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Une réponse à l’article d’hier

Publié le par Eric Bertrand

 


J’ai reçu suite à mon article d’hier une réponse de collègue que je publie ce matin de façon à offrir à celui qui voudrait s’informer davantage l’occasion d’un approfondissement du problème.
 
                 « Je trouve votre texte très intéressant et pense que c'est un point de vue partagé par beaucoup de collègues. Le passage "Faut-il réduire l’enseignement de la Littérature et du français à des objectifs si délimités et forcément réducteurs ? En filtrant ainsi les contenus, le professeur ne risque-t-il pas, sous prétexte de mieux évaluer les élèves, de stériliser la matière et de la leur rendre encore plus rébarbative ? Ou alors, peut-être que rompus à l’exercice des claviers et des SMS, trouveront-ils finalement *un plaisir paresseux* à envisager le subtil travail d’écriture, de réflexion et d’élaboration de la pensée à travers la grille réduite d’un nombre défini d’items à valider…" me semble répondre à l'interrogation que cache cette réforme, qui est "peut-on rendre l'enseignement au collège utile pour la vie de tous les jours ?
              "
Vous y répondez bien en disant que ce n'est pas notre rôle, que l'expérimentation, le plaisir, le questionnement des textes forment un esprit libre, pas "cloisonné". Est-ce à 14 ans que l'on doit savoir ce que l'on veut faire de soi ? Est-ce que c'est important à 13 ans de savoir que l'on sait "manipuler les accords dans les groupes nominaux", "poser une question visant à introduire un débat dans un groupe de réflexion"...           
               En même temps, le cloisonnement par matières est tout de même un enfermement du savoir qui a provoqué ce genre de proposition... Je pense qu'il va falloir que nous fassions des propositions du type "proposer des lectures en maths, en histoire, en svt", "developper les iDD", "moduler par projets de classe", etc. pour montrer que nous sommes ouverts à une réforme si elle pose bien le collège comme un lieu de découverte et de formation d'une culture commune, pas la préparation au monde professionnel ou à je ne sais quel quizz.
           
                Quant à la perte de goût... Nous pourrions parler des facteurs déclencheurs pendant des semaines (je me souviens de la lecture perplexe de "pourquoi vos enfants s'ennuient à l'école") et c'est bien avec ce genre de question improductive que l'opinion publique se laisse séduire. 
             
                 Je poserai aussi cette question à nos supérieurs hiérarchiques : "si les enseignants sont des intellectuels ayant pour mission de transmettre les clés de nos cultures, pourquoi ne pas leur laisser entière liberté tant dans le contenu que dans la forme ?". Qui mieux que l'enseignant sait à qui il a affaire, comment faire tourner le moteur, et vers quoi mener ce groupe précis d'individus au plaisir d'apprendre ?
            
                 Je trouve que nous sommes plus regardés comme un vaste troupeau à mener de l'avant que comme des bergers... Quand aurons-nous de l'autonomie, de la liberté, des choix à faire, le droit d'essayer des choses pour mener notre mission à bien...
             
                 Enfin, pendant 10 ans, nous allons cocher des cases... Comme c'est réjouissant !!!! Ce n'était déjà pas drôle comme ça, mais là, ça va devenir très sec...
En tout cas merci pour votre message, j'espère que vous ne me trouvez pas trop bavarde. Plusieurs personnes m'ont déjà demandé de faire suivre les réponses, m'autorisez-vous à faire suivre votre mail ? Très cordialement,
Du passé resurgit la brisure et le souvenir d'un amour évanoui pour les deux Befana...


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Evaluer par compétences ?

Publié le par Eric Bertrand


           L’une des grandes forces de l’enseignement, c’est celle qui consiste à essaimer.

           Un professeur qui aime son métier, quand il est à l’œuvre, est « au labour »…

           Il fouille, il creuse, il sillonne, puis il récolte et sépare le bon grain de l’ivraie afin de le transmettre aux jeunes esprits dont il a la charge. Ces jeunes esprits qui, pour citer Montaigne, sont comme les abeilles qui « pillottent de çà de là les fleurs pour en faire le miel… savourent le miel à condition qu’ils sachent cultiver en eux le goût de l’épreuve et de l’effort personnel.

           Cette vérité applicable à toutes les matières est encore plus évidente pour tout ce qui touche à la littérature (même si au collège on travaille davantage sur le « français », on le fait, comme le préconisent les programmes, à partir de textes ouvertement littéraires…)

           Dans les établissements scolaires, l’enseignement du français passe par deux niveaux : celui de la transmission et celui de l’acquisition. Et pour l’élève, (et ses parents…) ce qui importe alors concerne avant tout l’évaluation.

           A l’issue d’une séquence pédagogique, il sait qu’il doit être évalué à partir de ce qu’il a compris et retenu. Moment délicat qui fait intervenir un faisceau complexe de compétences : différents critères entrent en effet en ligne de compte en fonction de l’exercice, du type de support, de la densité de la matière communiquée, du niveau de la classe, de la relation que l’enseignant crée en cours dans la durée de l’année scolaire… Autant de données difficilement quantifiables !

 

            Et voilà qu’on nous demande de programmer, comme en commission de jury, un ensemble de compétences…

            Il est peut-être rassurant et plus « transparent », au seuil d’une année et d’une salle de classe, de jeter le filet finement maillé de ces « compétences ». Mais ce « cérémonial » et cette pratique n’éloignent-ils pas beaucoup l’enseignant de son véritable but ?

