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Dosette de lecture n°191 : Jeanne Bourin : « Les Amours blessées » : Mignonne, allons voir si les roses blessent…

Publié le par Eric Bertrand

Comment Cassandre Salviati peut-elle aimer Pierre de Ronsard, qui est certes appelé à devenir un grand poète, alors qu’elle n’a que quatorze ans et qu’elle est issue d’une famille plus noble et prestigieuse que la sienne ?

Le galant lui fait, dès leur première rencontre, une cour assidue, publie au fil des années, sous toutes ses formes – et dans toutes les positions – ses « Amours » ; mais il se heurte d’abord aux parents de la jeune fille qui la destinent à un mariage de plus haut rang, puis à la vertu de celle qu’il continue à aimer jusqu’à la fin, même s’il lui est infidèle et qu’il célèbre d’autres muses et d’autres noms comme ceux de Marie ou d’Hélène…

On est au XVI° siècle, en pleine Renaissance et l’historienne Jeanne Bourin fait revivre cette époque qu’elle connaît à merveille. Et dans ce roman, Cassandre apparaît bien comme la rose « mignonne » dans un jardin d’herbes folles.

 

Dosette de lecture n°191 : Jeanne Bourin : « Les Amours blessées » : Mignonne, allons voir si les roses blessent…

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Juke-box n°25 : Yves Simon : « l’Abyssinie » : sous les semelles, la plage.

Publié le par Eric Bertrand

Il y a des noms de lieux qui font voyager autrement que par la géographie parce qu’ils sont imprégnés d’encre et que la magie de l’écriture d’un auteur se superpose à la magie des sables, de la mer ou des reliefs. L’Abyssinie fait partie de ceux-là et c’est ce que chante Yves Simon dans ce texte dédié à Rimbaud. « Avec le temps, y a des Rimbaud qui fuient écrire ailleurs les choses qui font battre le cœur ».

Quand il a quitté les prairies vertes des Ardennes, quand il a laissé couler derrière lui les « fleuves impassibles » et les vessies des « pisse-lyres » et autres « porteurs de blé flamand », celui que Verlaine baptisa « l’Homme aux semelles de vent » a compris qu’il trouverait ailleurs, dans ces pays de « grand soleil où luit la Liberté ravie », le génie d’une terre étrangère à frotter à la façon d’une lampe ; et la chanson reprend cette posture à son compte  : « Les pharaons du rock passant de l'autre côté des miroirs, longtemps après, leurs chansons courent encore dans les rues bien après qu'ils ont disparu. »

Combien sont-ils ceux qui, après Rimbaud, en Abyssinie ou ailleurs, Chypre, Mer Rouge, Java, Harrar, Aden, Marseille – cherchent à chausser leurs propres « semelles de vent » afin de courir le monde et de faire peu-neuve : « L’air marin me brûlera les poumons ; les climats perdus me tanneront » : c’est ce qu’affirmait le jeune Arthur dans son poème Mauvais sang. Passer par la lecture de sa Saison en enfer, n’est-ce pas, comme lui, anticiper sur une aventure totale dans un pays fantasmé et, comme Baudelaire, proposer au lecteur et à soi-même une « invitation au voyage », au pays « des merveilles de Juliette » « Un soleil en plein cœur et des tam-tams sous les pieds ; faire danser et trembler toute la terre, l'ensorceler ; un soleil qui s'glisserait sous ta peau chaque nuit »

 

Juke-box n°25 : Yves Simon : « l’Abyssinie » : sous les semelles, la plage.

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Dosette de lecture n°190 : Joseph Kessel : « Belle de jour », la revanche ou la belle ?

Publié le par Eric Bertrand

Comment une honnête bourgeoise gâtée par la vie se laisse-t-elle peu à peu « intoxiquer » par le vice et la prostitution et une volonté vertigineuse de s’abandonner à « la maison de liaison » tenue par la directive Mme Anaïs ?

