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ecriture et reecriture

Mises au point pour le récit

Publié le par Eric Bertrand

              « Journal du 16.08 : en dehors des coquilles et des petites questions de vocabulaire, je reviens sur des éléments de reprise plus significatifs. Notamment la précision du caractère… Cela implique, a posteriori un retour sur certains traits de description et d’analyse mais aussi de discours car je vois maintenant beaucoup plus clair dans les personnages et dans leur jeu.
              Je travaille aussi la mise en page pour faire peser les silences, créer l’atmosphère. Les blancs sont importants pour le lecteur. L’occasion de fixer davantage les éléments de cohérence du récit, le thème du ponton, l’existence de Francesca et Carolina, leur relation à la mère, l’inconscient qui travaille leurs discours…
              J’intègre aussi deux chants traditionnels en intégral pour les deux sœurs. « Bella ciao » et « Gigi l’Amoroso ». 
              17h00, je finis enfin, après toute une journée de relecture. Mais il reste la version théâtrale qui sera à revoir considérablement à la lumière de tous ces changements. 
 
 
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Qualche cosa di antica in questo paesaggio



 
 
Rubrique Goncourt : le délégué.
 
              Voici les étapes qui vont mener à l’élection du délégué :
 
L’élection du délégué :
 
-          Rappel du tiercé officiel de la classe.
-          La mission : le déplacement à Rennes, le protocole, les contacts, la polémique… Le délégué doit donc représenter le choix de la classe et le défendre ardemment (quels qu’aient été ses choix personnels)
-          Présentation des élèves volontaires et formulation de leur discours devant la classe.
-          Le vote.
 
La préparation du délégué :
 
Pour faciliter la tâche du futur délégué, il faut se plonger dans une atmosphère de débat houleux : voici l’exercice que je propose suite à l’élection du délégué : il s’agit d’une sorte de « match d’improvisation », le but étant de défendre farouchement le roman qu’on est censé représenter… J’ai tenu compte des choix exprimés (chacun se mobilise pour l’un des romans de son tiercé personnel, et pas forcément le numéro 1) et j’ai, en même temps, tenu à élargir les références de façon à entretenir le flou, surtout si FR3 filme. De toute manière, au cours de cette joute, il faut anticiper et se dire qu’aux délibérations, toutes les classes ne défendront pas le même tiercé !
 
La liste des tournois (groupes de deux ou trois)
 
-          « Les Bienveillantes » 3. « Disparaître » 3
-          « Journal d’hirondelle » 3 « Contours du jour qui vient » 3
-          « Marilyn » 2.« L’Amant en culottes courtes » 2
 
 
 
Réaction de collègue :
En ce qui concerne le tiercé, nous avons demandé aux élèves de déjà faire une proposition de 6 livres et ce pour faciliter le choix à la rentrée....
Cela a été fait facilement....
Ils ont également déjà choisi leur délégué...Cela s'est fait sans problèmes sur la justification que l'élève choisie a lu plus que tous les autres....
Par manque de temps ils n'ont pas donné une chance aux Bienveillantes....
J'ai l'impression en vous lisant que ce sont les mêmes titres qui reviennent : un vrai coup de coeur pour Miano; Vallejo; Nothomb bien sûr; Boulin ; Lapouge; Poivre d'Arvor;  (J'ai une préférence mais je ne vous dis pas lequel.....Pitié pitié pas Nothomb....
Audeguy a été écarté pour des raisons de contenu...Les élèves ont été très heurtés par certains passages pourtant j'avais accompagné leur lecture.
J'arrive au bout de mes lectures, épuisée parfois.....
J'ai aimé notre rencontre avec Audouard....Dommage que nous ayons si peu de temps pour son livre...Je crois réellement qu'il en demande...
Après la rencontre avec Boulin j'ai relu son livre...Mais vraiment je n'aime pas....Je suis dans Lapouge et je retrouve les paysages de mon enfance...Le bonheur quoi....
 
