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Dosette de lecture n°198 : Dostoïevski : L’Idiot, le double-fond de la simplicité

Publié le par Eric Bertrand

Comment vivre parmi les hommes quand on est considéré comme un enfant, un être inexpérimenté et aimable, un naïf, voire un idiot ? Et pourtant, l’humanité et la lucidité du héros – le prince Mychkine - s’imposent aux yeux du lecteur qui découvre au fil des pages un être sensible et capable d’aimer à la façon d’un Christ ; elles s’imposent aussi à son entourage qui ont meilleur compte à le laisser pour fou.

Cet aventurier, inconscient des risques qu’il court, voudrait sauver tous ces misérables qui l’entourent et qui cherchent à faire prospérer la mesquinerie et le calcul ; lui, il pose les questions qui dérangent ; s’interroge sur la guillotine et sur le sentiment que peut ressentir un condamné au moment fatal ; protège une jeune phtisique montrée du doigt parce qu’elle a été violée dans sa jeunesse ; voudrait sauver de la débauche l’incandescente Nastassia Philipovna…

Tout au long de nombreux épisodes de confrontation, cet homme étrange, ce « candide » à sa façon, ce « fou doué de raison » ne cesse de révéler la différence qui le sépare des autres personnages ; et l’auteur, qui cherche de roman en roman à cerner le sens profond de la vie, à saisir le fil de la morale, de la justice social ou du lien à Dieu en profite pour analyser tout ce qui se passe dans la conscience de son « idiot » lors de ses crises d’épilepsie et de « cette minute sublime » où il ressent « un sentiment de vie et de conscience décuplée, une fulguration, une exaltation qui réalisent une haute synthèse de la vie. » Au milieu du vertige de la vie que le comte Mychkine traverse comme un météore, l’essentiel n’est-il pas là ?

Dosette de lecture n°198 : Dostoïevski : L’Idiot, le double-fond de la simplicité

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Juke-box n°31 : Jean-Michel Caradec, Nolwenn Leroy : « Qu’elle est belle ma Bretagne », il pleure sur la Bretagne comme il pleure sur mon cœur…

Publié le par Eric Bertrand

Sans être, comme le déplore Brassens, l’un de « ces imbéciles heureux qui sont né quelque part », on a tous en nous une fibre qui nous attache à un pays, et plus particulièrement à une région. Avec le regretté Jean-Michel Caradec, puis Nolwenn Leroy qui a repris cette chanson, c’est la Bretagne qui est à l’honneur ici, une Bretagne de jadis, celle du Cheval d’orgueil, avec « grand-mère qui lavait nos chemises » et ses « légendes de trésor enfouis sous la lande » ; la Bretagne de Pêcheurs d’Islande aussi, avec ses « barques qui jamais ne reviennent » et ses « marins qui ont une envie de mer même au fond des yeux » ; celle, hélas, de l’Amoco Cadiz ou de l’Erika, parce que, comme l’écrit Caradec dans Portsall, quand « le goudron a peint de noir les sirènes » chères aux cœurs des matelots, « la mer c’était leur idéal » …

Chaque région est dotée, aux yeux de celle ou de celui qui la célèbre, d’une sorte de poudre magique qui la rend unique. Ça peut être la pluie de « sa Bretagne quand elle pleut », ça peut être les cigales pour la Provence de Trenet, la tomme de chèvre pour la montagne de Ferrat. Mais quand elle pleut, Caradec y rajoute un soupçon d’humanité ; il nous montre sa beauté et nous rappelle aussi à quel point la Bretagne a souffert : c’est comme si elle était gagnée, elle aussi, de l’irrésistible sentiment de mélancolie liée à l’évocation du passé.

Souvent nous quittons nos terres natales et les souvenirs qui remontent font prendre conscience du temps qui passe et de « tous ces visages » qui font que « je ne sais plus très bien mon âge ».

