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livres

De Maupassant à Yourcenar

Publié le par Eric Bertrand

              La violence dans la littérature opére souvent un phénomène de fascination sur le lecteur. Surtout quand cette violence s’incarne dans le corps d’une vieille femme... On se souvient peut-être ce de conte de Maupassant intitulé « la Vendetta » où une vieille Corse couve sa rage de vengeance contre ceux qui ont tué son fils et pour cela elle entraîne un chien dont elle fait un redoutable tueur.

              Même violence échevelée chez M. Yourcenar dont je continue de feuilleter les « Nouvelles Orientales » On y rencontre une vieille dame dont le mari a été tué par un tyran que les paysans ont fini par exécuter pour la venger.

              Mais ce qu’ils ne savaient pas, c’était que cet homme était aussi son amant. Et quand ils lui ramènent le cadavre et qu’ils se retirent pour festoyer, la vieille (qui porte le doux nom d’Aphrodissia), s’arrange pour sortir son mari de son cercueil et le remplacer par son amant. Ainsi, elle dissimule les marques de son nom qu’il avait gravé sur sa peau. Comme l’amant est plus grand que le mari, la tête ne passe pas dans le cercueil. Un paysan qui surprend la trafiquante avec la tête emballée dans un linge l’accuse d’avoir volé une pastèque, et dans la fuite, elle tombe au bas d’une falaise avec son chargement...


 

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Comment Wang fo fut tué

Publié le par Eric Bertrand

             Avant de reprendre le fil du roman et de sa construction, un petit détour par deux récits de Marguerite Yourcenar que je viens de découvrir dans les belles « Nouvelles orientales »...

             Est-il humainement possible d’affirmer qu’il existe en ce monde des choses supérieures en beauté à un coucher de soleil sur la mer, au corps d’une femme, à la majesté d’une armée, à un palais surplombant les cinq fleuves...

             Cette question, c’est un empereur qui la pose cyniquement au peintre Wang fo dont les tableaux ont bercé sa jeunesse dans les galeries de son palais. La nouvelle de Marguerite Yourcenar raconte ce drame d’un empereur borné qui décide de mettre à mort le génial Wang Fo... Sa seule faute ? Lui avoir fait croire que le monde était à l’image de ses peintures.

« Tu m’as fait croire que la mer ressemblait à la vaste nappe d’eau étalée sur les toiles, si bleue qu’une pierre en y tombant ne peut que se changer en saphir, que les femmes s’ouvraient et se refermaient comme des fleurs... »

              Alors, après la mort de son fidèle serviteur Ling avant lui exécuté, dans le tableau ultime qu’il lui demande de réaliser, Wang Fo représente la mer, une mer magnifique, intemporelle, et, sur cette mer,  une barque dans laquelle il s’en va, loin des hommes, rejoindre Ling et l’immensité bleue, affirmant ainsi, une dernière fois, le pouvoir inouï de l’art.

 

 

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Marins casaniers ?

Publié le par Eric Bertrand

              C’est ce beau paradoxe qu’explique l’écrivain Conrad dont je suis en train de lire le majestueux Au cœur des Ténèbres.

              En effet, pour un marin, pas d’autre « terre » que le plancher du bateau et cette maison flottante qui lui fait aimer ses pantoufles et qui le laisse parcourir un territoire toujours recommencé : la mer !

              A moins que le marin ne concilie en même temps le goût de la terre et qu’il laisse son bateau accroché derrière lui !  

 

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Proust : le bal des têtes (18)

Publié le par Eric Bertrand

De la mère à la fille. Des ressemblances inattendues !

                

                  « Pour les vieillards dont les traits avaient changé, ils tâchaient pourtant de garder fixée sur eux à l'état permanent, une de ces expressions fugitives qu'on prend pour une seconde de pose et avec lesquelles on essaye, soit de tirer parti d'un avantage extérieur, soit de pallier un défaut ; ils avaient l'air d'être définitivement devenus d'immutables instantanés d'eux-mêmes.
                 Tous ces gens avaient mis tant de temps à revêtir leur déguisement que celui-ci passait généralement inaperçu de ceux qui vivaient avec eux. Même un délai leur était souvent concédé où ils pouvaient continuer assez tard à rester eux-mêmes. Mais alors le déguisement prorogé se faisait plus rapidement ; de toute façon il était inévitable.

                  Je n'avais jamais trouvé aucune ressemblance entre Mme X. et sa mère que je n'avais connue que vieille, ayant l'air d'un petit Turc tout tassé. Et en effet j'avais toujours connu Mme X. charmante et droite et pendant très longtemps elle l'était restée, pendant trop longtemps, car, comme une personne qui, avant que la nuit n'arrive, a essayé de ne pas oublier de revêtir son déguisement de Turque, elle s'était mise en retard, et aussi était-ce précipitamment, presque tout d'un coup, qu'elle s'était tassée et avait reproduit avec fidélité l'aspect de vieille Turque revêtu jadis par sa mère. »

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Proust : le bal des têtes (15)

Publié le par Eric Bertrand

Quand le Temps distribue ses « médailles » et ses décorations à ceux qu’il a élus...


             « Certaines figures sous la cagoule de leurs cheveux blancs avaient déjà la rigidité, les paupières scellées de ceux qui vont mourir ; et leurs lèvres, agitées d'un tremblement perpétuel, semblaient marmonner la prière des agonisants. A un visage linéairement le même il suffisait, pour qu'il semblât autre, de cheveux blancs au lieu de cheveux noirs ou blonds. Les costumiers de théâtre savent qu'il suffit d'une perruque poudrée pour déguiser très suffisamment quelqu'un et le rendre méconnaissable.

              Le jeune comte de... que j'avais vu dans la loge de Mme de Cambremer, alors lieutenant, le jour où Mme de Guermantes était dans la baignoire de sa cousine, avait toujours ses traits aussi parfaitement réguliers ; plus même, la rigidité physiologique de l'artério-sclérose exagérant encore la rectitude impassible de la physionomie du dandy, et donnant à ces traits l'intense netteté presque grimaçante à force d'immobilité qu'ils auraient eue dans une étude de Mantegna ou de Michel-Ange.

               Son teint jadis d'une rougeur égrillarde était maintenant d'une solennelle pâleur ; des poils argentés, un léger embonpoint, une noblesse de doge, une fatigue qui allait jusqu'à l'envie de dormir, tout concourait chez lui à donner l'impression nouvelle et prophétique de la majesté fatale. Substitué au rectangle de sa barbe blonde, le rectangle égal de sa barbe blanche le transformait si parfaitement que, remarquant que ce sous-lieutenant que j'avais connu avait cinq galons, ma première pensée fut de le féliciter non d'avoir été promu colonel mais d'être si bien en colonel, déguisement pour lequel il semblait avoir emprunté l'uniforme, l'air grave et triste de l'officier supérieur qu'avait été son père. »

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