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livres

De la parure aux bijoux, un cheminement inverse

Publié le par Eric Bertrand

               La notoriété de ce conte de Maupassant intitulé « la Parure » n’est plus à faire et le lecteur (ou le spectateur) se souvient probablement de cette histoire atroce et cruelle d’une femme qui, pour briller dans un bal, avait demandé à son amie de lui prêter un beau bijou qu’elle a malencontreusement perdu.

               Alors commence le long et patient combat de la malheureuse pour rembourser « la parure » jusqu’au jour où, à bout de force, elle apprend que la parure était fausse. Dans le conte « les bijoux » (extrait du recueil « Clair de lune ») c’est le contraire. Un mari considère comme un caprice léger de sa femme la quantité de bijoux fantaisie qu’elle accumule dans son existence. Jusqu’au jour où, après son décès, il décide de revendre « les breloques ».

                Après expertise, il découvre que tout ce toc vaut de l’or et que sa femme a reçu en cadeau, probablement d’un amant pâmé, cette parure sans cesse régénérée !

 

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Moments de révélation d'enfance

Publié le par Eric Bertrand

            Certains textes littéraires ont une force brute. Ils vont, en quelques lignes, à l’essentiel. Ils constituent des fables implacables sur ce que Cesare Pavese appelle « le métier de vivre ».

            Ainsi Leiris dans l’Age d’homme, raconte comment, à 7 ans, il a découvert la perfidie des adultes lors d’une opération des végétations, pratiquée sans anesthésie par le médecin de la famille qui, en accord avec la mère de l’enfant, avait prétendu, avant de couper à vif, qu’ils allaient « jouer à la cuisine ».  Leiris explique, à travers cette anecdote à valeur de véritable apologue, comment il a appris à se méfier, comment il a compris que le monde était « plein de chausse-trappes » et qu’il n’était sur terre que pour devenir chair à souffrance...

              Ainsi également le conte de Maupassant, « Garçon, un bock ! », où l’on entend la voix d’un enfant, qui, le jour de ses 13 ans, petit bonhomme gai et fantasque, découvre la méchanceté à l’état brut à travers une violente scène de dispute entre ses parents qu’il croyait unis et tendres...

 

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Edgar Poe s’exprime sur l’idée de « genèse over blog »

Publié le par Eric Bertrand

                  Je relis et continue de découvrir en ce moment des textes d’Edgar Poe dont les œuvres produisent toujours sur le lecteur une impression délicieuse d’intelligence et de sens du mystère.

                  J’ai entre les mains un recueil dont je connaissais quelques pièces comme l’hallucinant traité sur la folie que constitue « le Système du docteur Goudron et du professeur Plume » dans Histoires grostesques et sérieuses et je trouve, sous le titre « Genèse d’un poème », ce passage qui me renvoie directement à l’idée qui m’avait fait, il y a maintenant plus de quatre ans, ouvrir ce blog intitulé « Genèse overblog ».

Bien souvent j’ai pensé combien serait intéressant un article écrit par un auteur qui voudrait, c’est-à-dire qui pourrait raconter, pas à pas, la marche progressive qu’a suivie une quelconque de ses compositions pour arriver au terme définitif de son accomplissement. Pourquoi un pareil travail n’a-t-il jamais été livré au public, il me serait difficile de l’expliquer ; mais peut-être la vanité des auteurs a-t-elle été, pour cette lacune littéraire, plus puissante qu’aucune autre cause.

Beaucoup d’écrivains, particulièrement les poëtes, aiment mieux laisser entendre qu’ils composent grâce à une espèce de frénésie subtile, ou d’intuition extatique, et ils auraient positivement le frisson s’il leur fallait autoriser le public à jeter un coup d’œil derrière la scène, et à contempler les laborieux et indécis embryons de pensée, la vraie décision prise au dernier moment, l’idée si souvent entrevue comme dans un éclair et refusant si longtemps de se laisser voir en pleine lumière, la pensée pleinement mûrie et rejetée de désespoir comme étant d’une nature intraitable, le choix prudent et les rebuts, les douloureuses ratures et les interpolations, — en un mot, les rouages et les chaînes, les trucs pour les changements de décor, les échelles et les trappes, — les plumes de coq, le rouge, les mouches et tout le maquillage qui, dans quatre-vingt-dix-neuf cas sur cent, constituent l’apanage et le naturel de l’histrion littéraire.

 

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« Horace » et les situations dites « cornéliennes » (2/2)

Publié le par Eric Bertrand

                La situation est donc hautement tendue dans la pièce de Corneille dont les personnages sont directement impliqués dans le conflit entre Rome et Albe : pour éviter le bain de sang, il a été décidé que les deux camps enverraient chacun trois de leurs meilleurs guerriers. Belle occasion pour les héros de Corneille de faire valoir leur « réputation » et leur « gloire » (les mots sont ô combien cornéliens) ! D’ailleurs, aucun d’eux ne recule devant le défi. C’est un défi viril par excellence et le héros y voit justement l’occasion logique de briller de façon unique pour sa patrie.

                Disons-le simplement : l’acte héroïque est un impératif moral chez Corneille. Mais on ne fait pas de bonne tragédie avec de la morale. Et nous y voilà ! Tout le génie de Corneille tient dans ce que la langue courante (pas si courante que cela tout de même) qualifie justement de « cornélien ». Il y a situation cornélienne sitôt que le sentiment contrarie la raison : dans cette pièce, Sabine est originaire d’Albe, mais elle est mariée à Horace qui est de Rome (ah, le prestige de l’étranger !) De son côté, Horace est le frère de Camille, qui elle, en bonne Romaine qui se respecte (et qui cherche elle aussi la complication !) est fiancée à Curiace de... Albe !

                 Le lecteur entrevoit ici le terrible dilemme qui se pose à la fois aux hommes et aux femmes. Curiace doit-il, pour honorer sa patrie, tuer le frère de sa fiancée, et Horace tuer celui qui doit devenir son beau-frère ? Sabine doit-elle espérer la victoire de son pays ou la mort de son mari ? Camille doit-elle préférer voir mourir son frère ou son amant ? Toute la tragédie est construite sur cet insupportable cas de conscience, d’autant plus insupportable que chacun des héros, homme ou femme, possède un sens exacerbé de la famille et de la patrie.

 

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« Horace » et les situations dites « cornéliennes » (1/2)

Publié le par Eric Bertrand

Il arrive d’utiliser, à propos d’un problème ou d’une situation inextricable, l’adjectif « cornélien ». Etre confronté à un choix « cornélien »... Que vient donc faire le vieux Corneille dans cette affaire ? On pense immédiatement aux cas de conscience de Rodrigue et Chimène dans le Cid, mais une seule pièce ne suffit pas à justifier une étiquette et Corneille est coutumier de la chose ! Je profite de ma relecture de la tragédie Horace  pour fournir une explication.

               La pièce nous plonge dans l’histoire de Rome... Un même territoire, un même soleil, et pourtant deux cités bien distinctes se livrent une guerre acharnée : Albe et Rome. L’actualité illustre tristement comment ces conflits qui remontent à des temps immémoriaux (et que rien ne semble pouvoir apaiser) continuent d’ensanglanter une même région du monde. C’était le cas entre les Capulet et les Montaigu dans la fameuse pièce de Shakespeare et c’est aussi le cas dans « Horace » de Corneille. Du temps de Romus et de Romulus, les frères en étaient venus, comme leurs ascendants, à s’entretuer pour des raisons similaires. On approfondira demain un conflit qui génère la situation cornélienne.

 

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