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livres

Avis sur « l’Organisme » (6)

Publié le par Eric Bertrand

Je viens de terminer ton livre !

Alors je dois t'avouer que je n'ai pas lu "quelque chose " d'aussi étonnant depuis longtemps : étonnant, parce qu'au tout début, je ne comprends pas trop bien où tu veux en venir, c'est assez déroutant, mais tellement bien écrit .... j'apprécie cette écriture riche, fouillée tout en restant simple, pour une pauvre inculte que je suis ....

Et puis et puis, je commence à m'amuser, et je réalise vraiment ; j'approche ta quête ... Il n'est pas anodin de penser qu'autrefois l'enseignement ou la médecine se retrouvaient dans la catégorie des véritables vocations, voir des sacerdoces ... beaucoup l'ont oublié, dommage, il s'agit de métiers, maintenant ....( Je me souviens personnellement d'une prof de français qui disait, lorsque les résultats n'étaient pas là : de toute façon, je serai payé pareil à la fin du mois .... ils doivent être aussi plus nombreux maintenant )

Certains passages sont fabuleux ; dans quelques années, dans les écoles, d'autres "Don Quichotte" présenteront peut-être tes œuvres et sur les ailes de leur moulin tourneront toujours les grands vents de la stupidité .... l'enseignement à tout prix en est-il là ? pourquoi donner à boire à tout prix à des individus qui n'ont pas soif .... peut-être parce que l'eau qui coule donne envie de boire !!! Le pauvre albatros a les ailes bien engluées dans la pollution de l'ignorance revendiquée ( toutes les questions se posent quant aux familles et à leur façon d'appréhender la littérature et l'instruction ... l'exemple vient souvent de plus haut !)

J'ai adoré l'idée de ce Jiminy Criquet plongé dans une conscience enseignante et un soupçon désespéré .... Heureusement on ressent tout de même un lien profond entre l'élève et le prof, malgré les horribles 17 plaies (les temps ont bien changé, et en même temps ne me dites pas que mes enfants étaient dans ces classes là .... ils étaient si bien élevés (pouff !)

Ce pauvre "organisme" est bien rempli de vengeance et de rage .... belle façon de dire que ce n'est pas toi ! Souviens toi des longs moments passés à observer les fourmis dans leur intimité, au dessus de leur fourmilière, n'est ce pas là le vrai nœud et la source de cette inspiration débordante ???

Ce livre m'a touché, m'a mis mal à l'aise par moment, j'ai ressenti de la peine, de la culpabilité (sommes nous toujours suffisamment à l'écoute de nos enfants pendant ces périodes ?) autant pour ces pauvres profs blasés que pour ces élèves, où il faut en sacrifier sur l'hôtel de notre nouvelle société où sévi en plus cette mauvaise maladie. Je n'ai pas de culture pour parler bien entendu de Rimbaud, mais en tout cas j'ai appris des choses sur lui, et je vais essayer de lire quelques lignes de ce génie ...

Pourquoi ne pas faire passer ce livre à notre Ministre de l'Education Nationale ou à un de ses sbires ....
Tellement de questions se posent dans ce concentré de lignes !!!

Continue !!!

Je t'embrasse très fort et je fais passer ton bouquin à la bibliothèque du village, ainsi qu'à quelques uns de mes neveux prof. (deux de français et un de math)

 

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« Les vampires secs »

Publié le par Eric Bertrand

             Au sujet de « l’Organisme », j’avais entamé une rubrique « avis » et elle est restée inachevée du fait d’autres actualités. L’été a ramené de nombreux « retours » que je trouve intéressants à communiquer car ils donnent un éclairage particulier...

             Comme l’écrit Michel Tournier, le livre est « un vampire sec » et c’est le lecteur qui lui communique sa chair... Tout ce papier, toute cette encre et ces lignes qui divaguent, quelle froisserie !... Surtout quand les ouvrages au cou banc s’empilent dans les rayons, s’ensommeillent.

              Mais il suffit qu’une main saisisse la tranche, qu’une paume effleure le volume, fasse bruire les pages, qu’une conscience accepte de loger les mots derrière la ligne fixe des arcades sourcilières ! Alors c’est la crypte de lecture !