 

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Cinéma sous les étoiles : les dernières images

Publié le par Eric Bertrand

« Journal du 13.08. Sur l’épilogue, une autre idée, celle de rappeler les « merveilles » du « cinema sotto le stelle » sur les façades des maisons : les films évoqués correspondent aux héros que mentionnait Salvatore. C’est un effet de cohérence intéressant pour l’esprit de la nouvelle mais aussi pour la « vision interne » du personnage. Salvatore est avant tout « un enfant du village » et ses références culturelles se limitent aux grands moments de cinéma qu’il a vécus…
              Enfin, rappeler le motif d’Angelika à travers l’histoire de jeunesse de Carolina et surtout à travers la plaisanterie de sa vieille mère qui avait dit qu’elle ressemblait à la marionnette Angelika…
              Je finis aujourd’hui la relecture du récit. Il y en aura une autre, plus rapide, pour d’ultimes corrections avant de le donner à lire. Puis j’aborderai la refonte de la pièce à la lumière de ces ultimes épreuves. »
 
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Paesaggio siciliano...

 
 
 
Rubrique Goncourt :
Le vote
 
              Au sujet du vote, beaucoup de cogitation sur la liste dans un souci d’équité : voici l’une des propositions qui me semble particulièrement intéressante :
 
« Voici ce que me suggère mon collègue de maths :
 
(la question sur le tiercé exclus est facultative avec ce système, elle permet seulement de passer de 13 à mettons 9 ou 10 romans plus vite pour le vote définitif)
 
Donc, 2 questions :
-          nb de romans lus
-          quel tiercé gagnant
 
La pondération se fait par nb de romans lus :
§         si 5 romans, 5 points par œuvre choisie
Si 1à 1pt, si 13à 13 points
§         renouveler la manœuvre avec l'ensemble des élèves,
§         additionner les points à le tiercé gagnant est celui des livres qui ont obtenu le plus de points (et le perdant celui des livres qui en ont obtenu le moins)
Le vote n'est alors pas anonyme, mais pourquoi le serait-il ?... »
 
              J’ai donc procédé à ce vote et puisque cela doit se faire en huis clos, je ne dirai que les noms de ceux qui n’ont obtenu aucun point : « Fils unique », (hélas !), « Quartier général », « Le Bois des amoureux »… Disons, pour préciser un peu que le tiercé s’est joué entre « Disparaître », « Journal d’hirondelle », « Marilyn », « Contours du jour qui vient », « Les Bienveillantes » et « un Pont d’oiseaux »… C’est sur ce flou là que j’ai demandé aux élèves de s’empoigner demain, au cours du café littéraire.
 
Réaction de collègue : je suis bien contente de lire de tels messages, car pour ma part, 
depuis deux jours et un énorme rhume que je suis sur Littell, mon 
sentiment d'agacement va croissant. Ce n'est pas tant le roman, que je 
trouve assez mauvais, en tout cas beaucoup trop long et oiseux, qui 
m'énerve, que le foin qu'on en fait, par ex chez Assouline, où il est 
encensé. Ces gens de lettres sont-ils à ce point éloignés de tout 
travail de forme ?
 
Voilà le verdict est tombé - et je remercie un peu tard mais sincèrement tous ceux qui m'ont éclairée sur la manière de procéder.
Choix de mes élèves…….. Le résultat aurait été le même, mais les écarts moindres en procédant d'une autre manière. La pondération a a permis de clarifier les choses. Ensuite viennent, dans l'ordre, mais assez loin, Miano et Disparaitre.
Une bonne surprise:  les élèves ont lu en moyenne environ 6 livres et une dizaine ont lu plus de 8 livres : je n'en reviens pas ! Je pense que c'est ce qui explique un choix aussi étonnant car franchement je n'attendais pas du tout Fils unique !
 
Dernières nouvelles de Sartrouville : pressés par la Fnac qui nous sommait
de donner notre tiercé et notre délégué dès ce soir, nous avons procédé à
tous les votes : le système d'Agnès a fonctionné à merveille et le bulletin
de vote de Martine a fait son office : le vote a duré 20 minutes, le
dépouillement, 40 mn. Cela n'a pas choqué les élèves que leurs voix n'aien
tpas la même valeur selon qu'il savaient lu peu ou beaucoup, et tout s'est
bien passé.
Il y avait 4 candidats, qui avaient tous quasiment tout lu (entre 12 et 13
livres ! j'étais épatée !!), et le vote s'est fait à deux tours, majorité
absolue, puis relative pour les deux restés pour le 2e tour.
Le tiercé de la classe ne me déplaît pas, Nothomb ayant rapporté peu de voix
par rapport à d'autres :……………………………………………………….
pas très loin derrière, il y avait Vallejo, Fleischer, mais Laurens n'a rien
rapporté, ni Bataille comme on pouvait s'y attendre.
 
