Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Un nouveau livre à paraître prochainement : novella au sujet d'un château écossais

Publié le par Eric Bertrand

C'est toujours beaucoup de jubilation quand, avec son éditeur, on prépare la publication du livre suivant (sur lequel j'ai beaucoup travaillé cette année) Il est prêt, même si, comme pour chacun des autres ouvrages, il y a toujours beaucoup d'ajustements qui restent à faire avant la mouture définitive.

Mais pour commencer, j'invite les lecteurs de ce blog à découvrir le sujet et la façon dont il est traité grâce au lien suivant et à cette photo qui pourrait bien servir à la couverture...

 

                                                https://ericbertrand-auteur.net/Lit_Mc_Arthur.htm

 

Ecosse; château écossais; Inveraray

Ecosse; château écossais; Inveraray

Voir les commentaires

Dosette de lecture n°172 : Sorj Chalandon : « Le Quatrième mur », l’intranquillité de la tragédie

Publié le par Eric Bertrand

Quelles lectures multiples peut-on faire de l’Antigone d’Anouilh ? L’auteur, qui a été correspondant de guerre, choisit le contexte explosif du Liban, en 82, à Beyrouth, pour raconter le défi que s’est lancé son narrateur, metteur en scène qui a l’idée folle de monter la pièce pour parvenir à faire cesser la guerre, ne serait-ce que pendant le temps du spectacle.

Mais avant de commencer, il faut d’abord monter la troupe, trouver les acteurs dans chaque camp, et, parmi ces communautés déchirées par la haine, faire admettre l’idée de jouer ensemble. Comment accepter de suivre un metteur en scène « qui vient de Paris en tenue d’Arlequin » et qui n’est, aux yeux des locaux, qu’un « spectateur au milieu des vivants, des mourants et des morts » ? Et surtout, une fois surmontés ces obstacles, il faut aussi composer avec la guerre qui s’invite sur la scène… « Dans la tragédie, on est tranquille » affirmait le Chœur dans le Prologue d’Antigone, mais, dans la perspective de potentielles répétitions, ce qui s’impose justement, c’est l’intranquillité !

 

Dosette de lecture n°172 : Sorj Chalandon : « Le Quatrième mur », l’intranquillité de la tragédie

Voir les commentaires

Juke-box n°4 : Brassens : « Le grand chêne » ou l’angoisse de la mise au ban…

Publié le par Eric Bertrand

C’est une chanson qui raconte une histoire, comme souvent chez Brassens. C’est un apologue, d’une simplicité digne d’une fable ou d’un conte de La Fontaine, qui lui a souvent servi d’inspiration.

Tout commence « en dehors des chemins forestiers », dans le mystère des grands bois, là où peut-être, les animaux et les plantes n’ont pas perdu le don de la parole. Deux amoureux égarés se rencontrent et se mettent à dialoguer avec le chêne sous lequel ils vident un « grand sac de baisers ». On sympathise, on refait le monde et on s’invite ! Le chêne innocent accepte de sortir « ses grands pieds de son trou » et de suivre ses nouveaux amis. Brassens a déjà chanté les « bancs publics ». Dans ce texte, il chante le destin du chêne et fait un peu comme si l’un de ces bancs avait suivi « les petits gueules bien sympathiques » avant « les gros nuages lourds ». À la fin de l’histoire, « amère destinée », le malheureux finit dans la cheminée comme du « bois de caisse » après avoir subi force désagréments.

La chanson est menée sur un rythme allègre et le chêne, vite abandonné dans le jardin subit la compagnie de « roseaux mal pensants » et de chiens « levant la patte sur lui ». Autour de lui se met à tourner la ronde des saisons... Tout le répertoire de Brassens est là-dedans : le grand Pan, le temps qui passe, l’amour, la chair, le flétrissement. Au-dessus de la cime du grand chêne, ce n’est pas le grand vent qui finit par le déraciner mais « l’horrible mégère ayant des tas d’amants » qui le fait « vieillir prématurément ».

Que reste-t-il de « la jolie vache déguisée en fleur » ? L’innocent ne peut comprendre cette règle de la métamorphose qui sévit chez les humains et qui fera dire à Renaud, grand héritier de Brassens, que « la vie est bien dégueulasse ». Sa chanson « Mal barrés » est d’ailleurs une réécriture des amoureux des bancs publics. On peut aussi la réécouter…

 

 

Voir les commentaires

Souvenir du Bataclan et bouteilles à la mer

Publié le par Eric Bertrand

C’était dans les heures sombres de novembre 2015, au lendemain des attentats du Bataclan…. Immense incompréhension, douleur, consternation, prostration, révolte sourde qui gronde quelque part et qui ne demande qu’à éclater… Comme dans tout le pays, dans le lycée où j’étais en poste, une minute de silence était prévue, à la première heure, un moment de recueillement, inscrit sur le planning et imposé à tous les personnels et à tous les élèves…

Comment imposer « le silence » et écraser le cri quand les mots ont implosé, quand ils sont ligotés par l’angoisse, les images sordides et les discours en boucle ? L’horreur et la barbarie s’étaient invitées jusque dans les établissements au lendemain d’un week-end qui aurait dû être consacré à la musique, à la détente, à la légèreté. Cette fameuse « minute de silence » a duré bien davantage, tous les jours et les années qui ont suivi. Comment y faire face en cours et comment l’admettre et l’assumer, tout au cours de sa vie quand on est un jeune homme, une jeune fille de seize ou dix-sept ans ?