Juke-box n°31 : Jean-Michel Caradec, Nolwenn Leroy : « Qu’elle est belle ma Bretagne », il pleure sur la Bretagne comme il pleure sur mon cœur…

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Dosette de lecture n°197 : Jean-Paul Dubois : « Tous les hommes ne vivent pas sur la même planète », une planète de 6 m2

Publié le par Eric Bertrand

Quelle part d’humanité reste-t-il à un prisonnier condamné à purger sa peine dans une cellule en compagnie d’un meurtrier, ancien membre des Hells Angels et qui passe, aux yeux des gardiens et des autres détenus, pour une brute ? Mais ce dernier, Patrick Horton, malgré son franc-parler, ses raisonnements à l’emporte-pièce et ses obsessions gastriques révèle des qualités de cœur, de sensibilité et de fragilité – ainsi, il ne supporte pas qu’on lui coupe les cheveux ou qu’on lui soigne une dent –

Face à lui, le narrateur, Paul Hansen, issu d’un père pasteur et d’une mère soixante-huitarde, déroule cinquante ans de vie marqués par une série de drames et de joies inattendues tout au long de ce récit qui fait alterner, avec brio et humour, les moments cruels, rudes, cocasses - parfois désopilants - dans la prison et dans la spirale de l’existence… jusqu’à ce moment fatidique où, poussé aux limites de la détresse et de la rage, il bascule à son tour.

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Juke-box n°30 : France Gall : Résiste ! et trouve la bonne musique en toi…

Publié le par Eric Bertrand

Quand les repères disparaissent et quand « tu marches sur la tête », quel sens peux-tu encore donner à ta vie ? Te reste-t-il au moins l’espoir d’un « début du monde » et d’un autre bouleversement, d’un genre différent ? – un « nouveau big bang » comme l’écrivait, pour Julien Clerc, le regretté Maurice Vallet…

Déjà en son temps, Rimbaud voulait « créer toutes les fêtes, tous les triomphes » et « changer la vie ». Pari audacieux et ô combien d’actualité ! Pour cela, nous dit aussi la chanson de Goldman, il faut que tu trouves le bon cordonnier, celui qui se révèlera capable de « faire des souliers si légers que la vie semble moins lourde à porter » ; il faut que tu puises en toi la force de cette petite musique intérieure qui te nourrit et te détourne « de la musique sans âme ».

« Résiste ! Suis ton cœur qui insiste ! » L’injonction de France Gall à te dresser contre la Bêtise et la Haine et à ne pas te laisser manipuler ni dominer par tous les agents extérieurs est un appel à l’indignation chère à Stéphane Hessel : « Bats-toi, signe et persiste » … Face aux aberrations et aux filets dérivants de notre époque, libère la place, gonfle tes muscles, débride ton imagination et tes rêves les plus fous et « cherche le bonheur partout ».

Même si, au rythme de cette fichue « musique sans âme », beaucoup de choses tournent mal, même si « ce monde égoïste n’est pas le tien », tout n’est pas foutu d’avance, loin de là, si tu « résistes ».

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Dosette de lecture n°196 : Maupassant : Fort comme la mort, le sablier du vieillissement

Publié le par Eric Bertrand

Quel effet les jolies femmes ont-elles sur l’inspiration d’un peintre qui s’est spécialisé dans les portraits et qui, de ce fait, a multiplié les modèles jugés à la hauteur de son art ? En tenue de deuil, la Comtesse, qu’il appelle très vite Anne, possède tous les atouts pour séduire le peintre Olivier Bertin et le pâmer pendant de nombreuses années au point de lui faire regretter d’être resté garçon.

Mais cette irrésistible attraction qui semble tenir dans la durée va-t-elle diminuer au contact d’Annette, la fille de la Comtesse qui fait son entrée dans le monde ? Tout le monde vante sa beauté et sa ressemblance avec sa mère ? Voix, démarche, traits, silhouette, l’effet de miroir est sidérant et, confronté à cet être double, Bertin en est profondément perturbé : entre les deux portraits et les deux modèles qui se superposent, vient s’infiltrer la question de la différence d’âge.

Face à l’énergie conquérante de la jeune fille qui ne cesse d’embellir et de devenir elle-même au fil des semaines – et confrontés à cet autre Dorian Gray au féminin - le peintre et sa maîtresse font l’épreuve redoutable du vieillissement.

 

Dosette de lecture n°196 : Maupassant : Fort comme la mort, le sablier du vieillissement

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