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Dosette de lecture n°192 : Lawrence Durell : « Le Carrousel sicilien », agitez le chiffon rouge !

Publié le par Eric Bertrand

Comment raconter un voyage en Sicile, dans une île si odoriférante et musicale, « Jetée au travers du détroit comme un piano de concert » ? Le narrateur féru d’histoire et d’archéologie constate lui-même l’immensité de la tâche : « C’était un projet ambitieux, car je découvrais peu à peu que la Sicile n’est pas seulement une île mais un sous-continent dont l’histoire bigarrée et la variété des paysages submergent le voyageur qui n’a pas au moins trois mois devant lui pour étudier le pays, ses cultures et ses civilisations enchevêtrées. »

Pour étreindre le projet, il revient sur les pas d’une femme aimée et, à bord d’un autocar rouge chargé de passagers disparates, il découvre les divers monuments de villes et villages qui, tous, recèlent des pépites dont elle lui avait déjà parlé : Catane, Syracuse, Agrigente, Sélinonte, Erice, Ségeste, Palerme, Cefalu, Messine, Taormina…

Mais le temps manque et l’organisation du voyage, dans la promiscuité rubiconde et pimentée de l’autocar, exige bien des sacrifices et des frustrations.

Dosette de lecture n°192 : Lawrence Durell : « Le Carrousel sicilien », agitez le chiffon rouge !

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Juke-box n°26 : Michel Polnareff, « Love me, please love me » : tristesse d’amour

Publié le par Eric Bertrand

Quand on entend Michel Polnareff moduler le « je suis fououou de vous », de cette voix si caractéristique, il semble qu’on retourne à un stade élémentaire de la passion amoureuse, celle qui créait les Tristan, les Roméo ou les Des Grieux, mais à un niveau encore plus tragique car l’amour n’est pas partagé : « Devant tant d'indifférence, parfois, j'ai envie de me fondre dans la nuit ; au matin, je reprends confiance, je me dis, je me dis, tout pourrait changer aujourd'hui »

Cette idolâtrie ressentie pour la femme aimée est peut-être d’un autre âge et on n’a plus l’habitude de voir le chevalier servant aux genoux de sa maîtresse. De manière générale, la chanson, ne cesse toutefois de scander ce motif de l’amant éconduit : « Elle a les yeux révolver, elle a le regard qui tue ; elle m’a touché, c’est foutu ! » ou bien, chez Brassens : « je me suis fait tout petit devant une poupée … Je subis sa loi, je file tout doux sous son empire » ; ici, le malheureux accepte la fin tragique à laquelle un amour impossible le condamne : « Pourtant, je veux jouer ma chance, même si, même si, je devais y brûler ma vie » …

L’espoir bat de l’aile car l’amante demeure intraitable : « Je l’aime à mourir » disait l’autre, ce qui implique, certes, une dérive personnelle mais aussi un silence sournois et cruel de la part de la femme aimée : « Pourquoi vous moquez-vous chaque jour de mon pauvre amour ? Vraiment, prenez-vous tant de plaisir à me voir souffrir ? » Dans « Le Bal des Laze », au milieu des « diamants, rubis, topazes, blanches robes longues » pendant que Lord et Lady de Laze « recevaient le grand monde » et que « Jane dansait avec son fiancé », la mort rôdait déjà dans le château, comme le châtiment de l’assassin : « Je serai pendu demain matin ».

 

Juke-box n°26 : Michel Polnareff, « Love me, please love me » : tristesse d’amour

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Dosette de lecture n°191 : Jeanne Bourin : « Les Amours blessées » : Mignonne, allons voir si les roses blessent…

Publié le par Eric Bertrand

Comment Cassandre Salviati peut-elle aimer Pierre de Ronsard, qui est certes appelé à devenir un grand poète, alors qu’elle n’a que quatorze ans et qu’elle est issue d’une famille plus noble et prestigieuse que la sienne ?

