En ce matin tout noir de nuit, certains d’entre vous ont choisi de « dormir à points fermés ». Il y a de l’obstination dans cette
belle expression. L’indignation du réveil qu’on est prêt à refuser jusqu’au fond du sommeil, dussions-nous en serrer les poings !
Sauf que cette homonymie oublie que « le point », c’est aussi l’infime parcelle de chair qui laisse filtrer le jour ! Pas de
telles nuances en espagnol dormir « la jambe relâchée », surtout si c’est après une partie de jambe en l’air !
Décidément, le langage autorise toutes les fantaisies à ce blog qui a la réputation de se tenir « droit dans ses bottes » !
Nos ancêtres les Gaulois foulaient allègrement la terre des champs et la poussière des poulaillers... Aussi
dit-on toujours « marcher sur des œufs » quand on prend beaucoup de précaution pour ne pas faire de casse.
En Angleterre, l’image est plus aérienne : « to skate on thin ice ». Pour ne pas aggraver une situation déjà
critique, pour ne pas faire de vagues ou tout briser, on « glisse sur de la fine glace » ! A vous de choisir laquelle des deux postures vous préférez pour ne pas jouer aux éléphants dans le
magasin de porcelaine.
« Mettre la main à la pâte »... Voici une expression boulangère très courante qui marque la bonne volonté dont on
témoigne pour venir prêter main forte et « mettre la main à la pâte », en « mouillant sa chemise ».
Il y a du Raimu là-dessous, un franc parfum de baguette chaude qu’on ne retrouve pas dans l’expression anglaise qui
préfère que l’on « mette l’épaule à la roue ». « To put one’s shoulder to the wheel »...
L’effort est plus austère, plus froid, plus pincé peut-être. L’épaule rejoint la roue glaciale, elle trouve sa place
dans un engrenage...
Restons dans l’opposition France-Allemagne : nous disons parfois, nous autres Français que la tradition
britannique représente volontiers assis sur un vélo, baguette à la main et collier d’oignons autour du cou : « Ce n’est pas mes oignons »... Ce n’est pas mes oignons, donc passons notre
chemin.
L’Allemand lui, qui ne connait pas la coquetterie des « Johnnies » et de leurs ornements dira plutôt
dans sa langue en sortant par exemple d’une taverne bavaroise, « ce n’est pas ma bière » !
En France, terre de culture et de moissons, terre de Gaulois qui étaient avant tout
des cultivateurs (témoin le nombre de mots français qui sont d’origine gauloise et qui renvoient tous à des réalités agricoles) on ne s’étonnera pas, lorsque les affaires marchent d’avoir « de
l’oseille », « du blé » ou de « gagner du blé ».
En Allemagne, on ne parle pas de blé mais de charbon : cette réalité du combustible renvoie
à un autre paysage, celui de la Rhur par exemple ! Avez-vous du charbon ? Allez, au charbon !
Littérature, écriture et voyage. Comment la lecture et le voyage nourrissent-ils la pensée et suscitent-ils, en même temps que le plaisir, la curiosité, l'écriture ?
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