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livres

Proust : le bal des têtes (21)

Publié le par Eric Bertrand

                  Y a-t-il différentes façons de vieillir selon qu’on a été beau ou laid ? Réponse dans ce qui suit... Gainsbourg rappelait à ce propos le mot de Lichtenberg : « la laideur a ceci de supérieur à la beauté, c’est qu’elle dure ! »


                  « Il y avait des hommes que je savais parents d'autres sans avoir jamais pensé qu'ils eussent un trait commun ; en admirant le vieil ermite aux cheveux blancs qu'était devenu Legrandin, tout d'un coup je constatai, je peux dire que je découvris avec une satisfaction de zoologiste, dans le méplat de ses joues, la construction de celles de son jeune neveu Léonor de Cambremer qui pourtant avait l'air de ne lui ressembler nullement.

                  Les traits où s'était gravée sinon la jeunesse, du moins la beauté ayant disparu chez les femmes, elles avaient cherché si avec le visage qui leur restait on ne pouvait s'en faire une autre. Déplaçant le centre sinon de gravité, du moins de perspective de leur visage, en composant les traits autour de lui suivant un autre caractère, elles commençaient à cinquante ans une nouvelle sorte de beauté, comme on prend sur le tard un nouveau métier ; ou comme à une terre qui ne vaut plus rien pour la vigne on fait produire des betteraves. Autour de ces traits nouveaux on faisait fleurir une nouvelle jeunesse.

                  Seules ne pouvaient s'accommoder de ces transformations les femmes trop belles, ou les trop laides. Les premières, sculptées comme un marbre aux lignes définitives duquel on ne peut plus rien changer, s'effritaient comme une statue. Les secondes, celles qui avaient quelque difformité de la face, avaient même sur les belles certains avantages. D'abord c'étaient les seules qu'on reconnaissait tout de suite. On savait qu'il n'y avait pas à Paris deux bouches pareilles et la leur me les faisait reconnaître dans cette matinée où je ne reconnaissais plus personne. Et puis elles n'avaient même pas l'air d'avoir vieilli. La vieillesse est quelque chose d'humain ; elles étaient des monstres, et elles ne semblaient pas avoir plus "changé" que des baleines ».

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Proust : le bal des têtes (20 / 25)

Publié le par Eric Bertrand

                   Il faut cependant faire cette réserve que les mesures du temps lui-même peuvent être pour certaines personnes accélérées ou ralenties. Par hasard j'avais rencontré dans la rue, il y avait quatre ou cinq ans, la vicomtesse de Saint-Fiacre (belle-fille de l'amie des Guermantes). Ses traits sculpturaux semblaient lui assurer une jeunesse éternelle. D'ailleurs elle était encore jeune.

                  Or je ne pus, malgré ses sourires et ses bonjours, la reconnaître en une dame aux traits tellement déchiquetés que la ligne du visage n'était pas restituable. C'est que depuis trois ans elle prenait de la cocaïne et d'autres drogues. Ses yeux profondément cernés de noir étaient presque hagards. Sa bouche avait un rictus étrange. Elle s'était levée, me dit-on, pour cette matinée, restant des mois sans quitter son lit ou sa chaise longue.

                  Le Temps a ainsi des trains express et spéciaux qui mènent vite à une vieillesse prématurée. Mais sur la voie parallèle circulent des trains de retour, presque aussi rapides. Je pris M. de Courgivaux pour son fils, car il avait l'air plus jeune (il devait avoir dépassé la cinquantaine et semblait plus jeune qu'à trente ans). Il avait trouvé un médecin intelligent, supprimé l'alcool et le sel ; il était revenu à la trentaine et semblait même ce jour-là ne pas l'avoir atteinte. C'est qu'il s'était, le matin même, fait couper les cheveux.Chose curieuse, le phénomène de la vieillesse semblait, dans ses modalités, tenir compte de quelques habitudes sociales.