            Lui faut-il réduire l’enseignement de la Littérature et du français à des objectifs si délimités et forcément réducteurs ? En filtrant ainsi les contenus, le professeur ne risque-t-il pas, sous prétexte de mieux évaluer les élèves, de stériliser la matière et de la leur rendre encore plus rébarbative ? 

             Ou alors, peut-être que rompus à l’exercice des claviers et des SMS, ils trouveront finalement un plaisir paresseux à envisager le subtil travail d’écriture, de réflexion et d’élaboration de la pensée à travers la grille réduite d’un nombre défini d’items à valider…

            Certes, je ne nie pas le bien fondé de la maîtrise de tel ou tel outil, qu’on additionne commodément à tel autre… Certes, je ne nie pas la commodité du repérage mécanique de certaines lacunes… Mais, tout compte fait, jusqu’où la somme de ces petits chiffres pourra-t-elle élever l’esprit de l’élève ?

             Et dans ce scénario du calcul, le bon professeur n’est-il plus qu’un froid technicien, un rentable évaluateur d’items ? Et dans ce sens, devient-il plus « fréquentable » par des parents d’élèves qui, enfin, ne l’identifient plus comme « un original », un « intellectuel », « un poète »… mais comme un dévoué fonctionnaire, pélican à l’estomac presque vide, mais au poil lisse !


Fin de la romance entre jeunes ! Les commères sont de retour et elles chantent à tue-tête !

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Questions d’enseignement

Publié le par Eric Bertrand

           

Jour de grève… Je publie aujourd’hui et demain, une interrogation qui concerne l’évolution de l’enseignement…

           Un professeur dans sa classe n’est pas, bien entendu, comme un capitaine dans son navire, même si, au fil des jours, des semaines, des mois, au gré des bonaces, il s’y sent souvent isolé, et largement responsable des décisions et des événements qui se déroulent « à bord ».

           Le contenu de ce qu’il enseigne se structure en fonction des programmes et des consignes académiques qui lui sont imposés. Cela n’exclut pas non plus une certaine marge de liberté.

           Une tendance est en train de s’amorcer, une sorte de courant de gulf stream qui ramènerait les équipages vers des « fleuves impassibles » : dans une perspective un peu structuraliste (manie scientiste qui caractérise notre époque), on nous demande d’appliquer à l’enseignement du français une grille commode et préétablie de « compétences ».

           Les collègues sont donc amenés dans les établissements à se réunir et à plancher sur une sorte de pensée unique, déclinée selon les critères préétablis de ces « compétences » requises. Dans ce cadre, j’ai rédigé un « point de vue » que je vous propose en ligne demain.


 

 

L'Américana "fait école" sur le ponton : les deux couples dialoguent, chacun à sa façon dans une scène en contrepoint !

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1000° article !

Publié le par Eric Bertrand


         Lundi matin, j’ai signé d’après les calculs d’overblog, mon 1000° article… C’est un chiffre qui mérite que j’y revienne le temps d’un 1001° article… Le résultat de plus de trois ans d’écriture et de réflexions diverses…

          Au début, ce blog était orienté dans le sens du théâtre et des réalités de la mise en scène que j’évaluais au jour le jour. Et puis cette écriture du texte pour la scène touchait également la réalité de l’écriture et des différentes étapes du travail. J’ai donc compté dans ce blog tout ce qui concernait « la genèse » de mes livres et tout ce qui advenait autour de leur publication.

          Le point commun de tout cela, c’était aussi le voyage et la littérature, autant d’horizons ouverts pour ce blog qui s’est ainsi diversifié et qui a trouvé une matière suffisamment variée pour alimenter ces lignes que vous êtes en train de lire et dont la source n’est pas encore tarie !


L'idylle sur le ponton ne dure pas, arrivent les commères ! C'est comme ça en Sicile !

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La réception de l’œuvre par une classe de 5° (Robinson 6/6)

Publié le par Eric Bertrand


        Pour aborder l’étude de Vendredi ou la vie sauvage, j’ai proposé un exposé sur Alexander Selkirk, ce qui m’a permis ensuite d’expliquer à ces « petits élèves » comment une histoire devient un mythe sitôt qu’un certain nombre de penseurs s’en emparent. Ils ont assez bien mesuré la distance entre Defoe et Tournier et ont senti à quel point ce dernier auteur était plus proche d’eux et de leurs préoccupations humanitaires (pour certains d’entre eux, du moins, les plus matures).

         On a parlé de la réalité du commerce triangulaire et de l’odieux système économique mis en place sur le dos des « races inférieures » et sur le dos des esclaves noirs. Et tout naturellement (c’était au lendemain de la cérémonie d’investiture d’Obama) on a évoqué la force du symbole que représente maintenant le président des Etats-Unis.

         On a même rappelé, avec les plus érudits d’entre eux, les figures de Martin Luther King et la période de l’apartheid. Et on est allé jusqu’à effleurer, dans une séance nerveuse, la pensée de Claude Lévi Strauss.

          Lancé sur le thème, je n’ai pas manqué de finir l’heure sur le sort des « Peaux rouges » et la Controverse de Valladolid dont certaines filles ont recopié le titre sur leur cahier de texte afin d’aller faire une recherche sur internet.

         Des heures comme celles là donnent un sens au métier de professeur qui n’est pas seulement un extincteur de chahut armé d’une carabine à répétitions !



Le Ponton (8) : faire tomber l'armure...
envoyé par Sheumas1Au jeune Salvatore de profiter du "magnétisme" de ponton pour "parler d'amour"!

 


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