Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Dosette de lecture n°173 : Marc Dugain, « La Chambre des officiers ». Quitter la chambre.

Publié le par Eric Bertrand

Quelle cicatrice profonde la guerre laisse-t-elle dans la chair et dans l’esprit d’un homme entraîné dans un conflit militaire ? Sans jamais avoir disparu, cette question a repris, ces dernières années, une sinistre actualité. Dans le roman de Marc Dugain, on est en 14 et le narrateur, Adrien, est engagé avec le grade d’officier ; mais il n’a pas le temps de se battre et de prendre la mesure de l’ennemi qu’il a en face de lui. Ce sont les armes qui parlent d’abord. « Je sens comme une hache qui vient s’enfoncer sous la base de mon nez. Puis on coupe la lumière. » 

 Doté d’un physique avantageux, à la veille de son départ pour le front, il a tout de même eu le temps de séduire une certaine Laurence et cette dernière garde, comme elle le lui écrit dans une lettre, « le souvenir de son visage ». Or, sinistre ironie, c’est au visage qu’il est blessé ; en qualité de lieutenant, il est immédiatement affecté à « la chambre des officiers », aux côtés d’autres « gueules cassées » qu’on soigne à l’étage des « Maxillo-faciaux » et dont on tente d’améliorer l’état par de précaires opérations. L’un de ses voisins, ne peut plus décoller sa mâchoire et on lui pend sur le menton un sac de charbon en guise d’ouvre-bouche. Un autre, un aviateur, a eu les poumons et la face brûlés puis fracassés : son cas reste problématique, suspendu au temps qui passe…

Adrien est celui qui subit le plus d’interventions chirurgicales ; les médecins lui disent qu’ils comptent sur des os de nourrissons décédés qui permettraient de réaliser encore d’autres greffes. Mais la vie continue, et dans la chambre, il discute avec ses voisins, pense à l’avenir et élabore des projets de sortie ; et puis il y a toujours des infirmières qui passent, qu’ils trouvent jeunes et jolies et ils ne se trompent pas car, en effet, on a prié ces femmes-là de soigner plutôt des hommes qui ne risquent pas d’essayer de les séduire.

Et, au fur et à mesure que les yeux parviennent à s’ouvrir, que le souffle revient, que les dents se desserrent, ils se demandent comment, au fil des années, à la fin de la guerre, ils vont oser quitter la chambre pour retrouver une place dans la société ?

 

Dugain ; roman ; guerre de 14

Dugain ; roman ; guerre de 14

Voir les commentaires

Juke-box n°5 : la légèreté perdue des chansons de Joe Dassin

Publié le par Eric Bertrand

C'est un univers simple et léger où on passe son temps à se balader sur les champs Élysées ou aux jardins du Luxembourg jusqu'au moment où on tombe amoureux d'une modeste boulangère qui vend de craquants petits pains au chocolat. Alors, on va au Café des Trois Colombes, souviens-toi, c’était un jeudi ; on se sent seul au monde, peut-être qu'on n'a rien mais on a toute la vie. On marche en parlant, on refait la philo, ceux qui vous regardent vous disent en vous voyant passer : "salut les amoureux". On est plein de délicatesse et de précaution, on réserve des chambres à part parce qu'on n'aime pas montrer qu'on s'aime à 18 ans à peine ...

Chez le chanteur au pantalon blanc à pattes d'éléphant, on fait partie de l'équipe à Jojo et on part pour des étés indiens avec des filles en robe longue qui ressemblent à des toiles de Marie Laurencin. On roule à bord d'un vieux tacot avec des marguerites qui fleurissent sur le capot et on rêve d'Amérique, « je veux l'avoir et je l'aurai » ...

Et même si ce n’est pas toujours très gai, même si tu t'appelles mélancolie et qu'un jour « il était une fois nous deux », ça va pas changer le monde... Les deux mains sur le ceinturon, Joe Dassin peut l'affirmer tranquillement, ce monde-là va continuer sans nous et il aura bien raison...

Certes, on garde au fond de soi une forme de tourment, un sucre mélancolique, mais rien de vraiment inquiétant ne menace les fleurs, là-haut sur la colline, ni la chanson de celui qui siffle tant qu'il peut. Dans l'univers paisible de Joe Dassin on ne connaît ni la haine, ni les bombes, ni le changement climatique, et à la place de tous les sifflets de Trump et de sa bande à Bonnot, on chante encore la chanson de l’Eldorado ...