 

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Les oliviers et la mousse du bosquet

Publié le par Eric Bertrand

Une petite info avant de retrouver le journal : le site « auteur » est remis à jour, il comporte les derniers éléments liés au Ponton (couverture, photos, annonces diverses…) Rappel de l’adresse : http://www.ericbertrand.fr
 
               « Journal du 13.08 : je suis en train de finir la relecture et je retravaille la scène qui se passe chez Gilda. Il y a d’abord l’épisode du bosquet qu’il faut préciser. Le thème du bosquet est un cliché, il faut lui donner plus de réalité, d’où les précisions que j’ai apportées : tout au long du sentier qui mène à la villa, il y a des oliviers, et entre chaque olivier, un tapis de mousse (détail important pour le confort de ce qui va s’y jouer)
              D’autre part, autre moment important, celui de la confrontation entre Carolina et Gilda : il faut mieux faire comprendre ce que cette fille réveille comme souvenirs difficiles chez les deux sœurs. D’où une analyse plus juste de la confrontation, et le motif de la gifle qui est nouveau et qui conclut la scène.

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Il blu della Sicilia e l'acqua dappetutto...

 

Rubrique Goncourt :
Une rentrée Goncourt très chargée
 
              Semaine riche en événements à l’horizon… Tandis que les Académiciens préparent leur annonce du Prix Goncourt 2006, en classe ce matin, nous définissons le tiercé gagnant et chaque élève justifie clairement son choix. Mardi, nous organisons notre second café littéraire en présence d’une équipe de FR3 qui tourne un reportage sur « le Goncourt des lycéens en France », et, toujours mardi, un peu plus tard dans la journée, élection du délégué que j’accompagnerai vendredi matin à Rennes pour les délibérations régionales. Lundi prochain, enfin, ce sont les délibérations nationales. J’essaierai de tenir un petit reportage régulier tout au long de cette semaine…
 
Réaction de collègue :
Et merci aux méditerranéennes et à celles de l’ »Ouest » (c’est 
marrant, vous en parlez peu de ce roman, ici, les élèves apprécient et 
Sylvain et moi trouvons que c’est un des meilleurs textes). Le blog 
d’Albert… a collapsé juste après que j’ai copié le lien pour vous le 
transmettre hier. Ce week end, il est donc dans le coma, et moi pas 
très loin de l’apoplexie.
Je suis bien contente que ce Boulin (avec lequel on peut contrepéter, 
Jean hélin bourrique ou Jean Elic Bourin) se soit montré aussi piètre, 
cela dit sur le blog de la fnac, il attire les minettes énamourées.
Quelle chance vous avez d’être autant suivis par vos fnac : chez nous, 
rien depuis Troyes, où le délégué s’est borné à nous accompagner - 
c’est super, les petits-déjs lecture !
 
 
Entre deux réflexions sur le déroulement des élections, je vous propose un lien plutôt attractif où il est possible d'entendre plusieurs auteurs de la sélection parler de leur roman...
En cadeau, une jolie citation tirée du Bois des amoureux qui pourrait être, à mon avis, un point de départ intéressant pour une réflexion sur ce que le romancier apporte au lecteur...
"Il y a des gens comme ça, Fasbellon, ça vous dépasse, hein, des gens qui donnent. Des gens qui sont chargés de voir pour les autres, de vivre pour ceux qui ne savent pas vivre, des gens qui ont la tâche de vivre pour ceux qui ne sont pas nés ou pour ceux qui sont morts, des gens qui regardent pour ceux qui n'ont pas d'yeux, voilà, maître Fasbellon, voilà... je veux dire des gens comme... comme je ne sais même pas comme quoi, des gens, si vous voyez ce que je veux dire, Fasbellon." (p.122)
Par ailleurs, je serais curieux de connaître les avis des uns et des autres sur les Bienveillantes : à 200 pages de la fin, je suis, personnellement, plutôt indécis, mais ne partage pas les avis assassins ou dithyrambiques de certains critiques, dont la lecture caricaturale me laisse penser qu'ils n'ont pas dépassé la "Toccata"... Le vrai défaut du bouquin, selon moi, n'est pas (comme on l'a entendu) la complaisance dans le morbide, mais plutôt un certain manque de...romanesque : je n'ai pas été emballé par les longs passages qui font le compte rendu des réunions et autres conférences - comme si Littell s'était contenté de retranscrire au lieu de recréer... Deux passages m'ont en tout cas marqué : la "sélection" (pp.558-560 - qui mériterait un rapprochement avec le début de Si c'est un homme) et les réflexions qu'inspire au narrateur un important discours de Himmler (pp.610-618), qui font écho aux premières pages du livre.

