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theatre au lycee

Répétition du 15.02

Publié le par Bertrand

Fatigue de fin de période, effets de la sortie au théâtre, des deux semaines de bac blanc ? Les héros sont fatigués. Bref pas une répétition qui fera date… Les textes ne sont pas suffisamment maîtrisés. Trop de livres circulent encore dans les mains et cassent le rythme…
              Nous avons répété l’acte 2 dans son intégralité. Le poulet a commencé ses migrations et sert d’exutoire aux acteurs avant l’entrée en scène. L’acte 2, c’est surtout la pièce dans la pièce et le lancement du « Ceilidh ». C’est à Sheumas que revient la charge, à travers une longue tirade qui suit les ballets de claquettes, d’annoncer l’entrée en scène du metteur en scène. Ces longues tirades posent souvent problème. Ronan joue ce passage de façon un peu monocorde. La tirade plombe. Voilà ce que je propose : je prévoyais de dire un texte en gaélique et d’apparaître en kilt. C’est à ce moment que je vais le faire. D’abord, je dis mon texte, puis Sheumas me rejoint et le monologue se transforme en dialogue. Cela aura pour effet, outre la couleur locale, de donner de l’énergie à ce passage. Nous essaierons cela dés la rentrée.
              A noter un nouvel accessoire qui concerne une nouvelle fois Ronan : il va se munir d’une cravache. Ainsi, le fils Sinclair qui joue les petits chefs et cherche à rivaliser d’ambition avec son père acquerra-t-il davantage d’autorité. Nous finissons la répétition à 15h00 et Jenny donne rendez vous aux claquettistes samedi entre 13h30 et 15h30. La journée théâtre n’est pas finie, nous rencontrons en soirée Arlette afin de mettre au point la face musicale du spectacle. C’est le propos de demain, quant à la découverte d’Ackergill Tower, ce sera pour samedi !
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Le Silence de Molière

Publié le par Bertrand

Deuxième pièce proposée aux élèves à la Passerelle de Saint Brieuc… Mise en scène par Arthur Nauzyciel, à partir du « Malade imaginaire » et d’un texte de Giovanni Macchia qui envisage notamment une confrontation entre Molière, auteur fatigué et hanté par le vieillissement et sa fille. Pièce funèbre, austère, longue, étirée dans les deux heures trente sans entracte.
              «Le Silence de Molière »… Quelque part à proximité des toilettes. Avant de monter dans le car, un élève a « fêté » le permis d’une copine. Il s’est fait remarquer en criant dans les couloirs, puis en dodelinant de la tête. Confronté à de vieux démons, je l’interroge un peu brutalement. Il articule une vague défense. Nous sommes trois à l’encadrer quand le spectacle débute précédé par un discours d’intermittents du spectacle. Puis le scénario du « Malade imaginaire »… Un être qui geint, qui tousse, qui crache, et le scénario mis en abyme avec mon élève dans les toilettes où un monsieur éclaboussé essuie le pan de sa veste en maugréant, « c’est une honte, amener des gens ivres au théâtre ! ».
              Deux tentatives pour revenir dans la salle, mais c’est en vain. Il titube. Piteux, il tient son sac en plastique comme on tiendrait un poisson rouge... Le scénario recommence. La pièce se jouera dans une salle aux murs rouges, de part et d’autre d’une grande table. C’est un prof et son élève, un élève mortifié, qui se retrouvent là, réunis par les circonstances et prêts à parler pendant deux heures. Ils n’ont jamais eu l’occasion de causer. Maintenant, ils ont du temps, ils sont face à face, avec le poids de la réalité et le cynisme du désordre organique. L’élève commence à confier à son prof qu’il lui en a voulu de lui avoir mis une sale note au contrôle, mais que ce n’est pas ça le mauvais prétexte pour s’être comporté comme il l’a fait… La conversation devient franche, aisée, presque pathétique.
              Depuis que je me suis installé là, avec lui, refusant la proposition des jeunes employés du théâtre de le « garder », je sens qu’il va se passer quelque chose sur cette scène là. Peut être de plus essentiel que sur la scène au-dessus…
              Je prends plaisir à l’écouter. Il parle sans masque. Je pense à la chanson de Ferré : « Les gens, il ne faudrait les connaître que disponibles, à certaines heures pâles de la nuit… ». Nous avons des choses à nous dire. Et puis cette attitude qu’il regrette profondément, qu’il voudrait effacer. Revenir en arrière, s’installer avec les autres, assister au spectacle. Mais l’acte est là, derrière lui, en face de lui, autour de lui. Il grelotte dans son tee-shirt souillé. Les gens de la Passerelle lui donnent un tee-shirt qui porte un bel écusson. Il faut qu’il assume le geste qu’il refuse. Il faut qu’il porte une responsabilité dont il a honte. Je compatis. Il est authentique dans ses propos. Mais son attitude est la cible des sarcasmes. Tout le théâtre sait. Des gens offusqués se sont renseignés. Il s’agit du lycée de Loudéac. Les officiels l’ont repéré. Ils le considèrent avec des mines réprobatrices. Il faudra en porter les conséquences. Je ne peux faire le secret sur ce qui vient de se passer. Mon rôle est inévitablement d’en faire état auprès de l’administration du lycée même si, comme nous l’avons établi l’un et l’autre avant que deux élèves qui s’ennuyaient ne nous ait rejoints, l’essentiel doit se jouer quelque part, sur la scène de la conscience.

