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Dosette de lecture n°184 : Emmanuel Carrère : « Limonov », la pointe amère du citron

Publié le par Eric Bertrand

Un écrivain peut-il relever le défi de cerner la complexité d’un être humain aussi trouble que Limonov ? Limonov, c’est un surnom qui veut dire citron, « hommage à son humeur acide et belliqueuse ». Et, de fait, ce personnage bien réel est un véritable héros d’aventures picaresques menées de l’Ukraine à la Russie, puis de la Russie à New-York, puis à nouveau de New-York à la Russie, où il finit par rentrer, en même temps que Soljenitsyne…

Entre temps, ce « citron pressé » sans foi ni loi trouve moyen de tracer sa voie, de « s’assaisonner » à tous les milieux et de goûter à tous les plats, y compris celui d’écrivain à succès – Limonov est le pseudonyme d’Édouard Savenko -. De solide constitution et capable d’affronter le réel sous toutes ses formes, même les plus violentes, ce phœnix ne cesse de changer d’apparence pour se couler dans le feu de l’Histoire contemporaine. À travers ses métamorphoses successives - voyou radical et activiste en Ukraine, icône des milieux branchés à Moscou, clochard dans les rues de New-York, valet de chambre de milliardaire à Manhattan, vedette de magazine et écrivain à la mode à Paris, soldat engagé dans les Balkans, éternel dissident condamné à la prison soviétique et libéré malgré tout, sage et fou, débauché et ascète, vieux beau toujours vert –

En même temps qu’une plongée en sinuosité, Emmanuel Carrère, avec son écriture attentive et cinglante, offre au lecteur un retour sur de grands moments de l’actualité mondiale où se retrouvent, au fil des époques, entre 1943 et 2006, des figures aussi diverses que celles de Brejnev, Gorbatchev, Eltsine ou Poutine et des épisodes comme ceux de la chute du mur de Berlin, la guerre des Balkans ou la montée au pouvoir de Poutine…

Dosette de lecture n°184 : Emmanuel Carrère : « Limonov », la pointe amère du citron

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Interview par TV17 La Rochelle autour du "Lit Mac Arthur"

Publié le par Eric Bertrand

Les signatures en librairies ne sont pas si courantes et elles dépendent de nombreux facteurs que je ne maitrise pas toujours. Samedi 7 mars dernier, j’ai eu le plaisir de venir signer mes derniers livres à l’Espace Culturel de Lagord qui m’accueille régulièrement. A cette occasion, j’ai rencontré l’équipe de TV17 La Rochelle qui m’a accordé une interview : la voici... 

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Juke-box n°18 : Bernard Lavilliers : « L’ailleurs » La mort des amants ?

Publié le par Eric Bertrand

Qu’y-a-t-il après la vie ?

Moi qui, comme beaucoup d’autres « morts cliniques », suis revenu de cet « ailleurs », je me suis toujours posé cette question car l’expérience n’avait rien de douloureux, ni de traumatisant. Bien au contraire. Michel berger parlait de « s’en aller dormir dans le paradis blanc », et Bernard Lavilliers, lui, évoque « ce tunnel blanc qui est si confortable ». Dans ce chemin vers l’au-delà, cet « on the road again » où on « attend que la mort nous frôle », l’épreuve ne se réduit pas à un mol assoupissement des souffrances. Bien au contraire, il s’agit de « dormir en attendant la suite », et de se sentir tout à coup « Lazare ébloui par le jour », accompagné par « une musique qui plane ». On le sait, « la musique est un cri qui vient de l’intérieur ».

Brassens, lui aussi, rêvant de Sète et de « pin parasol », anticipait sur « l’éternel estivant qui fait du pédalo sur la vague en rêvant » ; mais il assumait seul la « supplique ». Au contraire, Lavilliers comme jadis Baudelaire dans sa « Mort des amants », pense surtout à « celle qu’il aimait d’un amour fou, sa complice, son âme ». « Aux couleurs du couchant », « deux vastes flambeaux » brillaient dans le poème des Fleurs du mal ; de la même façon, dans cette chanson les deux amants ont « passé le labyrinthe » et se disent, malgré « la froideur du temps » : « je suis là, je suis là. » On le voit, dans les chansons, les poèmes ou les contes, « l’amour est plus fort que la mort ».

 

Lavilliers; variétés françaises

Lavilliers; variétés françaises

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Dosette de lecture n°183 : Barbara Cassin : « La Guerre des mots » : Éliminer pour mieux régner…

Publié le par Eric Bertrand

Comment faire du langage un acte de prédation ? Dans cet essai, l’auteure s’interroge sur le pouvoir envahissant d’un Trump et d’un Poutine qui savent, chacun dans son genre, quel usage faire des mots quand ils prennent la parole - et je crois bien, hélas, qu’ils font école – Pour ces « orateurs » d’un type nouveau, il est évident que dire, c’est agir et que c’est aussi réaliser un programme dont l’effet se fonde sur la sidération de ceux qui assistent, impuissants, au spectacle.