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Les jeux de caractère.

Publié le par Eric Bertrand

« Suite du journal du 12.08 : Ainsi je travaille le côté rebelle d’Ornella qui se manifeste dés l’adolescence, le côté trouble de Tiziana, le côté calculateur de Salvatore sur le ponton. Comment un manipulateur s’y prend-il dans un espace de transparence comme un ponton ? Il a notamment la fonction de révéler Tiziana, de la faire sortir de ses gonds et conventions.
              Il faut donc décrire la jeune fille comme une créature guindée qui ignore sa féminité et qui ne sait pas mettre en valeur sa beauté et sa grâce. C’est cela aussi la fonction du ponton et sa valeur expérimentale. Cette prude, pétrie de principes découvre la sexualité. Il faut le suggérer.
              Salvatore est tendance sadique. Il joue sur le désir de sa partenaire… mais il ne fait que jouer. Il n’a pas envie d’aller plus loin. Ce qu’il cherche surtout à faire, c’est se venger d’elle. Par ailleurs, dans le processus d’écriture et d’analyse, je « vois » beaucoup plus mes personnages et je décèle leurs tics : petit bout de langue de Gilda quand elle est heureuse, passion de l’autorité de Tiziana…

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Un po di sale nei personnagi...

 

Rubrique Goncourt :
Lecture des Bienveillantes
 
              Après onze jours de « siège », j’achève aujourd’hui 3 novembre la lecture de cet énorme roman. En dépit des apparences, je ne suis pas un lecteur assidu. Trop de sollicitations, pas l’habitude, ni le temps de tout mettre en veilleuse et de me plonger deux à trois heures d’affilée en pleine journée dans la lecture… Mais là, pas le choix ! C’est aussi le contenu de la mission que j’ai acceptée… Et ce soir, c’est un immense soulagement, celui de l’avoir accomplie (car avec les Bienveillantes, c’est aussi la fin de toutes les autres lectures ! Même si je concède ne pas avoir bien lu certains ouvrages « qui ne passaient pas » : le Bois des amoureux, Quartier général du bruit, Supplément au roman national, Contours du jour qui vient…)
              Quelle libération ! Cours à préparer, copies, activités sportives, théâtre, écriture… Difficile de tout concilier avec cette charge supplémentaire ! Nous allons passer sereinement à la phase publique de cet effort de lecture. J’y consacrerai des articles, en alternance avec cette série un peu longue sur les Bienveillantes, pour lequel j’ai tenu un « carnet de bord » spécial dont je livre le contenu très prochainement.
 
Réaction de collègue :
Pour compléter ce que tu dis sur le titre et Electre,
je peux rajouter que j'ai fait travailler mes élèves
sur l'Orestie: les rapprochements entre le narrateur
et Oreste sont plus qu'évidents et assez féconds. Sans
compter la fonction des autres personnages. D'ailleurs
l'auteur a refusé de placer le problème du mal dans
une perspective judéo-chrétienne mais a préféré le
développer à la lumière de la tragédie grecque et du
concept de la "dikê".
 

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Va et vient du dramatique au narratif et vice versa

Publié le par Eric Bertrand

Dans l’attente de nouveaux événements, je reprends le fil du « journal de création du Ponton », là où je l’avais laissé :
              « Journal du 12.08 : l’une des différences qui m’apparaît au fur et à mesure des corrections qui avancent (j’en suis à la page 24), c’est que, dans le narratif, je m’attache beaucoup plus à la psychologie des personnages, à ce qui se passe sous la peau et à toutes ces manifestations qui effleurent dans l’analyse et qui passent inaperçues au théâtre. Au théâtre, les choses doivent être manifestées de façon beaucoup plus évidente et tant pis si le spectateur ne les perçoit pas.
              Même si, dans ma relecture de la pièce, je vais faire en sorte d’enrichir le texte de ces nuances, il me semble impossible de les intégrer. D’où, une fois de plus, l’intérêt de cette formule d’ouvrage double dans laquelle, décidément, je trouve intéressant de m’investir !... Quelles sont ces « nuances » dont je parle ? Quelques exemples demain...
 
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Gira, gira la testa di Gigi...

