Dosette de lecture n°173 : Marc Dugain, « La Chambre des officiers ». Quitter la chambre.
Quelle cicatrice profonde la guerre laisse-t-elle dans la chair et dans l’esprit d’un homme entraîné dans un conflit militaire ? Sans jamais avoir disparu, cette question a repris, ces dernières années, une sinistre actualité. Dans le roman de Marc Dugain, on est en 14 et le narrateur, Adrien, est engagé avec le grade d’officier ; mais il n’a pas le temps de se battre et de prendre la mesure de l’ennemi qu’il a en face de lui. Ce sont les armes qui parlent d’abord. « Je sens comme une hache qui vient s’enfoncer sous la base de mon nez. Puis on coupe la lumière. »
Doté d’un physique avantageux, à la veille de son départ pour le front, il a tout de même eu le temps de séduire une certaine Laurence et cette dernière garde, comme elle le lui écrit dans une lettre, « le souvenir de son visage ». Or, sinistre ironie, c’est au visage qu’il est blessé ; en qualité de lieutenant, il est immédiatement affecté à « la chambre des officiers », aux côtés d’autres « gueules cassées » qu’on soigne à l’étage des « Maxillo-faciaux » et dont on tente d’améliorer l’état par de précaires opérations. L’un de ses voisins, ne peut plus décoller sa mâchoire et on lui pend sur le menton un sac de charbon en guise d’ouvre-bouche. Un autre, un aviateur, a eu les poumons et la face brûlés puis fracassés : son cas reste problématique, suspendu au temps qui passe…
Adrien est celui qui subit le plus d’interventions chirurgicales ; les médecins lui disent qu’ils comptent sur des os de nourrissons décédés qui permettraient de réaliser encore d’autres greffes. Mais la vie continue, et dans la chambre, il discute avec ses voisins, pense à l’avenir et élabore des projets de sortie ; et puis il y a toujours des infirmières qui passent, qu’ils trouvent jeunes et jolies et ils ne se trompent pas car, en effet, on a prié ces femmes-là de soigner plutôt des hommes qui ne risquent pas d’essayer de les séduire.
Et, au fur et à mesure que les yeux parviennent à s’ouvrir, que le souffle revient, que les dents se desserrent, ils se demandent comment, au fil des années, à la fin de la guerre, ils vont oser quitter la chambre pour retrouver une place dans la société ?
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