                  Certains grands seigneurs, mais qui avaient toujours été revêtus du plus simple alpaga, coiffés de vieux chapeaux de paille que de petits bourgeois n'auraient pas voulu porter, avaient vieilli de la même façon que les jardiniers, que les paysans au milieu desquels ils avaient vécu. Des taches brunes avaient envahi leurs joues, et leur figure avait jauni, s'était foncée comme un livre.



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Proust, suite et fin...

Publié le par Eric Bertrand

          Les familiers de ce blog ont eu l’habitude de lire pendant un certain temps des extraits de la Recherche et savent que, dans la suite de la lecture de Tigre en papier, d’Olivier Rolin, j’avais commencé une rubrique consacrée au fameux « bal des têtes ».

          Que ceux qui le réclament se rassurent, je vais terminer la série (19 articles sur les 25 sont parus) dans les jours qui viennent afin de ne pas laisser inaboutie cette lecture délicieuse de l’orfêvre des lettres qui est aussi fin connaisseur et analyste de la nature humaine !

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Goncourt des Lycéens

Publié le par Eric Bertrand

                Petit clin d’œil discret de l’actualité littéraire qui me ramène cycliquement à la grande période de la préparation du Goncourt des Lycéens que j’ai préparé deux ans avec mes élèves.

                Grands moments d’intensité littéraire vécus avec des élèves pas toujours motivés mais qui en gardent tous un excellent souvenir. Moi-même, j’ai fait grâce à cette préparation de belles découvertes en matière de littérature contemporaine...

                J’ai en tout cas consacré sur ce blog de larges articles écrits dans le feu de l’action, que le lecteur un peu curieux se mette en quête ! Et en attendant, la parole au prix Goncourt de cette année !

 

http://www.evene.fr/livres/livre/jean-michel-guenassia-le-club-des-incorrigibles-optimistes-40776.php?video


 

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Le livre de Marina Neary (3/3)

Publié le par Eric Bertrand

La présentation de l’auteur

 

                Marina Julia Neary is an award-winning historical essayist, multilingual arts & entertainment journalist, published poet, playwright, actress, dancer and choreographer.  A specialist on the obscure works of Victor Hugo, she has lectured at the French Alliance.  Her historical tragicomedy Hugo in London featuring the adventures of the French literary genius in England during the Crimean War was produced in Greenwich in 2008 and recently acquired by Heuer Publishing.  A sequel, Lady with a Lamp: an Untold Story of Florence Nightingale, premiered in 2009 as a theatrical benefit for The Wyatt Foundation. 

 

In 2007 she was commissioned to collect and publish the memoirs of residents from an affluent retirement community in Stamford, CT.  The project involved interviewing over forty senior citizens over the age of ninety.  A new Connecticut-based leisure publication Norwalk Beat has recently brought her on board as a steady contributor.  She focuses on the entertainment industry in Connecticut.  Her poems have been accepted by literary journals such as Alimentum and The Recorder and First Edition (UK).   After having her short story accepted by Bewildering Stories Magazine, she was invited to join the editorial staff. 

 

Wynfield’s Kingdom is her first novel, in which she celebrates her love for Victorian history and the Romantic movement.  The novel was published by FireshipPress, a publication specializing in historical and nautical fiction.  Here are some of the reviews: 

The spirits of Charles Dickens and Victor Hugo haunt this darkly compelling novel of  the mid-Victorian underworld.  Exhaustively researched, ambitious in scope and rich in period detail, King Wynfield is a harrowing tale of wretched poverty and desperate survival, of monstrous child abuse and atrocious acts committed in the name of science.  Diana the wild robber maiden and her bandit lover Wynfield are larger than life anti-heroes destined to linger long in the reader’s imagination. – Eileen Kernaghan, author of Wild Talent: a Novel of the Supernatural

Neary writes with unbelievable power, yet never loses her sense of emotional insight…. Wynfield’s Kingdom is truly an extraordinary first novel. – Tom Grundner, author of Midshipman Prince.

 

In addition to her writing career, Neary has a career in the performing arts.  She has starred in several independent horror films shot in CT and NY.  In the 1990s she has competed in various talent competitions in New England and placed second in Miss LaSalle beauty pageant.

  

 


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