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Des bouts de spectacle dans les oreilles

Publié le par Bertrand

             J'ai toujours été un adepte de la course à pied. « Quel plaisir y a-t-il à courir ? », « il faut être maso ! », « en plus, il faut souffrir seul, dans les autres sports au moins, on est plusieurs et puis on peut aller boire un coup avec l’équipe ! », « y en a qui disent que courir libèrent des toxines de plaisir ! », « ah, ces joggers du dimanche, il faut vraiment être enragés ! » (et j’édulcore les mots)… Voilà en bref quelques instantanés que j’ai souvent entendus à propos de cette activité sportive. Je ne vais pas me lancer non plus dans l’apologie de ce sport particulier et puis… quel rapport avec le spectacle  et la création ? Restons cohérent dans ce blog ! Comme disaient mes professeurs à la fac, il faut savoir tenir la problématique ! Alors voici les mots clés ! L’Ecosse, le spectacle.
              Parmi mes nombreuses occupations «  nature » en Écosse, je consacrais beaucoup de temps à sillonner les secteurs sauvages en courant, plutôt aux premières heures du jour ou au moment du crépuscule. Magnifique moyen d'aller au contact de la beauté d'un paysage, d'une atmosphère, d'un moment de lumière… J'ai emmagasiné ainsi un fonds de sensations. Il y a toujours dans certaines matinées légères, dans les couleurs du ciel, les cris d'oiseaux, l'arrangement de l’horizon, des collines, des arbres, des fleurs, quelque chose comme de la « correspondance » au sens baudelairien du terme. Ca veut dire simplement qu’en courant, je retrouve des émotions liées à l'espace, à cette impression du sauvage grandeur nature (du « wild » dirait Jack London ) que me communiquait la course dans un tel cadre.
              Outre cette perception intime des choses, j'expérimente depuis deux mois environ un baladeur MP3 que j'ai accroché à mon bras. Je cours sur le rythme de musiques dont beaucoup sont écossaises. Le groupe Run Rig, (qui occupe une place importante dans le spectacle et auquel je consacrerai un article prochainement) fait partie de ces artistes qui parviennent à traduire dans leur musique toute la magie de l'Écosse.
              Au détour d'un sentier, à la faveur d'un éclairage particulier, d'un moment d'exaltation, la musique remplit l'espace. J'ai choisi des airs plutôt entraînants. Il n'y a pas que Run Rig dans le spectacle. Il y a aussi la chanson de Mylène Farmer « Fuck them all ». C’est le grand moment de l'entrée en scène des sorcières et le prétexte à un nouveau ballet. Je descendais une petite côte quand la musique a commencé et tout le spectacle s’est mis à défiler.
              Il n'y a pas que des moments de trac et d'angoisse avant un spectacle !

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Recherche poulet désespérément

