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citations et proverbes

Littérature leste : les fantasmes du grand Corneille (1/4)

Publié le par Eric Bertrand

             La littérature est souvent leste et regorge des astuces de l’esprit pour signifier des propos scabreux. Pour les amateurs de ces jeux voilés, et j’en connais parmi mes lecteurs, j’offre à la lecture trois grands exemples dont le premier figure en bonne place dans « L’Organisme », dans le chapitre « les 17 plaies » dont la fonction est de mettre le lecteur en situation de cours.

 

« Et le désir s’accroit quand l’effet se recule »…

 

« Notez bien cette astuce syllabique que le grand Corneille ose introduire, au cœur d’une tragédie chrétienne du 17° siècle, au sein, qui plus est, d’un alexandrin de belle facture… Il y a des moments où la littérature s’encanaille et c’est au lecteur suffisamment perspicace d’en apprécier les effets ! … 

« Monsieur, monsieur, j’avais déjà vu que le mot « cul » était dans le dictionnaire, j’en ai même vu des pires… Mais je ne me doutais pas qu’on pouvait parler de tout ça dans les textes… dans ceux qu’on étudie en cours, je veux dire ! »

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Hommage à Claude Lévi-Strauss

Publié le par Eric Bertrand

          Les familiers de ce blog ont souvent croisé le nom de Levi-Strauss sur les différents articles. Notamment ceux qui ont été consacrés à l’étude de Vendredi ou la vie Sauvage de Tournier, fidèle élève du célèbre ethnologue.

          Ainsi celui-ci intitulé « Elèves de Lévi-Strauss » rédigé en avril dernier et qui annonçait une série d’articles sur le Robinson revisité par Tournier, façon Lévi-Strauss :

 

« Homme, il faut se taire pour écouter le chant de l’espace qui affirme que l’ombre et la lumière ne parlent pas (ces gens méritent plus notre respect que notre curiosité : Monod).

 

         C’est un proverbe touareg que cite en le commentant l’arpenteur de désert qu’était le grand Théodore Monod. Je relis en ce moment des pages de Claude Lévi Strauss dont la leçon essentielle pour les générations futures est dans la même veine.

         C’est aussi la grande leçon du livre « Vendredi ou la vie sauvage », de son illustre élève Michel Tournier.

         Les élèves apprécient en général cette œuvre que je ne me lasse pas d’étudier avec eux : au lycée, c’était la version « Limbes du Pacifique », au collège, c’est la version « Vie sauvage »…

 

         Je souhaiterais terminer cet hommage simplement sur quelques phrases du maître, pillotées çà et là dans son œuvre :

« Le barbare, c’est l’homme qui croit à la barbarie »

« La civilisation mondiale ne saurait être autre chose que la coalition, à l’échelle mondiale, de cultures préservant chacune son originalité »

« Une humanité confondue dans un genre de vie unique est inconcevable parce que ce serait une humanité ossifiée »

« L’aube n’est que le début du jour, le crépuscule en est une répétition »

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Les ressources de la langue et du larynx...

Publié le par Eric Bertrand

                  Pas de triomphalisme du côté de « la belle langue française ». A l’heure des SMS et autres déformations de l’écriture, la tendance actuelle est à l’économie et à la paresse intellectuelle. C’est du reste l’inclination naturelle propre à toutes les langues qui vise à la simplification...

                 Relativisons ces propos en livrant ce matin l’analyse éclairante du linguiste Claude Hagège que je lis et écoute toujours avec délectation...

                 Comment dire la diversité du monde ?... Comment enclore l’infini du monde dans la périphérie limitée de ce qu’il nomme « l’appareil phonateur » qui s’étend des lèvres au larynx ?... Nous ne disposons en français qu’une gamme bien restreinte de sons réalisables, voyelles et consonnes réunies.

                  D’autres langues sont riches d’un nombre beaucoup plus élevé de sons. Claude Hagège cite par exemple dans le Caucase, une langue qui dispose de 56 consonnes ou une autre au Cambodge qui comporte 24 voyelles... Ce qui invite sinon à l’humilité du moins à la curiosité intellectuelle...

                  Heureux le linguiste qui fait souffler dans « son appareil phonateur » les vents du large de toutes les langues !

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Proust : le bal des têtes (19)

Publié le par Eric Bertrand

              « De la mécanique sur du vivant » comme le dit Bergson !