Cette sidération, servie par le renfort de l’image triomphante du mâle alfa encapuchonné de ses missiles et de ses saillies, pétrifie le public et s’exerce d’autant plus facilement qu’elle passe par des rafales de mots mitraillés, accessibles à tous et qu’elle emprunte sans vergogne des scenarii entièrement truqués au service d’une idéologie revendiquée – c’est la technique décapante du « story telling » par le biais de laquelle les faits sont réinventés en fonction d’une orientation déterminée d’avance - Ainsi, par exemple, puisque les élections de 2017 en Amérique sont le résultat d’un truquage, moi, Donald Trump, je peux mettre en doute la pertinence de la démocratie de mon pays et, la fois prochaine – élections de mi-mandat - contrôler les votes !

Quant à ceux qui me gênent parce qu’ils protestent ou parce qu’ils s’opposent aux versions que j’ai arrangées – mon ami Poutine le sait bien - ils sont comme les mots qui me dérangent : il suffit que je les élimine pour obtenir silence. Un certain Orwell – esprit dégénéré - avait déjà vu ça en son temps, mais ce qu’il écrivait valait à la rigueur pour une mauvaise fiction. Moi, au contraire, je suis dans le réel et je suis un homme beaucoup plus moderne que celui de 1984 !

 

Dosette de lecture n°183 : Barbara Cassin : « La Guerre des mots » : Éliminer pour mieux régner…

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À La Rochelle et sans rePères au Père-Cent

Publié le par Eric Bertrand

À cent jours du bac, sur le boulevard du temps qui passe, à cent à l’heure, ils sont venus s’installer, ces lycéens de La Rochelle vêtus de cent façons, pour fêter à leur tour, le Père-Cent. C’est un jour de soleil éblouissant, tout près des parcs et de la plage de la Concurrence et le vieux Bonhomme Océan leur paierait presque la tasse, pour l’occasion.

Ils sont tous là, en fêtes galantes, les Pierrot au visage lunaire, tombés du septième ciel, les pétulantes Calamity Jane et les cow-boys de pacotille, les Shéhérazade et les pharaons au masque de papillon. La tente des sultans qui n’ont pas dormi de la nuit est juste à côté, sur un coin de pelouse, calée entre cartons MacDo et canettes. Au feu rouge d’après, en tenue d'astronautes, des Colombine grisées d’altitude, n’en reviennent pas de ne plus atterrir en cours, comme elles le font d’habitude. Discrètement, elles guettent, de l’autre côté de la route, un groupe d’humanoïdes habillés en cônes de signalisation, de bonnets d'ânes chargés d’éponges, de chapeaux de sorciers allumés qui tracent dans le ciel des géométries lumineuses.

Quatre ou cinq bandits Dalton ont lâché le campement : dans leur tenue de bagnard, ils arpentent l’asphalte et braquent les passants. La soirée pyjama, c'était hier ; aujourd'hui, c’est du sérieux : on passe le cap, on est des grands et on ne craint plus personne, même pas les caïds qui roulent les mécaniques sous leurs casquettes de matafs, même pas les grands dadais en tenue de bite gonflable, qui s’excitent au rond-point d’à côté !

Sur la grande avenue, d'increvables bibendums naviguent gaîment sur les pneus increvables de l'aventure buissonnière. Dans une rue adjacente, là où le fleuve automobile fait un coude, pêcheurs et pêcheuses à la ligne sont à la marge, sans copies simples ni copies doubles, faussement paisibles ; ils hameçonnent les conducteurs, et n’ont déjà plus d'encre sur les doigts, ni annotations, ni sanctions de garde-pêches. Ici, c’est un lycée du bord de l’eau qu’il dirigent : ici, on n'aime que l'encre rouge qui fait taper les cœurs et tiédir les joues ; ici, on ne tolère les mauvaises notes que lorsqu’elles sont jouées à la guitare ou au banjo.

Et tant pis si on ne récolte pas beaucoup d'argent ni beaucoup de lauriers ; la bande de frémissants pirates qui ont jeté l'ancre et le stylo à l’autre rond-point, celui du bout du boulevard, savent très bien qu’il y aura encore de l'ambiance cette nuit, des pièces jaunes et des étoiles dans les yeux...

 

La Rochelle ; Père-Cent

La Rochelle ; Père-Cent

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