 
 
Rubrique Goncourt :
 
Interview d’Amélie Nothomb. Rencontre du 11 octobre. (4/4)
 
 
Vous dîtes toujours avoir peur du ridicule, de vous faire trop remarquer mais pourtant vos livres sont tellement spéciaux…
 
Vous avez tout à fait raison, c’est très paradoxal. C’est vrai qu’il y a en moi ce côté très adolescent : « -surtout ne nous faisons pas trop remarquée… » et en même temps mes livres ne collent pas avec cela. Mais j’assume tous mes paradoxes, ce paradoxe se retrouve d’ailleurs dans Journal d’ Hirondelle, c’est un livre sur le thème du secret. En soi c’est un paradoxe car est-ce que le meilleur secret ne serait pas de ne pas écrire de livre ? Mais non, le livre doit quand même exister, il doit exister pour que le secret soit préservé, c’est absurde !
 
Donc vous êtes quelqu’un qui se décrit comme paradoxal…
 
Oui enfin j’ai l’impression qu’on est nombreux dans la confrérie ou du moins, j’essaie de me rassurer en le pensant…
 
Et avez-vous eu d’autres projets avant d’écrire vraiment ?
 
Aucun. C’est aussi une chose qui, je croie, me différencie de beaucoup de gens, c’est que je suis un peu un néant, je ne suis bonne à rien, je n’ai pas particulièrement envie de faire 10000 choses, j’ai envie d’écrire, point. Je suis une vraie monomaniaque, et cela tombe bien car je n’ai de talent pour strictement rien d’autre. Je suis moi-même entourée de gens qui ont tous les talents, qui défilent bien, qui jouent d’un instrument de musique, qui font du sport… Moi, en dehors de l’écriture vraiment, il n’y a rien. Mais je constate que ce rien m’a quand même conduite à quelque chose parce que vos m’auriez rencontrée à vos âges, je n’étais rien, je n’étais pas comme vous. Jamais je n’aurais participé au Goncourt des lycéens, jamais je n’aurais eu le courage de faire une chose pareille. Ce qui m’a permis de dépasser mon isolement qui était formidable, c’est le fait d’écrire et le fait de publier des livres. C’est une intégration par voie de littérature.
 
Votre « isolement formidable » est encore un autre paradoxe…
 
(rires) Oui, c’en est un.
 
Et connaissez-vous d’autres écrivains dans ce milieu ?
 
Vous savez, c’est très difficile. Ma position n’est pas facile parce que je suis un écrivain très envié, cela fait 14 ans que je suis best-seller et il n’y en a pas d’autres que moi à l’être depuis si longtemps. En plus je ne suis pas cacochyme, je n’ai pas l’air foncièrement désespérée donc ça suscite de grandes jalousies chez les autres et il n’y a rien à faire quand je vais au devant d’eux, c’est peut être paranoïaque de ma part mais je ne le pense pas, je sens toujours des sous entendus extrêmes qui sont gênants, il n’y a pas de transparence, il y a toujours des petites perfidies qui sont lancées… Finalement les seuls écrivains avec lesquels je peux vivre de grandes amitiés sont les écrivains de best-seller car il n’a y pas ce côté :  « -Oui mais vous n’êtes qu’un écrivain commercial » ou des petites piques comme ça. Je suis par exemple très amie avec Henri-Emmanuel Flique qui en effet a des ventes phénoménales donc quand je le vois je sens bien qu’il ne se pose pas la question :  « -Est-ce qu’elle vend plus que moi ?? » (rires).
 
Donc ce côté commercial, vous l’assumez totalement…
 
Vous savez je ne l’ai pas fait exprès mais d’autre part je ne pleure pas. Franchement, gagner beaucoup d’argent, je ne vais pas vous dire que c’est foncièrement désagréable ! (rires)
 
Et comment accueillez-vous la critique ?
 
Avec l’habitude… Vous savez on n’est pas best-seller depuis 14 ans sans des démolitions à n’en plus finir… Ca a commencé dès le deuxième livre, je ferais même mieux de dire dès le premier qui a été « ratiboisé » par la critique en Belgique mais à cause du nom que je porte. Par contre en France, ô merveille personne ne savait qui étaient les Nothomb, cela s’est très bien passé. La France m’a un peu fait l’effet d’être le pays du Salut, vous savez un peu comme l’Amérique pour les Européens, les bagnards qui fuyaient … Tout dépend du niveau, les critiques pour journal d’Hirondelle n’ont pas été bonnes par exemple mais franchement ça va. L’an passé j’ai écrit le livre Acide sulfurique qui m’a valu des critiques insupportables…
 