              Bienvenue au « bal des vampires » à partir de demain pour continuer cette rubrique !

 

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Un Roi sans divertissement

Publié le par Eric Bertrand

                        Ce roman de Giono est une enquête sur une série de crimes perpétrés en 1843 dans une région reculée, celle du Triève dans laquelle l’auteur a vécu. Pour enquêter sur ces étranges événements apparaît un personnage nommé Langlois. Belle évocation de la nature et du hêtre au pied duquel a été retrouvé le cadavre de Marie p9. 38

                          L’une de mes lectrices attirait mon attention sur le dénouement du roman que le dénouement de « l’Organisme » lui a rappelé. Relisons ce dénouement (celui de Giono !)

 

« Et il y eut, au fond du jardin, l’énorme éclaboussement d’or qui éclaira la nuit pendant une seconde. C’était la tête de langlois qui prenait, enfin, les dimensions de l’univers »

 

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« Un Balcon en forêt » de Julien Gracq

Publié le par Eric Bertrand

                Ceux qui connaissent ce blog savent quel lien particulier m’unit à Julien Gracq dont je suis un fidèle lecteur. J’ai relu « Un Balcon en forêt » au début de l’été. Comme son titre semble l’indiquer, ce roman offre une large bouffée d’oxygène et d’humus… Et pourtant, les personnages sont plongés au cœur de la seconde guerre mondiale au moment de l’invasion allemande.

                Le personnage principal, l’aspirant Grange, vit sa mission au cœur de la forêt à proximité de la Meuse comme une aventure initiatique et une plongée dans le mystère. La forêt au cœur de laquelle on lui a confié la garde d’un fortin, est le centre d’une toile magique dont l’écrivain artisan des mots et de la syntaxe tisse les fils. La réalité de la guerre semble oublier ces confins forestiers dont l’événement majeur est la rencontre avec une « fadette », la petite Mona, qui vit avec Grange une aventure à caractère à la fois évanescent et érotique. A la fin du roman, elle disparaît comme elle est venue, au moment où les soldats allemands rejoignent le fortin. 

                A la vérité, l’action ne démarre qu’au dénouement… Mais l’essentiel est aux yeux du lecteur ce travail minutieux qu’a entrepris l’écrivain : l’écriture élégante et imagée l’amène en effet à entrer au contact d’un monde magique que la tragédie de la guerre pourrait écarter…. C’est peut-être cela qui a valu à Julien Gracq, l’inclassable, l’étiquette d’écrivain surréaliste. Que l’on relise par exemple ces deux phrases :

« On ferme les yeux quelques secondes : les armées modernes tintinnabulent encore de toutes les armures de la guerre de Cent ans ».

« C’était une peur un peu merveilleuse, presque attirante, qui remontait à Grange du fond de l’enfance et des contes : la peur des enfants perdus dans la forêt crépusculaire, écoutant craquer au loin le tronc des chênes sous le talon formidable des bottes de sept lieues ».

 

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L’Enfant de Noé d’E. E. Schmitt (3/3)

Publié le par Eric Bertrand

                Ce second passage de L’Enfant de Noé met l’accent sur l’un des personnages secondaires, ami du narrateur, gamin mal poussé qui souffre de ne plus avoir de parents et qui parle souvent de sa mère, belle et plantureuse pianiste, comme les autres, déportée...

                A la fin du roman, Rudy retrouve enfin la « grande femme souveraine, à la poitrine majestueuse, aux prunelles bleu acier, aux cheveux noirs interminables, riches et drus »... Elle est devenue une petite femme malingre, affamée, déformée par les mauvais traitements... « Il n’avait plus devant lui sa mère autoritaire mais une fillette qui ne voulait pas lâcher sa gamelle ».

                A l’issue de cette scène, Rudy parvient malgré tout à obtenir de sa mère qu’elle lâche son assiette et vienne s’installer au piano : « Elle vacilla, se rattrapa au cadre, puis observa le clavier comme un obstacle qu’elle devait vaincre. Ses mains s’approchèrent, timides, puis s’enfoncèrent délicatement dans l’ivoire ». Et ce moment de grâce au piano décrit comment ce « fantôme de mère » retrouve peu à peu sa chair grâce à la musique.

 

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