              Je retrouvai là un de mes anciens camarades que, pendant dix ans, j'avais vu presque tous les jours. On demanda à nous représenter. J'allai donc à lui et il me dit d'une voix que je reconnus très bien : "C'est une bien grande joie pour moi après tant d'années." Mais quelle surprise pour moi ! Cette voix semblait émise par un phonographe perfectionné, car si c'était celle de mon ami, elle sortait d'un gros bonhomme grisonnant que je ne connaissais pas, et dès lors il me semblait que ce ne pût être qu'artificiellement, par un truc de mécanique, qu'on avait logé la voix de mon camarade sous ce gros vieillard quelconque.     Pourtant je savais que c'était lui : la personne qui nous avait présentés après si longtemps l'un à l'autre n'avait rien d'un mystificateur.

                Lui-même me déclara que je n'avais pas changé, et je compris qu'il ne se croyait pas changé. Alors je le regardai mieux. Et en somme sauf qu'il avait tellement grossi il avait gardé bien des choses d'autrefois. Pourtant je ne pouvais comprendre que ce fût lui. Alors j'essayai de me rappeler. Il avait dans sa jeunesse des yeux bleus, toujours riants, perpétuellement mobiles, en quête évidemment de quelque chose à quoi je n'avais pensé et qui devait être fort désintéressé, la Vérité sans doute, poursuivie en perpétuelle incertitude, avec une sorte de gaminerie, de respect errant pour tous les amis de sa famille.

                Or devenu homme politique influent, capable, despotique, ces yeux bleus qui d'ailleurs n'avaient pas trouvé ce qu'ils cherchaient, s'étaient immobilisés, ce qui leur donnait un regard pointu, comme sous un sourcil froncé. Aussi l'expression de gaieté, d'abandon, d'innocence s'était-elle changée en une expression de ruse et de dissimulation. Décidément, il me semblait que c'était quelqu'un d'autre, quand tout d'un coup j'entendis, à une chose que je disais, son rire, son fou rire d'autrefois, celui qui allait avec la perpétuelle mobilité gaie du regard ».

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Proust : le bal des têtes (17)

Publié le par Eric Bertrand

                 Dans la suite immédiate de la réflexion sur « la blonde valseuse », continuons la pirouette...

 

                 « On avait peine à réunir les deux aspects, à penser les deux personnes sous une même dénomination ; car de même qu'on a peine à penser qu'un mort fut vivant, ou que celui qui était vivant est mort aujourd'hui, il est presque aussi difficile, et du même genre de difficulté (car l'anéantissement de la jeunesse, la destruction d'une personne pleine de forces et de légèreté est déjà un premier néant), de concevoir que celle qui fut jeune est vieille, quand l'aspect de cette vieille, juxtaposé à celui de la jeune, semble tellement l'exclure que tour à tour c'est la vieille, puis la jeune, puis la vieille encore qui vous paraissent un rêve, et qu'on ne croirait pas que ceci peut avoir jamais été cela, que la matière de cela est elle-même, sans se réfugier ailleurs, grâce aux savantes manipulations du temps, devenue ceci, que c'est la même matière n'ayant pas quitté le même corps - si l'on n'avait l'indice du nom pareil et le témoignage affirmatif des amis ; auquel donne seule une apparence de vraisemblance la rose, étroite jadis entre l'or des épis, étalée maintenant sous la neige. Comme pour la neige d'ailleurs, le degré de blancheur des cheveux semblait en général comme un signe de la profondeur du temps vécu, comme ces sommets montagneux qui, même apparaissant aux yeux sur la même ligne que d'autres, révèlent pourtant le niveau de leur altitude au degré de leur neigeuse blancheur.

                     Et ce n'était pourtant pas exact de tous, surtout pour les femmes. Ainsi les mèches de la princesse de Guermantes, qui quand elles étaient grises et brillantes comme de la soie semblaient d'argent autour, de son front bombé, ayant pris à force de devenir blanches une matité de laine et d'étoupe, semblaient au contraire à cause de cela être grises comme une neige salie qui a perdu son éclat. Et souvent ces blondes danseuses ne s'étaient pas seulement annexé, avec une perruque de cheveux blancs, l'amitié de duchesses qu'elles ne connaissaient pas autrefois. Mais, n'ayant fait jadis que danser, l'art les avait touchées comme la grâce."


 

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