Le galant lui fait, dès leur première rencontre, une cour assidue, publie au fil des années, sous toutes ses formes – et dans toutes les positions – ses « Amours » ; mais il se heurte d’abord aux parents de la jeune fille qui la destinent à un mariage de plus haut rang, puis à la vertu de celle qu’il continue à aimer jusqu’à la fin, même s’il lui est infidèle et qu’il célèbre d’autres muses et d’autres noms comme ceux de Marie ou d’Hélène…

On est au XVI° siècle, en pleine Renaissance et l’historienne Jeanne Bourin fait revivre cette époque qu’elle connaît à merveille. Et dans ce roman, Cassandre apparaît bien comme la rose « mignonne » dans un jardin d’herbes folles.

 

Dosette de lecture n°191 : Jeanne Bourin : « Les Amours blessées » : Mignonne, allons voir si les roses blessent…

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Juke-box n°25 : Yves Simon : « l’Abyssinie » : sous les semelles, la plage.

Publié le par Eric Bertrand

Il y a des noms de lieux qui font voyager autrement que par la géographie parce qu’ils sont imprégnés d’encre et que la magie de l’écriture d’un auteur se superpose à la magie des sables, de la mer ou des reliefs. L’Abyssinie fait partie de ceux-là et c’est ce que chante Yves Simon dans ce texte dédié à Rimbaud. « Avec le temps, y a des Rimbaud qui fuient écrire ailleurs les choses qui font battre le cœur ».

Quand il a quitté les prairies vertes des Ardennes, quand il a laissé couler derrière lui les « fleuves impassibles » et les vessies des « pisse-lyres » et autres « porteurs de blé flamand », celui que Verlaine baptisa « l’Homme aux semelles de vent » a compris qu’il trouverait ailleurs, dans ces pays de « grand soleil où luit la Liberté ravie », le génie d’une terre étrangère à frotter à la façon d’une lampe ; et la chanson reprend cette posture à son compte  : « Les pharaons du rock passant de l'autre côté des miroirs, longtemps après, leurs chansons courent encore dans les rues bien après qu'ils ont disparu. »

Combien sont-ils ceux qui, après Rimbaud, en Abyssinie ou ailleurs, Chypre, Mer Rouge, Java, Harrar, Aden, Marseille – cherchent à chausser leurs propres « semelles de vent » afin de courir le monde et de faire peu-neuve : « L’air marin me brûlera les poumons ; les climats perdus me tanneront » : c’est ce qu’affirmait le jeune Arthur dans son poème Mauvais sang. Passer par la lecture de sa Saison en enfer, n’est-ce pas, comme lui, anticiper sur une aventure totale dans un pays fantasmé et, comme Baudelaire, proposer au lecteur et à soi-même une « invitation au voyage », au pays « des merveilles de Juliette » « Un soleil en plein cœur et des tam-tams sous les pieds ; faire danser et trembler toute la terre, l'ensorceler ; un soleil qui s'glisserait sous ta peau chaque nuit »

 

Juke-box n°25 : Yves Simon : « l’Abyssinie » : sous les semelles, la plage.

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Dosette de lecture n°190 : Joseph Kessel : « Belle de jour », la revanche ou la belle ?

Publié le par Eric Bertrand

Comment une honnête bourgeoise gâtée par la vie se laisse-t-elle peu à peu « intoxiquer » par le vice et la prostitution et une volonté vertigineuse de s’abandonner à « la maison de liaison » tenue par la directive Mme Anaïs ?

Séverine a vécu dans son enfance une scène traumatique de viol qui explique en partie sa vulnérabilité et l’attraction qu’elle ressent malgré elle pour l’ordure et l’avilissement. « Elle s’abattit contre l’oreiller. Elle pleurait sur lui, sur elle et sur la condition humaine qui divise la chair et l’âme en deux inconciliables tronçons, misère que chacun porte en soi et ne pardonne pas à l’autre. »  

Comme elle ne parvient pas à résister à ses tentations, celle que, tous les jours entre 15 h et 17 h, on surnomme « Belle de jour » tâche d’établir entre les deux milieux qu’elle fréquente une paroi étanche. Elle voudrait épargner Pierre, son mari, qui a toutes les qualités, mais le venin du vice finit par s’insinuer partout et même au cœur du ménage.

 

Dosette de lecture n°190 : Joseph Kessel : « Belle de jour », la revanche ou la belle ?

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