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Patience du voyageur...

Publié le par Eric Bertrand

Problèmes techniques en série qui justifient ce long silence lié aussi au déménagement. Tout devrait rentrer dans l'ordre en début de semaine prochaine ! Et le retour de l'Ecosse procurera un bon bol d'air à tous en ces temps confinés de rentrée scolaire, de supermarchés, de livres et de cahiers à dépoussiérer...

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Neil Gunn et la littérature du far north (Lundi 21.07, matin)

Publié le par Eric Bertrand



             Une visite à Dunbeath ce matin, au sud de Wick. Sous un franc soleil d’un été écossais qui semble commencer. Pendant deux heures, par le moyen de “l’heritage trail”, nous suivons le fil de la rivière qui serpente entre deux collines escarpées. Dans l’herbe échauffée, la température monte. Lapins, faisans, perdrix « groose », détalent devant nous.

              Nous laissons sur le côté un “broch”, ces ruines des premières tribus qui s’installaient à proximité des cours d’eau et qui construisaient pour s’abriter et se défendre des espèces de tourelles. Il y a beaucoup de ces “brochs” dans le nord de l’Ecosse : nous en avons vu un splendide au bout du glen de Strathmore dans la région de Joan dimanche midi.

              Dans les endroits les plus sauvages et inattendus, les Ecossais disposent de jolis bancs en bois, qui font face à la rivière et invitent au repos et à l’émerveillement.

               Dunbeath est la patrie du fameux écrivain écossais Neil Gunn qui a écrit la plupart de ses romans entre 1930 et 1960 et les a situés dans la région. Parmi les plus célèbres : “Silver Darlings” et “Sun circle”… On trouve dans ces œuvres un sens profond du paysage et des gens du Caithness en même temps qu’une attention exceptionnelle au génie du lieu et à sa complexité. J’ai parcouru “Sun circle”, je vais lire “Silver Darlings” dont le motif central renvoie à la grande période de prospérité qu’a connue la région au moment des pêches miraculeuses de hareng.



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Plein ciel (Dimanche 20.07, soirée)

Publié le par Eric Bertrand



            Don Mason… J’ai évoqué il y a deux ans, lors du précédent voyage en Ecosse, la figure de cet ancien aviateur de la Royal Air Force que nous connaissons depuis une vingtaine d’années déjà…

            Au retour de Tongue, nous lui rendons visite à Thurso… Don a aujourd’hui 87 ans et reste un homme vigoureux et passionnant à écouter. Sa réflexion porte davantage sur l’atrocité de la guerre et des expériences terribles que réserve souvent l’existence. Don a traversé des épreuves effroyables dans sa vie militaire mais aussi dans sa vie personnelle.

             Il nous montre le bilan écrit qu’il a réalisé pour un journaliste : il y évoque notamment l’horreur du combat aérien. L’écriture est serrée, subtile, nourrie d’un vocabulaire  précis et nuancé qu’il me faudra approfondir, dictionnaire en main.  A ce stade, la finesse de la pensée passe par le raffinement du vocabulaire.

Don est un amoureux du ciel bleu, des avions et du “vol de Pégase” comme il l’écrit.

             Petit, il découvre avec émerveillement le monde de l’aéronotique, dessine compulsivement des avions. La guerre est déclarée. La France fait appel aux alliés. Il sort de sa première école de pilotage, il est jeune, il s’engage dans ce “combat pour la Liberté”.

             Au cours d’un vol, son avion est touché au-dessus de l’Atlantique nord. Situation désespérée. A peine le temps de sortir le dinkie pour sauver les deux hommes qui composent l’équipage. Mais l’un d’eux a le fémur brisé.

             Don se débrouille alors pour l’allonger à l’intérieur d’un brancard de fortune qui occupe toute la longueur du dinkie. Il n’y a plus de place pour lui. Alors, à l’aide d’un couteau, il donne un coup dans le réservoir. Le carburant s’échappe dans l’eau froide et fournit aussitôt une gaine de liquide plus tiède que l’eau froide. C’est dans ces conditions extrèmes que Don et son  compagnon attendront les secours qui mettront 52 heures avant d’arriver.

             Automne 2001, Don apprend que son compagnon d’infortune installé en Australie est en train de mourir d’un cancer et le réclame : il fait le voyage et arrive à temps pour lui serrer une dernière fois la main et lui rappeler que la mort a déjà été assez bonne avec l’un et l’autre…


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Scottish primrose, dimanche 20.07, matin.

Publié le par Eric Bertrand


             C’est le nom de cette petite fleur protégée qu’on trouve très rarement dans le nord de l’Ecosse et dans les îles Orcades. Ce matin, la mer est agitée et le ciel secoué par des rafales de grêle. Margaret, nièce de Joan, nous attend à Talmine, baskets aux pieds, et nous partons sans tarder, d’un pas vif en direction de la falaise, flanqué de la petite chienne grise qui porte le nom gaélique de “Spirag”, ce qui signifie “facétieuse”.

              La pluie arrive par intermittences, forte, glacée. Les moutons, tout proches de la falaise,  semblent cabrioler sur les flots. Les vagues claquent sur les rochers et les visages crispés reçoivent des paquets d’embruns. L’œil est un phare. Mouvement giratoire qui balaie les milliers de fleurs sur la colline et l’embouchure de la kyle, cette espèce de fjord à l’écossaise.

              Je rêve dans ce défilé de quelque Léviathan, du surgissement de quelque kraken improbable (le pub du hameau s’appelle justement “le kraken”) quand Margaret s’agenouille et triomphe : “Nous l’avons trouvée, nous l’avons trouvée !”

Elle pince entre les doigts une toute petite fleur mauve, la primevère d’Ecosse !

Allongez-vous pour la contempler, il ne faut surtout pas la cueillir !


 

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Le rayon vert de Talmine (2/2), samedi 19.07, soir.

Publié le par Eric Bertrand



             Pique-nique dans la lande. Nous marchons en direction de Castle Varich situé tout en haut d’une colline qui domine la kyle de Tongue. Vestige d’un château viking dans le genre de ceux qu’on voit dans l’est. Les vikings ont pénétré jusque là et ont laissé de ces bâtiments destinés à surveiller le territoire.

              Promenade en voiture avec Joan qui connaît l’histoire de chacune des vieilles pierres de Talmine où sa famille vivait. Les descendants occupent toujours les maisons et sont attachés aux pierres de la communauté familiale.

Nous fêtons l’anniversaire d’un proche qui tient à nous inviter. “Vous êtes comme de la famille”… Toasts de saumon frais, fromage, vin, petits gâteaux… La soirée risque de se prolonger au whisky, alors nous prenons l’air.

              Dans le ciel de 20h00, le soleil bataille et les collines qui tombent dans la mer se teintent d’un vert sous-marin. De gros coquillages émergent sur la grande plage qui avance sur l’étendue de la mer (comme une langue immense : “tongue”?) Immensité blanche, ourlée par les dunes et le mouvement immémorial du silence. L’impression d’un début du monde ou d’une plage immaculée dans le genre de celle de l’imagination d’un enfant qui viendrait de lire “l’Ile au trésor”.

              Et là haut, dans son petit cottage, nous attendent Joan et le petit peuple de Talmine : Margaret, Mark, Alison, Rosemary… Un dernier thé avant la pluie qui triomphe  sur les hauteurs du Ben Hope et qui descend en rafales vertes dans les champs de moutons, jusque sur la plage.


 



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