 

Juke-box n°5 : la légèreté perdue des chansons de Joe Dassin

Voir les commentaires

Un nouveau livre à paraître prochainement : novella au sujet d'un château écossais

Publié le par Eric Bertrand

C'est toujours beaucoup de jubilation quand, avec son éditeur, on prépare la publication du livre suivant (sur lequel j'ai beaucoup travaillé cette année) Il est prêt, même si, comme pour chacun des autres ouvrages, il y a toujours beaucoup d'ajustements qui restent à faire avant la mouture définitive.

Mais pour commencer, j'invite les lecteurs de ce blog à découvrir le sujet et la façon dont il est traité grâce au lien suivant et à cette photo qui pourrait bien servir à la couverture...

 

                                                https://ericbertrand-auteur.net/Lit_Mc_Arthur.htm

 

Ecosse; château écossais; Inveraray

Ecosse; château écossais; Inveraray

Voir les commentaires

Dosette de lecture n°172 : Sorj Chalandon : « Le Quatrième mur », l’intranquillité de la tragédie

Publié le par Eric Bertrand

Quelles lectures multiples peut-on faire de l’Antigone d’Anouilh ? L’auteur, qui a été correspondant de guerre, choisit le contexte explosif du Liban, en 82, à Beyrouth, pour raconter le défi que s’est lancé son narrateur, metteur en scène qui a l’idée folle de monter la pièce pour parvenir à faire cesser la guerre, ne serait-ce que pendant le temps du spectacle.

Mais avant de commencer, il faut d’abord monter la troupe, trouver les acteurs dans chaque camp, et, parmi ces communautés déchirées par la haine, faire admettre l’idée de jouer ensemble. Comment accepter de suivre un metteur en scène « qui vient de Paris en tenue d’Arlequin » et qui n’est, aux yeux des locaux, qu’un « spectateur au milieu des vivants, des mourants et des morts » ? Et surtout, une fois surmontés ces obstacles, il faut aussi composer avec la guerre qui s’invite sur la scène… « Dans la tragédie, on est tranquille » affirmait le Chœur dans le Prologue d’Antigone, mais, dans la perspective de potentielles répétitions, ce qui s’impose justement, c’est l’intranquillité !

 

Dosette de lecture n°172 : Sorj Chalandon : « Le Quatrième mur », l’intranquillité de la tragédie

Voir les commentaires

Juke-box n°4 : Brassens : « Le grand chêne » ou l’angoisse de la mise au ban…

Publié le par Eric Bertrand

C’est une chanson qui raconte une histoire, comme souvent chez Brassens. C’est un apologue, d’une simplicité digne d’une fable ou d’un conte de La Fontaine, qui lui a souvent servi d’inspiration.

Tout commence « en dehors des chemins forestiers », dans le mystère des grands bois, là où peut-être, les animaux et les plantes n’ont pas perdu le don de la parole. Deux amoureux égarés se rencontrent et se mettent à dialoguer avec le chêne sous lequel ils vident un « grand sac de baisers ». On sympathise, on refait le monde et on s’invite ! Le chêne innocent accepte de sortir « ses grands pieds de son trou » et de suivre ses nouveaux amis. Brassens a déjà chanté les « bancs publics ». Dans ce texte, il chante le destin du chêne et fait un peu comme si l’un de ces bancs avait suivi « les petits gueules bien sympathiques » avant « les gros nuages lourds ». À la fin de l’histoire, « amère destinée », le malheureux finit dans la cheminée comme du « bois de caisse » après avoir subi force désagréments.

La chanson est menée sur un rythme allègre et le chêne, vite abandonné dans le jardin subit la compagnie de « roseaux mal pensants » et de chiens « levant la patte sur lui ». Autour de lui se met à tourner la ronde des saisons... Tout le répertoire de Brassens est là-dedans : le grand Pan, le temps qui passe, l’amour, la chair, le flétrissement. Au-dessus de la cime du grand chêne, ce n’est pas le grand vent qui finit par le déraciner mais « l’horrible mégère ayant des tas d’amants » qui le fait « vieillir prématurément ».

Que reste-t-il de « la jolie vache déguisée en fleur » ? L’innocent ne peut comprendre cette règle de la métamorphose qui sévit chez les humains et qui fera dire à Renaud, grand héritier de Brassens, que « la vie est bien dégueulasse ». Sa chanson « Mal barrés » est d’ailleurs une réécriture des amoureux des bancs publics. On peut aussi la réécouter…

 

 

Voir les commentaires