Publié le par Bertrand

              Dans les petites anecdotes qui accompagnent la préparation d'un spectacle, il y a la recherche des accessoires. Les accessoires sont très utiles aux comédiens. Quand on travaille avec de jeunes comédiens, ils rendent de précieux service. Ils donnent une contenance, ils fournissent l'occasion de jeux de scène et donnent une énergie préhensible… et pour le public, c’est de l’ordre du visuel !
              C'est moins dans le souci d'occuper les personnages concernés qui sont suffisamment à l'aise que dans l'idée de ménager un jeu de scène savoureux, suscité d'une certaine façon par le délire du texte, que nous est venue l'idée du poulet.
              Dans leur délire verbal, les sorcières, encore elles, évoquent par jeu et par moquerie, le couple romantique que formaient, dans le passé, John Sinclair et Fiona, et aussi dans le présent, Max et Heather. La scène se passe dans le pub du Black Cat, la pièce n’a pas encore commencé et les sorcières « s’échauffent » :
« …Lou :Nos marmites se remplissent de poulets rôtis, de cuisses de grenouilles et de crapauds à l’étouffée !(…)
Lou : Silence !... Le thème de la pièce, c’est John Sinclair, John Sinclair est cuit ! Vous vous souvenez ?
Diana : Oui, c’est vrai, John Sinclair est cuit !
Suzy :John Sinclair est cuit !
Lou : Rôti comme un pigeon !
Suzy :Il a voulu voler de ses propres ailes !
Diana :Il s’est cassé le bec !
Suzy :Sa pigeonne aussi… Et elle a froid dans sa volière !
Lou :Nous sommes au courant des courants d’air !(…)
              Lou a sorti une marmite à confiture. Elle touille tout en causant avec ses comparses une immonde mixture. C'est alors qu'elle exhume le fameux poulet, lequel va voltiger entre les sorcières ! En ces temps où l’on parle beaucoup de grippe aviaire, cette migration effrénée du poulet peut être d’un effet cathartique (on se libère d’une angoisse), en tout cas désopilant !
« Lou :Les tourbillons sont affamés. Le gouffre noir exhibe son nombril !
Diana : Les tentacules remontent du fond des abysses et des monstres énormes bavent dans l’écume !
Suzy :Les vieux massifs d’Ecosse se soulèvent et crachent des jets de vapeur pestilentielle. Les créatures affolées errent de tous côtés. »
On n’est pas loin du chaos et on peut lire entre les lignes !
              D’autant qu’on retrouve le poulet contaminé (issu de la mixture des sorcières) un peu plus tard, au moment de la scène terrible où Georges offre à son frère le rituel « morceau de viande salée » !... Ainsi, le passage cité qui précède ce dernier, outre sa fonction comique, apparaît comme une mise en abîme de la scène venir. Le poulet offre en effet au spectateur, piteux d’avoir sans doute bien ri, une image dérisoire du Destin !
              Mais il a bien fallu le trouver ce poulet ! Ce week-end, à Nantes, nous avons oublié de chercher dans un magasin de farces et attrapes… Mais ce matin, en surfant sur Internet, Jenny a trouvé, dans le rayon de la nourriture pour chiens, un magnifique poulet en latex,50 cm au garrot !

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Les potentialités d'une actrice

Publié le par Bertrand

Léonor me l’a dit plusieurs fois, elle ne parvient pas à intégrer dans son jeu le motif de la danse écossaise dont j'ai déjà parlé au sujet de son entrée en scène. L'idée me semblait pourtant intéressante parce que j'y voyais notamment, pour le personnage, l'occasion de manifester sa joie en retrouvant les gestes de son enfance au pays. (Voir la photo de Highland dance telle qu’on la pratique dés les petites classes)
              Je lui ai demandé de ne plus y penser et d'essayer autre chose. Il est ridicule, quand on est metteur en scène, de chercher à imposer un type de jeu à un comédien ou une comédienne. Surtout quand on travaille avec des lycéens. Au contraire, plutôt que d'imposer une certaine idée du personnage (projet d’autant plus difficile à tenir que, dans cet atelier où je suis à la fois auteur et metteur en scène, je suis confronté à une sorte de schizophrénie !)… Mais j’en suis convaincu, mieux vaut laisser la comédienne lui donner sa chair.
              C'est justement l'un des plaisirs de la mise en scène : observer un être humain, sentir ce dont il est capable et l'amener, par une espèce d'alchimie, à ses limites extrêmes. Ne pas forcer, mais conduire. Quel beau projet, et on y arrive seulement à condition d’un travail intense d’écoute, de regard, de sympathie (au sens anglais : « to be in sympathy with »…) C’est dans ce sens aussi que le metteur en scène fait partie de la troupe. Quand il travaille avec l’un ou l’autre de ses comédiens, il n’en finit jamais de dessiner les contours…
              La figure que travaillait Pygmalion était de cire. C'est avec cette cire là qu'il a fait Galatée.
A propos de Fiona dans Ackergill Tower, un bel exemple de “reconversion” d’un ancien bâtiment devenu résidence de luxe ! Ce manoir cultive-t-il encore la légende de sa « green Lady » ? Il faudra que j’aille y refaire un tour en avril prochain ! (plus rien à voir avec le château que j’ai connu ! Je parlerai de ma première visite à Ackergill prochainement !
 
 
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