 

En ce lundi matin au lycée, l’écriture m’avait semblé la forme de réponse la plus adaptée et la plus authentique pour recueillir le vacarme des silences. Dans le désordre des stylos, la mine chiffonnée, l’œil hagard, les deux classes de premières que j’accueillais avaient tout de même réussi à rédiger de petits messages dans le secret de leur conscience et de leur cœur. D’écorchés messages pour hurler ou essayer de comprendre, pour tâcher d’accompagner les victimes, pour haïr la haine et pour lancer au hasard des dix ans à venir, un appel au grand large de leur destin… Vagues de mots palpitants, de mots qui pulsent, de mots qui vibrent derrière le papier et dans les marges ; vagues de lettres saignantes, de lettres écorchées peut-être capables, à elles seules, de retracer des lignes de vie et des lignes d’espoir. Et puis nous les avions rassemblées, pliées en quatre, et enfermées dans deux bouteilles (une par classe) afin que « la minute de silence au lycée Vieljeux de La Rochelle » s’en allât résonner au fil de l’eau et du temps, dans l’immense assiette fêlée des flots.

Mais les courants des pertuis ne suffiraient certainement pas.

Il fallait un bateau, une alliée, une navigatrice en partance… Et cette navigatrice, ce fut Isabelle Autissier, qui accepta quelques mois plus tard d’embarquer ces ancres vagabondes et de les lancer au large, lors de son voyage prévu en juillet 2016 vers le Groenland.

Et un beau jour, par 58° nord, le voyage recommença :

https://www.youtube.com/watch?v=hRNrtmHu_9k

Le temps passe, la mer roule, et le mercredi 7 mars 2017, un courriel émerge sous l’algue administrative de la boite mail du lycée. L’une des bouteilles a été retrouvée le 8 juillet 2017 au large de Senja, petite île située au nord de la Norvège. C’est un certain Tore, étudiant en sciences, qui vient à son tour de jeter sa « bouteille à la mer » et de contacter le lycée Vieljeux. Curieux de connaître toute l’histoire et de comprendre les courants qui ont mené l’étrange nef de La Rochelle à ce coin reculé de son pays, il souhaite en savoir davantage et raconte d’abord les circonstances de sa trouvaille : il l’a découverte par hasard à Ballesvika. D’après son témoignage, alors qu’il marchait en direction de Teistevika avec son fils, il avait distingué une sorte de bouche rouge en forme de goulot ; c’était une bouteille soigneusement cachetée à la cire ; elle était en partie cachée par les rochers et, dans cet endroit sauvage où le vent souffle fort et anéantit tout ce qu’il trouve sur son passage, elle avait résisté aux assauts des vagues et aux mauvais coups du flux pour, à sa façon, dicter sa lettre et laisser s’échapper ce qui lui restait d’oxygène.

Bataclan ; 13 novembre ; bouteille à la mer

Bataclan ; 13 novembre ; bouteille à la mer

Voir les commentaires

Dosette de lecture n°171 : Giraudoux : Ondine, l’onde et l’ondine de choc

Publié le par Eric Bertrand

Est-il possible de tomber amoureux d’une créature qui n’habite pas le même monde que nous et est-il possible que cet amour résiste au temps ? C’est la question que pose Giraudoux dans cette pièce insolite qui met en scène une troublante créature, « une ondine » de quinze ans, belle comme le « wasserfall blond » que Rimbaud devine à l’aube, « échevelée à travers les sapins ».

Cette innocente Ondine s’entiche d’un beau chevalier, un certain Hans, dont elle ne parvient pas à admettre les insuffisances et les infidélités ; avec la vigueur du torrent, elle s’accroche à une image comme au miroir de l’eau : « Il m'a dit qu'il m'aimerait toujours. » Pourtant, le spectateur apprend que le joli cœur a promis de se marier avec la princesse « Bertha » et que rien ne pourra l’en empêcher ; il appartient à un monde qu’Ondine ne parvient pas à comprendre, un monde beaucoup trop mesquin et trop limité pour ses aspirations. Hans, lui-même le déplore : « Ce n’est pourtant pas tellement attrayant la vie humaine, avec ces mains qu’il faut laver, ces rhumes qu’il faut moucher, ces chevaux qui vous quittent. »

Mieux vaut pour notre Ondine le fond de la rivière que les reflets trompeurs et éphémères qui scintillent en surface !

Dosette de lecture n°171 : Giraudoux : Ondine, l’onde et l’ondine de choc

Voir les commentaires