Ce livre est pourtant magnifique, vous faîtes la juste comparaison de la télé-réalité et des camps de concentration…
 
C’est très gentil vous me faîtes bien plaisir en me le disant mais si vous saviez,j’ai été vraiment humainement insultée et ce qui était pour moi insoutenable, c’est qu’on m’accusait, avec ce livre, d’insulter les victimes de la Shoah… Alors que c’était exactement le contraire ! J’ai écrit pour que cela ne se reproduise pas car il me semble que l’on n’est jamais vraiment à l’abri de ces choses là. Ca c’était vraiment une insulte gravissime très très pénible à endurer. Après ça si on se contente de dire que votre livre est nul, vous haussez les épaules.
 
Mais les critiques restent des critiques et les lecteurs avant tout des lecteurs !
 
Exactement. C’est pour les lecteurs qu’on écrit.
 
La grande majorité de vos lecteurs a d’ailleurs aimé Acide sulfurique !
 
Ah bah vous me faîtes plaisir ! (rires)
 
Et justement, que pensez vous réellement de la télé-réalité ?
 
Franchement j’en pense exactement la même chose que ce qui est dit dans ce livre. Alors il y a des critiques qui m’ont dit : « -Mais enfin comment pouvez vous comparer la télé-réalité avec les camps de concentration ? Quand bien même on pourrait avouer qu’il y a des choses graves dans la télé-réalité, cela n’atteint pas du tout ce degré ! ». Je leur ai alors demandé s’il fallait attendre l’insoutenable pour réagir ou réagir dès que ça devient inacceptable. C’est exactement ce qu’il s’est passé en 1940, c’est parce que les gens disaient : « -Oui mais ils ne sont que déportés… », on ne savait pas qu’ils étaient gazés mais est-ce que l’idée qu’ils soient déportés n’est pas déjà insoutenable ? N’y avait-il pas déjà de quoi réagir ? Donc il faut réagir tout de suite, il ne faut bien sûr pas attendre qu’il soit trop tard pour le faire !
 
Réaction de collègue :
 
Je viens de lire le message de Véro et je n’ai rien à ajouter. Je partage l’analyse y compris les effets de la rencontre sur les élèves qui, pour certains des miens, étaient persuadés qu’ils allaient s’ »em… » ( ainsi qu’ils l’ont dit ensuite à Mylène Reboul, notre représentante de la FNAC lors de sa visite hebdomadaire). Ils ont été enchantés et redynamisés pour la majorité, avec des jugements assez pertinents sur les auteurs : on s’amuse avec Boulin ( genre jeu du chat et de la souris mais les élèves se sont pris pour les chats et non l’inverse !), et on prend au sérieux Audouard surtout. Olivier Poivre d’Arvor qui a mis longtemps à se dérider, a moins plu. 
Le rythme de lecture des élèves est bien reparti depuis la rencontre et en dépit de notre lycée-chantier-bourbier qui nous fait rentrer dans des salles algéco humides, très humides même, après les intempéries, forcément méditerranéennes, de la semaine.
Je partage les interrogations d’Agnès quant à L’Amant en culottes courtes que je viens de terminer et qui n’a aucun succès auprès de mes élèves.
Merci à Eric pour son courrier concernant Fils unique, sur lequel mes élèves de 1e L se sont jetés ( deux élèves l’ont achetés puisque ma classe Goncourt est une classe de seconde) après un cours où j’avais évoqué son existence comme fausse autobiographie. Le bouche à oreille a ensuite fait le reste. Comme j’ai programmé Don Juan et Les Liaisons  la question du libertinage au XVIIe et XVIIIe siècle est au coeur de mes préoccupations.
Je reviens au Goncourt pour évoquer aussi l’émission de Radio Bleue Roussillon à laquelle nous avons participé, trois des élèves de la classe, Mylène Reboul et moi. Ce devait être une émission interactive sur la lecture avec des questions d’auditeurs mais il semble que la tranche horaire (comme on dit dans le jargon radiophonique) de 9h-9h30,  ne soit guère favorable à la lecture car nous n’avons eu aucun appel téléphonique ! L’intérêt de l’entreprise n’en a pas moins été très grand, notamment en ce qui concerne l’expression orale et la capacité à répondre avec clarté sur les livres lus.
Le blog est reparti ( la fermeture du CDI avait un peu arrêté l’activité des élèves) et je vais dire à mes élèves d’aller regarder celui d’Amiens puisqu’il est ouvert !
 
 

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