Séverine a vécu dans son enfance une scène traumatique de viol qui explique en partie sa vulnérabilité et l’attraction qu’elle ressent malgré elle pour l’ordure et l’avilissement. « Elle s’abattit contre l’oreiller. Elle pleurait sur lui, sur elle et sur la condition humaine qui divise la chair et l’âme en deux inconciliables tronçons, misère que chacun porte en soi et ne pardonne pas à l’autre. »  

Comme elle ne parvient pas à résister à ses tentations, celle que, tous les jours entre 15 h et 17 h, on surnomme « Belle de jour » tâche d’établir entre les deux milieux qu’elle fréquente une paroi étanche. Elle voudrait épargner Pierre, son mari, qui a toutes les qualités, mais le venin du vice finit par s’insinuer partout et même au cœur du ménage.

 

Dosette de lecture n°190 : Joseph Kessel : « Belle de jour », la revanche ou la belle ?

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Juke-box n°24 : Charles Aznavour : « Emmenez-moi », le rêve savoureux du voyage immobile.

Publié le par Eric Bertrand

La première fois que je l’ai entendue, c’était un jour gris d’automne à Metz, dans la bouche d’un maçon qui rehaussait un mur et qui chantait à tue-tête le refrain : « Emmenez-moi au bout de la terre, emmenez-moi au pays des merveilles, il me semble que la misère serait moins pénible au soleil… » ; il l’accompagnait du seul et même couplet dont il se souvenait : « Moi qui n'ai connu toute ma vie que le ciel du nord, j'aimerais débarbouiller ce gris en virant de bord »… et cela suffisait pour tout dire.

Il y a, dans cette chanson d’Aznavour le rêve de l’ailleurs qu’on trouve si souvent chez Baudelaire, et cette douloureuse nostalgie du « parfum exotique » car l’envie de voyager est souvent liée à l’impression de l’impossible ; même Rimbaud, éternellement poussé par ses « semelles de vent », finit par l’avouer : « on ne part pas » !

Pourtant, lorsqu’on travaille dur, qu’on est englué sous le fardeau des tâches à accomplir – et le maçon dont je me souviens était surveillé de près par son patron – on a « des idées vagabondes aux reflets de ciels bleus » et si on insiste un peu, on se laisse porter vers « des pays inconnus et d’éternels étés où l’on vit presque nus ».

Le rêve lancinant du voyage éblouit peu à peu… Qu’il passe par le charme mystérieux d’un « parfum poivré », d’une chevelure, ou de « filles alanguies » ; qu’il naisse dans l’imagination du poète, du maçon ou du poinçonneur des Lilas, « sous un ciel de faïence », il finit toujours par voir « au bout du quai », au bout du mur, au bout du vers, « un rafiot craquant de la coque au pont » tellement il a « le ventre alourdi de fruits ».

Juke-box n°24 : Charles Aznavour : « Emmenez-moi », le rêve savoureux du voyage immobile.

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Dosette de lecture n°189 : Dostoïevski : « Les Carnets du sous-sol », sondage en sous-sol.

Publié le par Eric Bertrand

Pour quelle raison vouloir se terrer dans son « sous-sol » au point de repousser avec rage l’action et le réel ? Plongé dans les méandres de son être profond, le narrateur de ce récit essaie de s’examiner dans le détail et, face à l’épreuve de la vie et de tout ce qu’elle peut offrir à son champ de méditation, il ne tolère aucune concession, aucun écart. Le lecteur assiste perplexe à l’examen grinçant que ce personnage haineux, atrabilaire et velléitaire effectue sur sa propre personne, au point d’y prendre un malin plaisir : « Dès cette époque, je portais mon sous-sol au fond de mon cœur. » 

Il en vient à déplorer la présence en lui de cette intelligence que nous sommes un certain nombre à partager et qui nous empêche d’être parfaitement prévisibles ou simplement plus sereins. S’il se veut implacablement méchant, il ne nie pas non plus ce tourment du « beau et du sublime » qui le ronge ; alourdi de cette obsession, il ne se sent pas « normal » et aspire à un objet vague et insaisissable qui le dévoie et le met en danger. Cet état d’insatisfaction permanente l’isole toujours plus et le livre à ses démons intérieurs et à l’hostilité des autres qui, dans le meilleur des cas, désarmés face à sa détresse, n’apparaissent plus que comme des adversaires qu’il ne cesse de provoquer. 

 

Dosette de lecture n°189 : Dostoïevski : « Les Carnets du sous-sol », sondage en sous-sol.

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