : des baggies !

Jambe 5 : (Appui tendu renversé + rotation avant) : des collants !

Jambe 6 : (Appui tendu renversé + rotation avant) : des chaussettes !

Jambe 7 : (Appui tendu renversé + rotation avant) : on nous savonne sous la douche !

Jambe 8 : prenons les jambes à notre cou ! (Rondade à plat). Vous m’entendez tous, mains, jambes, pieds, cheveux, bouches, chevilles, yeux, prenons les jambes à notre cou ! (Rondade à plat)

(Les spectateurs sont répartis par les guides en quatre groupes pied-main-bouche-œil)

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D’autres nouvelles d’anciens sur Face book

Publié le par Eric Bertrand

J’ai évoqué ce bon moyen de retrouvailles qu’est face book dans un article précédent et je publie aujourd’hui deux nouveaux témoignages relatifs aux années consacrées au théâtre à Loudéac, donc directement en liaison avec le thème de ce blog...   Le prof de français qui m'a fait aimer Gainsbourg... Comment allez-vous?"

 

J'ai été ravie de vous retrouver sur facebook, et par manque de temps n'ai pas pu prendre les petites minutes nécessaires pour vous écrire. Mes valises se sont pas mal promenées depuis le lycée, pas encore assez malheureusement...Et sans exagération, c'est amusant de réaliser que ce cours de français de 1ère m'a suivi aussi...De Sciences po dans les cours de littérature en première année (je me souviens vous avoir psychologiquement dédicacé une présentation sur "sur la route"et avoir un peu souri quand la prof s'est étonnée que j'ai l'air si passionnée par Kerouac), d'anglais l'an dernier sur les poètes de la Beat Generation, où j'ai approfondi Burrough, Ginsberg Kerouac et les autres..Jusqu'à San Francisco et ses petits cafés aux noms évocateurs de vos pièces et de Kerouac.. et l'atmosphère de cette ville surtout, qui m'a plus que marquée, et où j'aimerais tant vivre (...)



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L’étrange histoire de Benjamin Button (3/4) : les sœurs du Ponton

Publié le par Eric Bertrand

             Sans être de vieilles dames, les deux « Befana » du Ponton ont déjà beaucoup vécu et leur voix est imprégnée de mélancolie. Davantage, le spectateur, lecteur, décèle une brisure dans leurs propos, la marque d’un détraquement initial qui explique une bonne part de ce qu’elles sont devenues ensuite. Laissons leur la parole au moment de l’épilogue, après le départ de Gigi et de l’Americana...

 

Carolina : elle sourit, de plus en plus émue. Je revois la scène, le jour de mon retour… C’était comme dans un conte de Pirandello… Il faisait très chaud, le sirocco soufflait… Pour me faire plaisir, elle m’a proposé un plat de polenta pour le dîner et des cédrats de Sicile… Longtemps, je l’ai serrée dans mes bras, puis je suis montée au grenier, j’ai enfilé une vieille jupe et je suis venue l’aider à préparer la polenta… Jamais on n’a travaillé la pâte comme je l’ai travaillée ce jour-là !... Je la tournais, la retournais, la tordais, et la malaxais avec acharnement.

Elles se sont rapprochées l’une de l’autre. Elles sanglotent légèrement. Carolina sèche les yeux de Francesca.

Carolina : on est bien toutes les deux !... On a bien fait de prolonger sur la scène ce que la mamma nous a appris…

Francesca : on a bien fait, ma Carolina… On a vraiment bien fait… Et on s’en sort pas mal toutes les deux !... Je crois qu’elle serait fière de nous… 

Carolina : il vaut mieux qu’on soit deux, tu sais Francesca, il vaut mieux qu’on soit deux… Il n’y a personne après nous… 

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L’étrange histoire de Benjamin Button (3/4) : les sœurs du Ponton

Publié le par Eric Bertrand

             Sans être de vieilles dames, les deux « Befana » du Ponton ont déjà beaucoup vécu et leur voix est imprégnée de mélancolie. Davantage, le spectateur, lecteur, décèle une brisure dans leurs propos, la marque d’un détraquement initial qui explique une bonne part de ce qu’elles sont devenues ensuite. Laissons leur la parole au moment de l’épilogue, après le départ de Gigi et de l’Americana...

 

Carolina : elle sourit, de plus en plus émue. Je revois la scène, le jour de mon retour… C’était comme dans un conte de Pirandello… Il faisait très chaud, le sirocco soufflait… Pour me faire plaisir, elle m’a proposé un plat de polenta pour le dîner et des cédrats de Sicile… Longtemps, je l’ai serrée dans mes bras, puis je suis montée au grenier, j’ai enfilé une vieille jupe et je suis venue l’aider à préparer la polenta… Jamais on n’a travaillé la pâte comme je l’ai travaillée ce jour-là !... Je la tournais, la retournais, la tordais, et la malaxais avec acharnement.

Elles se sont rapprochées l’une de l’autre. Elles sanglotent légèrement. Carolina sèche les yeux de Francesca.

Carolina : on est bien toutes les deux !... On a bien fait de prolonger sur la scène ce que la mamma nous a appris…

Francesca : on a bien fait, ma Carolina… On a vraiment bien fait… Et on s’en sort pas mal toutes les deux !... Je crois qu’elle serait fière de nous… 

Carolina : il vaut mieux qu’on soit deux, tu sais Francesca, il vaut mieux qu’on soit deux… Il n’y a personne après nous… 

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