Comment un enfant de « bonne famille » du XVIIème siècle échappe-t-il à son milieu, et à l’emprise de son père, tapissier du Roi, qui pourrait lui offrir une situation toute faite ? Est-ce à cause de l’influence de sa mère et de son grand-père qui lui donnent le goût des « lubies » et du théâtre ?
En vérité, c’est une passion précoce qui conduit Jean-Baptiste Poquelin et qui le mène, dès qu’il a du temps, devant diverses scènes, des plus nobles aux plus vulgaires et sans aucun souci d’honorabilité : « Que de merde peuvent répandre ces culs qui ne connaissent pas les caleçons » écrit le poète Scarron à propos de certaines comédies. Avec le soutien de son grand-père, le futur Molière tourne le dos à la carrière qu’on lui avait assignée et intègre le prestigieux collège de Clermont où il se forme aux côtés d’autres élèves aux destinées exigeantes.
Puis viennent les années sur les routes, avant le retour à Paris et au Petit-Bourbon, la rencontre de personnages hauts en couleurs, proches ou adversaires, spectateurs ou acteurs : Scaramouche, les Béjart, Gros-René, la Du Parc, Jodelet, le Prince de Conti, Philippe d’Orléans, Corneille, Racine, La Fontaine et même le Roi qui, face aux épreuves que réservent toujours l’audace et la gloire, lui sera un fidèle allié…
Et arrivent les grandes pièces où Molière fait vaciller les dévots, la morale et la religion, bouscule la justice, les médecins, les bourgeois, les nouveaux nobles, interroge le statut des femmes et le sens de l’intelligence, les pouvoirs de l’esprit et ceux de l’hypocrisie sans jamais reculer, quitte à dire comme Alceste : « Je ne hais rien tant que ces contorsions de tous ces grands faiseurs de protestation… Et quand je vois vivre entre eux les hommes comme ils font, je ne trouve partout que lâche flatterie, qu’injustice, intérêt, trahison, fourberie. »