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citations et proverbes

Proust : le bal des têtes (16)

Publié le par Eric Bertrand

             Qu’est devenue « la blonde valseuse » ? Cela rappelle un conte de Maupassant dans la même veine cynique : « Adieu »

 

             « Chez un autre, la barbe blanche substituée à la barbe blonde, comme le visage était resté vif, souriant et jeune, le faisait paraître seulement plus rouge et plus militant, augmentait l'éclat des yeux, et donnait au mondain resté jeune l'air inspiré d'un prophète.

              La transformation que les cheveux blancs et d'autres éléments encore avaient opérée surtout chez les femmes m'eût retenu avec moins de force si elle n'avait été qu'un changement de couleur, ce qui peut charmer les yeux, mais, ce qui est troublant pour l'esprit, un changement de personnes (...)

               Car ces changements, je savais ce qu'ils voulaient dire, ce à quoi ils préludaient. Aussi cette blancheur des cheveux impressionnait chez les femmes, jointe à tant d'autres changements. On me disait un nom et je restais stupéfait de penser qu'il s'appliquait à la fois à la blonde valseuse que j'avais connue autrefois et à la lourde dame à cheveux blancs qui passait pesamment près de moi.

                Avec une certaine roseur de teint ce nom était peut-être la seule chose qu'il y avait de commun entre ces deux femmes, plus différentes - celle de ma mémoire et celle de la matinée Guermantes - qu'une ingénue et une douairière de pièce de théâtre. Pour que la vie ait pu arriver à donner à la valseuse ce corps énorme, pour qu'elle eût pu alentir comme au métronome ses mouvements embarrassés, pour qu'avec peut-être comme seule parcelle commune, les joues, plus larges certes, mais qui dès la jeunesse étaient couperosées, elle eût pu substituer à la légère blonde ce vieux maréchal ventripotent, il lui avait fallu accomplir plus de dévastations et de reconstructions que pour mettre un dème à la place d'une flèche, et quand on pensait qu'un pareil travail s'était opéré non sur de la matière inerte mais sur une chair qui ne change qu'insensiblement, le contraste bouleversant entre l'apparition présente et l'être que je me rappelais reculait celui-ci dans un passé plus que lointain, presque invraisemblable (...) »


 

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Proust : le bal des têtes (13)

Publié le par Eric Bertrand

Epreuve du temps soulignée par le rapprochement avec l’océan... et la géométrie ! Il fallait y penser !

 

             « Mais d'autre part, l’aspect nouveau de Mme d’Arpajon ne m'était pas inconnu. C'était celui que j'avais souvent vu au cours de ma vie à des femmes âgées et fortes, mais sans soupçonner alors qu'elles avaient pu, beaucoup d'années avant, ressembler à Mme d'Arpajon. Cet aspect était si différent de celui que j'avais connu à la marquise qu'on eût dit qu'elle était un être condamné, comme un personnage de féerie, à apparaître d'abord en jeune fille, puis en épaisse matrone, et qui reviendrait sans doute bientôt en vieille branlante et courbée. Elle semblait, comme une lourde nageuse qui ne voit plus le rivage qu'à une grande distance, repousser avec peine les flots du temps qui la submergeaient.

               Peu à peu pourtant, à force de regarder sa figure hésitante, incertaine comme une mémoire infidèle qui ne peut plus retenir les formes d'autrefois, j'arrivai à en retrouver quelque chose en me livrant au petit jeu d'éliminer les carrés, les hexagones que l'âge avait ajoutés à ses joues. D'ailleurs, ce qu'il mêlait à celles des femmes n'était pas toujours seulement des figures géométriques. Dans les joues restées si semblables pourtant de la duchesse de Guermantes et pourtant composites maintenant comme un nougat, je distinguai une trace de vert-de-gris, un petit morceau rose de coquillage concassé ; une grosseur difficile à définir, plus petite qu'une boule de gui et moins transparente qu'une perle de verre (...) »

 

 

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Proust : le bal des têtes (12)

Publié le par Eric Bertrand

             Pour un retour à proust, cette réflexion sur l’écorce humaine. Dans le fond, comme dans les Fables de La Fontaine où l’animal n’est qu’un masque du vice, dans le texte de proust, cette pâte qu’ajoute la vieillesse n’est aussi qu’un « cache-misère » !

 

             « En plusieurs, je finissais par reconnaître, non seulement eux-mêmes, mais eux tels qu'ils étaient autrefois, et par exemple Ski pas plus modifié qu'une fleur ou un fruit qui a séché. Il était un essai informe confirmant mes théories sur l'art (...)            

             D'autres n'étaient nullement des amateurs, étant des gens du monde. Mais eux aussi, la vieillesse ne les avait pas mûris et même s'il s'entourait d'un premier cercle de rides et d'un arc de cheveux blancs, leur même visage poupin gardait l'enjouement de la dix-huitième année. Ils n'étaient pas des vieillards, mais des jeunes gens de dix-huit ans extrêmement fanés. Peu de chose eût suffi à effacer ces flétrissures de la vie, et la mort n'aurait pas plus de peine à rendre au visage sa jeunesse qu'il n'en faut pour nettoyer un portrait que seul un peu d'encrassement empêche de briller comme autrefois.

            Aussi je pensais à l'illusion dont nous sommes dupes quand, entendant parler d'un célèbre vieillard, nous nous fions d'avance à sa bonté, à sa justice, à sa douceur d'âme ; car je sentais qu'ils avaient été quarante ans plus tôt de terribles jeunes gens dont il n'y avait aucune raison pour supposer qu'ils n'avaient pas gardé la vanité, la duplicité, la morgue et les ruses.
            Ceux-là, en vieillissant, semblaient avoir une personnalité différente, comme ces arbres dont l'automne en variant leurs couleurs semble changer l'essence (...)"

 

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La nécessité de la pensée

Publié le par Eric Bertrand

Sheep have shosen...

          Que n’a-t-on pas dit et écrit sur la nécessité de la pensée dans la vie. Nous autres instruits à l’école de Descartes nous souvenons instinctivement de la formule adage « je pense donc je suis »…

          Ce qui fait un homme, c’est (entre autres !...) le fait qu’il soit capable de penser le monde dans lequel il vit. Penser, et donc se comporter autrement qu’en « couillon »… J’aime le mot de Rabelais qui énonce le fabuleux paradoxe : « il y a en ce monde plus de couillons que d’hommes »…

           Qu’on pense aussi au magistral ouvrage de Bradbury, Fahrenheit 451, qui souligne le danger que représente pour un pouvoir politique l’homme qui pense…

Bref, formulons les choses au plus simple…

Quand on pense, on compense, quand on ne pense pas on pense con

Epilogue

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Pour faire tenir le ciment

Publié le par Eric Bertrand


Road to the western Highlands

               Méfions-nous du brillant, du cliquetis et des paillettes ! Du superflu et du blig-bling. Toute entreprise solide doit se faire avec persévérance et même obstination. Le pari est d’autant plus difficile à tenir qu’il passe assez mal en présence d’un groupe.

               Il est plus aisé de flatter la masse en caressant son indolence qu’en sollicitant sa patience. Au cours d’un dîner aux chandelles, on est moins ridicule quand on offre des perles… Mais qu’en est-il de ce qui entoure ces perles ?

 

Ce n’est pas avec les perles qu’on fait le collier mais avec le fil


Fantôme du passé.

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